Belgique

Des mineurs délinquants avec troubles psychiques ne sont pas pris en charge.

En Belgique, il n’existe que 156 places dans des hôpitaux spécialisés pour des mineurs délinquants atteints de troubles psychologiques. Le délégué général aux droits de l’enfant alerte dans son dernier rapport qu’environ 8% des jeunes pris en charge dans les institutions publiques de protection de la jeunesse sont atteints de troubles mentaux.


En Belgique, seulement 156 places sont disponibles dans des hôpitaux spécialisés pour les mineurs délinquants souffrant de troubles psychologiques, entraînant de longues listes d’attente.

Dans le centre hospitalier Jean Titeca à Bruxelles, Valentine De Coninck, éducatrice, gère chaque jour une trentaine d’adolescents avec des troubles mentaux ; certains ont été envoyés par un juge après avoir commis des infractions. Elle déclare : « Pour certains qui sont ici, on voit que la maladie est en train de bien s’installer mais d’autres sont ici pour des troubles du comportement. Certains sont ici avec des faits qualifiés d’infraction. » En plus de ces jeunes, il y a des mineurs en danger qui doivent être éloignés de leur famille. Elle précise : « Il y a beaucoup de profils différents. »

La prise en charge est très individualisée, impliquant infirmiers, psychologues, psychiatres et éducateurs, car l’hôpital se concentre sur la santé. « Quand on regarde l’année 2025, on a en moyenne 13 nouvelles demandes de prise en charge tous les quinze jours », explique Étienne Joiret, coordinateur du service de soins pour adolescents. Les délais de prise en charge varient de quelques jours à plusieurs mois.

Les listes d’attente s’allongent car peu d’hôpitaux sont spécialisés, avec seulement 156 places disponibles à l’échelle nationale. Cela pose des problèmes lors du départ des jeunes de l’hôpital. Étienne Joiret souligne : « Il y a des problèmes systémiques. Pour qu’un jeune rentre à l’hôpital, il faut qu’il y en ait un autre qui sorte. Soit il retourne dans sa famille soit il va dans une autre institution que ce soit dans le secteur de l’aide à la jeunesse ou du handicap, et là aussi il y a des listes d’attente. » En conséquence, des jeunes restent plus longtemps à l’hôpital par manque de places ailleurs, créant un cycle difficile à briser.

Pour Joël Veugelen, directeur général de la Cité de l’Enfance à Mons, le constat est le même, affirmant : « On a une capacité de 85 lits et on a entre 15 et 20 enfants qui ne devraient pas se trouver chez nous parce qu’ils présentent des troubles du comportement ou différents déficits qui font qu’ils devraient normalement être pris en charge par des structures plus spécialisées. » Quand les familles cherchent une institution, elles se retrouvent souvent sans options. Il ajoute : « Parfois, la seule possibilité pour eux est de les placer dans des structures plus généralistes. Il arrive qu’on ait des délais de réorientation qui tournent autour de deux ou trois ans. »

Certains jeunes se retrouvent donc bloqués dans des institutions inadaptées, ce qui peut dégrader leur développement. Le délégué général aux droits de l’enfant, dans son dernier rapport, mentionne qu’environ 8 % des mineurs délinquants dans les institutions publiques de protection de la jeunesse présentent des troubles mentaux, nécessitant des soins dans des structures appropriées, mais qui restent dans ces institutions faute de places disponibles.

Le problème touche également les jeunes non délinquants qui doivent être éloignés de leur famille par décision d’un juge. Michèle Meganck, juge de la jeunesse à Bruxelles, déclare : « Moi je suis ici depuis 23 ans. On a alerté les ministres successifs, on a fait des cartes blanches, des témoignages, rien ne change. C’est grave si on ne débloque pas les moyens et qu’on préfère investir dans des avions de chasse plutôt que dans la jeunesse, ce sont des choix politiques qui sont posés. »

Valérie Lescrenier (Les Engagés), ministre de l’aide à la jeunesse, est consciente de la situation. Elle assure : « On travaille pour amener des réponses concrètes avec, demain, la construction d’un centre pour des jeunes qui ont commis des infractions, mais ce n’est pas l’unique réponse, on travaille aussi avec les psychologues de première ligne. » En attendant, les professionnels évaluent les situations au cas par cas pour trouver les meilleures solutions possibles.