Troisième édition du programme « Docto’Entrepreneur » : recherche universitaire pour l’industrie
Le programme « Docto’Entrepreneur » a lancé un appel à candidatures destiné aux chercheurs porteurs de projets innovants, après avoir reçu une quarantaine de candidatures, dont 15 projets ont été retenus. Firas Karoui, CEO de l’accélérateur U-accelerator, a souligné que l’initiative vise à rapprocher l’industrie et l’université, avec pour objectif la création de startups scientifiques issues de projets collaboratifs entre industriels et laboratoires de recherche.

En réunissant chercheurs et industriels autour de projets technologiques prometteurs, le programme « Docto’Entrepreneur » vise à réduire le fossé entre le monde académique et l’entreprise. Son objectif : rendre la recherche scientifique accessible et exploitable par l’industrie grâce à des solutions technologiques innovantes.
La Presse — Lors d’une journée consacrée à la présentation de son premier bilan à mi-parcours, le programme « Docto’Entrepreneur » a annoncé les prochaines étapes de son déploiement. Cet événement, récemment organisé à l’Université de Carthage, a rassemblé une dizaine de startuppeurs-chercheurs de cette institution, ainsi que plusieurs partenaires du programme, dont l’Apii, la fondation « Hanns Seidel » et la « STB ».
Conduit par l’« Université de Carthage », en collaboration avec le « Pôle Étudiant Entrepreneur » de la même université et l’accélérateur « U-Accelerator », ce programme en est à sa troisième édition.
Il a pour but de valoriser la recherche académique en mettant à disposition des entreprises industrielles les innovations qui en résultent.
« Ce programme a pour but d’identifier des projets capables d’apporter une valeur ajoutée à l’industrie locale et de contribuer au développement de la technologie existante en Tunisie », a déclaré à La Presse Mongi Besbes, vice-président de l’Université de Carthage chargé de la Recherche. Un appel à candidatures a été lancé à destination des chercheurs porteurs de projets innovants.
Sur une quarantaine de candidatures reçues, 15 projets ont été sélectionnés, principalement ceux présentant un certain degré de maturité technologique et disposant d’un proof of concept (POC). « Les 70 laboratoires de recherche de l’Université de Carthage sont mis à la disposition des chercheurs retenus. Nous nous engageons à les soutenir pour qu’ils réussissent à faire évoluer la maturité technologique de leurs projets », a ajouté M. Besbes.
Les étapes suivantes
Firas Karoui, CEO de l’accélérateur U-accelerator, a précisé que cette initiative vise à rapproche l’industrie et l’université dans une dynamique gagnant-gagnant, avec pour objectif de créer des startups scientifiques issues de projets collaboratifs entre industriels et laboratoires de recherche. Il a mentionné que le programme cible principalement les domaines des énergies renouvelables, de la green tech et de l’intelligence artificielle. L’ambition est d’aboutir à des projets de recherche valorisables, à travers des brevets, des startups spin-off ou d’autres formes de partenariats techniques et scientifiques avec les entreprises.
Après la phase de sélection, l’étape suivante consiste à adapter les prototypes des 15 projets retenus — les plus matures, avec un niveau de Technology Readiness Level (TRL) 3 — aux besoins du marché.
Cette phase fait suite à une mise en relation avec les industries concernées. « Une fois l’adéquation université-industrie validée sous forme d’un projet commun, nous passons à la phase de maturation et de perfectionnement des produits.
À ce stade, le business model et les stratégies d’innovation sont définis. Ensuite, vient la phase d’implémentation, qui peut aboutir à une startup spin-off (startup scientifique), un projet de collaboration, souvent sous forme de prestation de services, une coopération scientifique et technique avec l’entreprise, ou encore un projet de montage de « grant », c’est-à-dire l’élaboration du dossier de financement », a-t-il expliqué.
La bonne nouvelle est que plusieurs entreprises ayant participé aux précédentes éditions du programme ont déjà montré leur intérêt pour certaines idées, ouvrant des perspectives de partenariats prometteuses.
Créer des ponts entre l’Université et le monde de l’entreprise
Le rapprochement entre le monde entrepreneurial et le domaine de la recherche scientifique, ainsi que du milieu académique, suscite un intérêt croissant. Le manque à gagner, dû au décalage entre ces deux sphères, est souvent conséquent, comme le soulignent de nombreuses études et enquêtes internationales.
C’est cette réalité qui a incité l’« Université de Carthage » et le « Pôle Étudiant Entrepreneur » à initier cette démarche, avec une double ambition : renforcer la culture entrepreneuriale chez les chercheurs doctorants et permettre au tissu industriel de tirer profit des travaux de recherche parmi les plus productifs au niveau international.
« En général, notre programme s’adresse à tous les étudiants de l’Université, quelle que soit leur discipline ou leur niveau d’études. Toutefois, les doctorants et les chercheurs en bénéficient le moins.
C’est pourquoi le PEE, dont la mission est d’accorder le statut d’entrepreneur aux étudiants, a mis en place un programme spécifiquement conçu pour les laboratoires de recherche, constatant que de nombreux travaux de recherche ne répondent pas aux besoins du tissu économique et industriel », a expliqué à La Presse Imed Maatouk, directeur du « Pôle Étudiant Entrepreneur » de l’« Université de Carthage ». Il a également ajouté : « Nous avons voulu capitaliser sur l’expérience acquise au sein du PEE de l’Université de Carthage pour l’élargir aux laboratoires et centres de recherche. Notre but est de promouvoir la culture entrepreneuriale non seulement dans les écoles d’ingénieurs, mais aussi auprès de la communauté des doctorants ».
Pour Mohamed Nadhir Ben Fayala, chargé de programmes à la fondation « Hanns Seidel », ce type d’initiative aide à créer des passerelles entre le monde académique et l’industrie, tout en insufflant un nouveau souffle à l’industrie tunisienne grâce à l’innovation. « Les statistiques les plus récentes révèlent un niveau élevé de la recherche scientifique en Tunisie en termes d’indicateurs quantitatifs (nombre de chercheurs, d’articles, etc.), mais ces mêmes rapports mettent en lumière l’absence de valorisation concrète de ces travaux sur le terrain.
Cela traduit une rupture entre le secteur privé et le secteur de la recherche. Il n’existe pas de dynamiques suffisantes pour rapprocher ces deux mondes, qui de plus n’ont pas la même vision », a-t-il expliqué à La Presse.
Il a également indiqué que le programme pourrait s’inspirer de l’expérience bavaroise, connue pour ses clusters regroupant industriels et centres de recherche, estimant que cette initiative pourrait constituer les prémices d’un projet de création de clusters en green tech, en biotechnologie ou dans d’autres domaines.
Rappelant que l’innovation est l’un des axes stratégiques sur lesquels travaille l’agence, Donia Barketi, représentante de l’Apii, a expliqué qu’à travers ce programme, l’enjeu est de favoriser le maillon manquant qui relie l’université et l’industrie. « Nous sommes impliqués dans ce programme pour apporter notre expérience et notre expertise, notamment en matière de mobilisation de ressources », a-t-elle souligné.

