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Donald Trump ne cherche pas à normaliser les relations avec l’Iran.

Donald Trump arrive à la Maison Blanche, le 1er février 2026. Selon Guillaume Ancel, « les droits de l’Homme n’ont jamais été la priorité de Donald Trump ».


Donald Trump aurait donc modifié sa position. « Il n’a plus un mot sur les manifestants, les droits de l’Homme, ou un éventuel retour de l’héritier Reza Pahlavi, regrette Guillaume Ancel. Il ne veut pas faire tomber le régime, et le dit franchement. » Pourtant, au cours des dernières semaines, le président américain avait soutenu les manifestants, leur promettant un appui militaire dans leur lutte contre un régime qui a été marqué par une répression brutale de la part des Gardiens de la révolution.

À cette époque, Donald Trump avait la capacité de soutenir un changement de régime, selon Guillaume Ancel : « Il avait les moyens de frapper l’Iran et de décapiter les Gardiens de la révolution, qui sont les véritables maîtres du pouvoir aujourd’hui. Si les Américains avaient permis à l’armée iranienne, qui déteste les Gardiens de la révolution, de prendre le pouvoir, nous aurions probablement eu un changement de régime. » Ce scénario demeurera une hypothèse.

Les navires militaires américains sont arrivés dans le Golfe bien après les manifestations, uniquement pour pousser à un accord avec le régime du Guide suprême. « On est probablement dans un scénario où les États-Unis montrent leur force pour ne pas avoir à s’en servir. Trump n’aime pas la guerre, » analyse Pascal Boniface. « De cette manière, il obtient politiquement ce qu’il veut, à savoir un régime iranien conciliant aux intérêts géopolitiques des États-Unis, il pourra dire aux Américains qu’il a gagné. »

Le directeur de l’IRIS établit un parallèle avec l’intervention au Venezuela. « Trump ne se préoccupe pas de la nature du régime, mais de ce sur quoi on peut s’entendre. Au Venezuela, le nouveau pouvoir est conciliant. Même s’il s’agit toujours d’une dictature, il n’y a plus de résistance aux Américains, » précise-t-il. « En Iran, en envisageant un accord sur le programme nucléaire, il ne cherche pas à changer le régime, mais à normaliser les relations avec un pays qui était initialement hostile aux États-Unis. »

Il s’agit d’un accord de « realpolitik » selon Guillaume Ancel, qui conclut : « Pour le reste, faites ce que vous voulez chez vous. Les droits de l’Homme n’ont jamais été la priorité de Donald Trump. »

Si Trump parvient à engager des négociations avec l’Iran et à conclure un accord, il « aura surtout renforcé le régime des mollahs après ces tueries insensées, » poursuit l’expert militaire. Ce régime « joue sa survie, » selon Pascal Boniface. Les États-Unis demandent notamment à l’Iran d’arrêter de soutenir ses alliés dans la région, « ce qui peut être facilement obtenu, le régime préférera abandonner ses quelques alliés extérieurs déjà affaiblis et moins nombreux. »

Malgré les déclarations des mollahs, « en réalité, l’Iran n’a pas les moyens de s’opposer à une attaque américaine, » affirme Guillaume Ancel. « Leur défense aérienne a été sérieusement endommagée par les attaques des États-Unis et d’Israël en 2025, et les Russes n’ont pas remplacé ce matériel détruit. » L’auteur de « Petites leçons sur la guerre, comment défendre la paix sans avoir peur de se battre » (Ed. Autrement) s’interroge sur le rôle de Moscou, un des principaux soutiens de la République islamique : « Est-ce que les Russes n’ont pas obtenu de conserver le pouvoir qui leur est proche en Iran, en échange de concessions de Zelensky sur le Donbass ? »

Derrière l’agitation apparente de la politique étrangère américaine depuis le début de l’année, celle-ci opère sur le fond, surtout sur le dossier ukrainien, tout en détournant l’attention internationale vers l’Iran. « Il faut faire attention à cette opération de diversion, entre le Venezuela, le Groenland, l’Iran… Les négociateurs américains forcent l’Ukraine à des concessions qui n’étaient pas du tout celles prévues par les Européens. »

La perspective des élections de mi-mandat aux États-Unis, en novembre prochain, influe également sur cette mise en scène des tensions avec l’Iran, pense Pascal Boniface : « Trump invente une crise pour sortir de celles qu’il a provoquées ailleurs. Il est en difficulté en Ukraine, il s’est heurté à une résistance surprenante européenne sur le Groenland, donc il a besoin d’un nouveau foyer de crise pour montrer qu’il a réussi quelque chose. » Cela pourrait aussi servir à détourner l’attention du public américain des sujets sensibles comme l’ICE ou l’affaire Epstein.

► Écoutez l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première ci-dessus.