Sommet de Davos : le Maroc sans levier politique pour son utilité ?
Le Maroc participe régulièrement au sommet de Davos organisé par le Forum économique mondial, où il met en avant la stabilité, l’attractivité économique et son positionnement comme plateforme régionale. Selon l’indice de Gini, les inégalités de revenu au Maroc ont atteint 40% ces 2 dernières années, marquant une augmentation par rapport aux années précédentes.
Le Maroc participe régulièrement au sommet de Davos organisé par le Forum économique mondial. À chaque édition, lofficial met en lumière la stabilité du pays, son attractivité économique et son rôle en tant que plateforme régionale entre l’Europe et l’Afrique. Cependant, bien que ces trois dimensions soient incontestables, la présence à Davos pourrait être plus avantageuse pour le Maroc. Ce forum pourrait en effet proposer des occasions significatives sur le plan diplomatique et économique, permettant au pays de mettre en avant ses atouts et ses ambitions devant un public de dirigeants mondiaux et d’investisseurs.
Il est indéniable que la délégation marocaine a le droit d’utiliser la plateforme de Davos pour défendre son modèle national de développement, qui tente de combiner ambition sociale et résilience économique. Il est également légitime pour le Maroc, comme pour tout autre pays participant, de chercher à se situer dans les recompositions des alliances mondiales et dans les dynamiques géopolitiques émergentes, afin de négocier sa place sur la scène internationale et de renforcer son rôle d’acteur régional.
L’événement facilite les rencontres bilatérales et multilatérales, offrant des opportunités pour renforcer les collaborations dans divers domaines. Mais qu’en est-il véritablement ? Les délégations marocaines ont-elles réussi à influencer les débats sur les nouvelles dynamiques géopolitiques, à négocier la position du pays sur la scène internationale et à bénéficier des échanges sur les meilleures pratiques pour faire face à des défis cruciaux tels que le changement climatique ou l’économie ? A-t-on dépassé un simple semblant de présence à ce forum et à sa communication institutionnelle ? Qu’est-ce que le Maroc retire de Davos, et qui profite vraiment de cette intégration mondiale ?
Ces questions sont d’autant plus légitimes dans un contexte où les bouleversements mondiaux sont fréquents et imprévisibles. En effet, participer à un tel forum n’a de sens que si cela se traduit par un impact tangible sur le développement social, l’emploi et la réduction des inégalités.
**Un modèle sans consistance sociétale : le cœur du problème**
Depuis plus de vingt ans, l’économie marocaine affiche une croissance moyenne de 3 à 3,5%. Cependant, cette croissance reste déconnectée du progrès social. Bien que les indicateurs macroéconomiques soient favorables, la productivité progresse lentement et la valeur ajoutée se concentre dans des secteurs peu générateurs d’emplois. Le problème est donc structurel. Le Maroc a opté pour un modèle ouvert sur l’extérieur, mais sans une consolidation suffisante de son socle social interne. Dans ce cadre, Davos ne devrait pas être une simple vitrine, mais un moment propice pour reconnaître les limites du modèle économique national et tirer des leçons des expériences des autres.
**Intégration externe sans intégration sociale**
L’intégration du Maroc dans l’économie mondiale est ancienne et profonde, avec plus de cinquante accords de libre-échange. Pourtant, cette ouverture n’a pas conduit à une montée en gamme significative de l’économie. Les exportations demeurent dominées par des secteurs à faible ou moyen contenu technologique, et bien que l’investissement direct étranger soit régulier, il a un impact limité sur l’économie locale. En l’absence d’exigences de transfert de technologie et de recherche-développement, l’intégration marocaine reste asymétrique.
**Emploi : l’échec mesurable**
Malgré les discours sur l’attractivité, la réalité du marché du travail est préoccupante. Le taux de chômage dépasse 13%, et celui des jeunes est particulièrement alarmant. De plus, le taux d’activité est faible, reflets d’une exclusion massive, en particulier des femmes et des jeunes. Ces chiffres montrent que la croissance marocaine ne crée pas assez d’emplois, et encore moins des emplois décents. Affirmer que le Maroc pèse à Davos est illusoire sans une prise en compte de la marginalisation des jeunes.
**Pauvreté et vulnérabilité : la bombe sociale silencieuse**
Bien que la pauvreté monétaire diminue, la vulnérabilité sociale s’étend. Une part significative de la population vit à la limite de la précarité, exposée aux aléas économiques. Les inégalités demeurent élevées, avec un indice de Gini atteignant 40% ces deux dernières années, indiquant un creusement des écarts. Cela souligne l’échec des mécanismes de redistribution et l’inachèvement de l’État social.
**Santé : un risque financier pour les ménages**
Dans les économies solides, la santé est un investissement stratégique, alors qu’au Maroc, elle est souvent perçue comme une charge. Malgré les réformes annoncées, les ménages supportent encore une part importante des dépenses de santé, et les inégalités d’accès aux soins perdurent. Être malade peut mener à la précarité, ce qui contredit le discours international sur la résilience et le capital humain.
**Education : déficit de capital humain**
L’économie mondiale actuelle est axée sur la connaissance, mais le système éducatif marocain peine à remplir cette fonction essentielle. Les évaluations internationales révèlent un manque de maîtrise en mathématiques, sciences et lecture, d’où un capital humain faiblement compétitif. Un pays avec un système éducatif fragilisé ne peut pas bien négocier sa place dans les chaînes de valeur mondiales.
**Logement : marché dynamique, injustice persistante**
Le secteur du logement illustre les dérives du modèle actuel. Des millions de logements sont inoccupés alors qu’un déficit persiste, notamment en milieu urbain, avec des prix grimpant plus rapidement que les revenus. Le retrait de l’État en tant que régulateur a favorisé la spéculation, transformant le logement en actif financier au détriment d’un droit social.
**Pourquoi le Maroc pèse peu à Davos**
À Davos, l’influence d’un pays ne dépend ni du nombre de rencontres ni de la qualité des présentations, mais de sa capacité à convertir la croissance en emplois, à protéger sa classe moyenne, et à garantir la cohésion sociale. Sur ces critères, le Maroc est en position défensive. Le modèle actuel, qui privilégie le marché au social, a montré ses limites. L’expérience internationale montre que la justice sociale est nécessaire pour que la croissance ait des effets positifs.
**De Davos à 2026 : l’heure du choix**
L’influence internationale se bâtit dans les écoles, les hôpitaux publics, un marché du travail inclusif et un logement accessible. Sans un changement de cap, la présence marocaine à Davos sera surtout symbolique, tandis que la société continuera de subir les conséquences d’un modèle déséquilibré. En 2026, le choix est clair : changer de modèle économique et social, ou accepter une généralisation de la vulnérabilité. Aucune voie intermédiaire n’existe.
**Mohamed Assouali**
*Membre du bureau politique de l’USFP
Secrétaire provincial du parti à Tétouan*

