Réduire l’élevage porcin en Flandre : malaise agricole ou transition écologique ?
La Flandre est confrontée depuis plusieurs années à un problème structurel de dépôts excessifs d’azote, affectant notamment les zones protégées du réseau Natura 2000. En mars 2023, le gouvernement flamand a adopté un nouveau plan azote visant à réduire de 40% les émissions d’ammoniac et de 45% les émissions totales d’azote d’ici 2030.
La Flandre fait face à un problème structurel de dépôts excessifs d’azote depuis plusieurs années. Une grande partie de sa nature, en particulier les zones protégées du réseau Natura 2000, est affectée par cette pollution qui perturbe les écosystèmes et menace la biodiversité. Les principales sources de ce phénomène sont l’agriculture intensive, en particulier l’élevage, ainsi que le transport et l’industrie.
Une première réponse politique a vu le jour en 2014 avec la Programmation de l’approche azote (PAS). Ce cadre provisoire, soutenu à l’époque par la ministre flamande de l’Environnement, Joke Schauvliege, permettait l’octroi de permis sous certaines conditions. Cependant, en 2021, cette mesure a été annulée par la justice, mettant la Région dans une impasse juridique.
Pour surmonter cette situation, le gouvernement flamand a adopté un nouveau plan azote en mars 2023 avec des objectifs ambitieux : une réduction de 40 % des émissions d’ammoniac et de 45 % des émissions totales d’azote d’ici 2030, avec l’agriculture comme principale contributrice.
Concernant le cheptel porcin, il doit diminuer de 30 % par rapport à 2015. Les exploitations les plus polluantes, surtout celles près de zones naturelles sensibles, ont été ciblées en priorité. Celles-ci ont reçu une invitation à cesser volontairement leurs activités en échange d’une compensation financière.
La Vlaamse Landmaatschappij a organisé deux vagues de rachat, menant à la fermeture d’environ 350 exploitations, soit un éleveur sur dix parmi ceux contactés. Sur les 200 millions d’euros alloués à cette politique, moins d’un quart a été utilisé à ce jour. Les montants proposés – 154 euros par porc à l’engraissement et 900 euros par truie – sont jugés insuffisants par de nombreux agriculteurs pour un véritable changement professionnel.
D’après une enquête d’Apache, « les éleveurs qui acceptent l’arrêt sont majoritairement proches de l’âge de la retraite, sans successeur et à la tête d’infrastructures anciennes. » Beaucoup éprouvent un sentiment de perte ou de honte après avoir mis fin à une activité parfois exercée sur plusieurs générations. À l’opposé, des exploitants plus jeunes ou ayant récemment investi dans des technologies de réduction des émissions rejettent généralement l’offre, estimant avoir déjà fourni des efforts significatifs tout en dénonçant une insécurité juridique croissante.
Sur le long terme, les émissions d’azote ont nettement baissé en Flandre. En vingt ans, près de 60 % des exploitations porcines ont disparu. « Les élevages restants sont toutefois plus grands et concentrent davantage d’animaux. » La part des zones naturelles soumises à des dépôts excessifs d’azote est tombée d’environ 90 % en 1990 à près de 35 % aujourd’hui. Néanmoins, la majorité des habitats protégés demeure dans un état jugé défavorable par les scientifiques, qui soulignent l’importance d’autres facteurs, tels que la gestion de l’eau et la fragmentation des espaces naturels, pour la restauration de la biodiversité.
En Wallonie, à la différence de la Flandre, aucun dispositif de cessation volontaire indemnisée des activités d’élevage n’a été instauré pour des raisons environnementales. Les éleveurs wallons ne sont pas incités à arrêter leur production pour réduire les émissions d’azote.
Cette situation s’explique principalement par la structure de l’agriculture wallonne, où l’élevage porcin est moins intensif et moins concentré qu’en Flandre, où se trouve la majorité de la production belge. Ainsi, la pression sur les zones naturelles sensibles est globalement plus faible, bien que la question de l’azote demeure un enjeu.
La politique wallonne se concentre sur un encadrement réglementaire, notamment à travers le Programme de gestion durable de l’azote, qui privilégie la protection de l’eau. Des aides financières ont été mises en place lors de crises sectorielles, mais celles-ci visaient des objectifs économiques ponctuels, et non une réduction structurelle du cheptel.
Actuellement, la réduction du cheptel porcin est bien engagée en Flandre, mais les mécanismes déployés peinent à convaincre une large part du secteur agricole, soulignant le risque d’une transition environnementale perçue comme socialement injuste.

