En Corée du Sud, des enfants ne vont pas dans des centres de désintoxication numérique.
Le premier centre de désintoxication des écrans a ouvert en 2014 à Anseong, en Corée du Sud. Environ 160 000 enfants étaient traités pour des cas de stress intense ou d’addiction aux écrans en 2013.
Le premier centre a vu le jour en 2014 à Anseong, au cœur des montagnes de Corée du Sud. Il accueille sans frais les adolescents devenus dépendants de leurs écrans, qu’il s’agisse d’ordinateurs ou de téléphones portables, et qui passent des heures à naviguer sur Internet. Ce centre propose un suivi psychologique, de la méditation et diverses activités de groupe.
« Ce sont des centres dans le sens où ils apportent un accompagnement complet qui va même du diagnostic », explique Louis Palligiano, correspondant de la RTBF sur place. « On essaie vraiment de rencontrer les jeunes qui ont un problème avec les écrans, qui restent trop connectés, et si cela a des répercussions sur leurs relations, notamment à l’école. Ensuite, on les accompagne au travers d’activités pour qu’ils reprennent contact avec le réel. Ils doivent discuter avec leur entourage, échanger leurs impressions, leurs expériences. De plus, cela inclut des activités en pleine nature, comme des chasses au trésor, du piano, de la peinture, des événements sportifs, mais aussi aider des personnes âgées. Ces activités concrètes leur permettent de regagner une certaine estime de soi et d’oublier les écrans, parfois jusqu’à 10 heures par jour. En reprenant contact avec le réel à travers ces centres, nous pouvons déjà identifier ceux qui ont une véritable relation pathologique avec les écrans, tandis que les autres peuvent simplement redécouvrir le contact humain. »
L’objectif n’est pas d’interdire les téléphones, ni d’apprendre aux jeunes à s’en passer, mais simplement de les mettre de côté. Un autre centre, ouvert en 2013 et plus « spécialisé », opère de manière différente. Le Prison Inside Me fonctionne sur un modèle carcéral avec des cellules où les personnes choisissent de s’enfermer pendant un week-end, une semaine ou un mois pour se désintoxiquer totalement. La méthode est dure et radicale, presque militaire. Les pensionnaires se trouvent dans une pièce vide, avec juste une vue sur la montagne. Ils méditent et réfléchissent au sens de la vie.
En ce qui concerne la dépendance numérique, les chiffres sont alarmants. En Europe, elle tourne autour de 11 %, tandis qu’en Corée du Sud, elle atteint près de 43 %. « Cela s’explique en grande partie par le fait que le pays est ultra connectés, avec quasiment tout le monde possédant un téléphone ici », confirme le correspondant de la RTBF. « 100 % des jeunes ont un smartphone. On s’en sert pour tout, que ce soit pour les services bancaires intégrés via le téléphone ou pour prendre le bus. Par conséquent, sortir sans son téléphone équivaut à se retrouver nu. Pour la vie quotidienne, il devient totalement indispensable. »
Selon AFFiNCO, environ 210 millions de personnes dans le monde montreront des signes cliniques de dépendance aux réseaux sociaux, ce qui représente environ 4,7 % de tous les utilisateurs de médias sociaux à l’échelle mondiale. Aux États-Unis, 10 à 14 % des citoyens, soit environ 41 millions de personnes, souffrent de comportements addictifs liés à l’utilisation des médias sociaux. Les pays asiatiques affichent des taux d’addiction plus élevés, certaines régions présentant une prévalence allant jusqu’à 36,9 % chez les étudiants. En Europe, les taux d’addiction sont modérés, se chiffrant entre 8 et 12 % de la population adulte. Les pays en développement connaissent une croissance rapide de ces taux d’addiction, à mesure que l’accès à Internet se développe.
Quant aux statistiques d’utilisation quotidienne, le temps d’écran quotidien moyen dans le monde est de 7 heures et 4 minutes, dont 2 heures et 38 minutes consacrées aux réseaux sociaux. Les heures de pointe d’utilisation se situent entre 7h et 9h, représentant 31 % de la consommation quotidienne des médias sociaux. De plus, 89 % des utilisateurs vérifient les réseaux sociaux dans les 30 minutes suivant leur réveil, et 78 % y accèdent dans l’heure qui suit leur coucher.
Des difficultés de dépendance numérique sont signalées dès la première année de primaire. Une étude menée en 2013 a révélé que 70 % des parents utilisaient un téléphone ou un écran pour distraire leurs enfants afin de pouvoir s’occuper des tâches ménagères. Ainsi, dès 3 ou 4 ans, certains enfants étaient déjà stressés, avec environ 160 000 traités pour des cas de stress intense ou d’addiction aux écrans. Today, les adolescents ayant grandi dans cette atmosphère continuent d’en souffrir.
La demande croissante des autorités coréennes pour toujours plus de connectivité et de modernité explique l’ouverture de ces centres de désintoxication. La Corée du Sud a progressé grâce à des entreprises majeures comme Samsung, notamment dans l’e-sport, mais cela a également entraîné des souffrances pour les plus jeunes, en raison d’une utilisation excessive des écrans.
Un terme parfois évoqué est celui de « démence numérique ». Bien que ce soit extrême, il pourrait bien être justifié. Les centres témoignent d’une prise de conscience croissante. « Exactement le 1er mars, les téléphones et tous les écrans, y compris les tablettes, seront interdits durant les heures de cours dans les établissements scolaires », ajoute le correspondant de la RTBF. « De la maternelle au lycée, il est clair que cela peut engendrer des problèmes psychologiques, d’addiction, d’anxiété, de stress. En Corée du Sud, la dépression et le taux de suicide chez les jeunes sont des problématiques très sérieuses depuis des années. C’est pourquoi de nouvelles lois et mesures de prévention à destination des parents sont maintenant mises en place. »
Des solutions commencent à émerger avec l’installation de lignes d’assistance pour ceux qui se sentent préoccupés par leur utilisation des écrans. Les experts en addiction insistent sur le fait qu’il ne s’agit pas de tout supprimer, mais de gérer l’utilisation des outils numériques. Des stratégies incluent la désactivation des notifications non essentielles, l’utilisation de limiteurs de temps, et le nettoyage des applications superflues. Les utilisateurs peuvent aussi recourir aux modes « avion » ou « ne pas déranger ».
Il est essentiel de changer nos comportements : interdire le téléphone dans la chambre, lors des repas, ou faire des pauses régulières sans écrans. Utiliser Internet avec un but précis, éviter le « scrolling » passif, multiplier les activités, se sociabiliser, pratiquer un sport ou jouer à des jeux de société sont autant de solutions proposées.

