Mes Humeurs : Harry perturbe le calme méditerranéen par une tempête
La tempête Harry a provoqué des dégâts importants, avec des estimations de dommages s’élevant à un milliard d’euros. Des vestiges enfouis ont refait surface sur des zones de l’antique site de Neapolis à Hergla, suscitant l’intérêt des spécialistes de l’Institut national du patrimoine.

La Presse — Le dérèglement climatique a indéniablement provoqué un réchauffement des eaux marines, touchant également la Méditerranée. Il y a une dizaine de jours, une tempête nommée Harry, alimentée par des masses d’air chaud, a traversé la mer d’est en ouest avec une violence inhabituelle. En quelques heures, le littoral a été plongé dans l’urgence, soulignant que cette Méditerranée, souvent perçue comme paisible, peut aussi devenir un lieu de violences extrêmes.
Cette tempête est sans conteste liée à des conditions climatiques exceptionnelles, les preuves s’accumulant malgré les voix dissidentes des climatosceptiques. Des vents violents, des pluies torrentielles et une houle dévastatrice ont frappé les gouvernorats de l’est et du centre de la Tunisie, provoquant des routes inondées, la paralysie du trafic et des citoyens piégés. Mais la tempête a également suscité un flot de commentaires et de critiques.
Les médias ont largement rapporté les événements, mêlant explications rationnelles et interprétations parfois fantaisistes, soutenues par des images truquées.
Harry a continué sa trajectoire vers le sud de l’Italie, à la pointe de la Sicile, causant des dégâts considérables, avec des paysages gravement affectés et 1.500 habitants du village de Niscemi évacués. Les autorités estiment le coût des dommages à un milliard d’euros.
Dans la région du Cap Bon, à Nabeul, des dégâts massifs ont été constatés le long du littoral, avec des digues fragilisées, des habitations endommagées et des plages sévèrement érodées. Ce phénomène a révélé un aspect remarquable, décrit comme «miraculeux», car des vestiges, tels que des pièces et des objets, ont réapparu sur des sites antiques de Neapolis (Sidi Mahersi), à Hergla (Kortine) et à Mahdia (Salakta et Borj Erras). Les spécialistes de l’Institut national du patrimoine (INA) se sont mobilisés pour recenser et protéger ces trésors menacés par des pilleurs. Comment cela sera-t-il réalisé et à quel coût?
Harry a également provoqué l’affaissement d’une partie du village de Sidi Bou Saïd, où des éboulements ont été observés après la tempête, mettant en évidence les dangers auxquels le village fait face. Une image montre le sol s’effondrer et la boue s’écouler, illustrant la vulnérabilité de ce site emblématique face à la mer, et le glissement de terrain souligne la fragilité d’un patrimoine face aux aléas climatiques.
Des riverains dénoncent les risques que courent le village et ses habitants, en pointant du doigt les constructions anarchiques, les vibrations causées par les bus, ainsi que la lenteur et l’inefficacité d’une administration publique jugée défaillante, incapable d’anticiper des risques pourtant connus et des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents. Des solutions existent, affirment des habitants, mais comment et à quel prix ?
Les explications des climatologues ne laissent guère de place à l’imaginaire, convergeant vers une conclusion : certaines régions deviendront inhabitables. Sonia Seneviratne, climatologue et membre du GIEC, déclare : «Certaines régions vont devenir inhabitables. On peut penser justement à certaines régions côtières avec l’augmentation du niveau des mers.» Sidi Bou Saïd, village côtier, se trouve-t-il dans ce cas ?

