Assurance vie : Sécuriser la retraite des Tunisiens et financer leur avenir
Hayett Assurances a organisé ce jeudi à Tunis une conférence pour mettre en lumière le rôle stratégique de l’assurance vie en Tunisie, à l’occasion de son 40e anniversaire. Selon Habib Karaouli, la Tunisie affiche un taux de pénétration de 2,5 % contre 7 % en moyenne mondiale, et 2,7 % pour l’Afrique.
À l’occasion de son 40e anniversaire, Hayett Assurances, une filiale de la Comar, a organisé ce jeudi à Tunis une conférence visant à mettre en avant le rôle stratégique de l’assurance vie en Tunisie.
L’événement a réuni des experts de renom qui ont souligné le potentiel économique de ce secteur ainsi que sa contribution à l’épargne et à la stabilité financière. Ils ont également mis en lumière son importance sociale pour la protection des familles et la préparation d’une retraite digne.
La Presse — Dans son discours d’ouverture, le Directeur général de Hayett Assurances, Lotfi Ben Haj Kacem, a rappelé que cet anniversaire marque l’entrée dans une nouvelle phase de développement pour l’entreprise, symbolisée par une identité visuelle modernisée, reflet de son dynamisme et de son ouverture vers l’avenir, tout en restant fidèle à sa mission de protection et d’accompagnement des assurés.
L’assurance-vie au cœur du financement de l’économie réelle
Selon Ahmed El Karam, expert en économie, le potentiel de l’assurance-vie en Tunisie est encore largement sous-exploité, son poids étant faible par rapport à celui des pays voisins. Cependant, le secteur connaît depuis 2024 un regain notable, avec des taux de croissance proches de 20 %. Cette dynamique résulte d’une perception croissante des risques et de questions liées à la pérennité des régimes publics de retraite, ce qui accroît l’intérêt pour les solutions d’épargne et de prévoyance.
L’assurance-vie a également un rôle crucial dans le financement de l’économie, la stabilité financière, et apporte un soutien aux banques et à l’État, notamment en période de contraction du marché obligataire. Selon ses estimations, l’encours de l’assurance-vie atteint près de 10 milliards de dinars, dont 2 milliards mobilisés par l’État. Une augmentation de 30 % à 40 % dans le secteur pourrait porter cet encours à environ 25 milliards de dinars dans les prochaines années.
Ahmed El Karam a également souligné la nécessité d’une cooperation renforcée entre les banques et les compagnies d’assurances, ainsi que l’importance des nouvelles technologies, notamment de l’intelligence artificielle, pour améliorer l’expérience client et soutenir durablement la croissance du secteur.
De son côté, Habib Karaouli, Président-Directeur général de Capital African Partners Bank – CAP Bank, a pointé le retard de l’assurance-vie en Tunisie et sa faible pénétration sur le marché, qui n’atteint que 28 à 30 % du total de l’assurance. Il a rappelé que la Tunisie a un taux de pénétration de 2,5 % contre 7 % en moyenne mondiale et 2,7 % pour l’Afrique, soulignant ainsi le chemin à parcourir pour atteindre les normes internationales.
Néanmoins, il a noté un facteur encourageant, avec un taux de croissance prévu de 19 à 21 % en 2024, ce qui pourrait permettre une convergence vers la moyenne africaine dans une dizaine d’années. Il a rappelé la contribution significative de l’assurance-vie à l’épargne et au financement de l’endettement domestique, ainsi que son rôle dans la retraite complémentaire, au-delà de la couverture décès.
Chaque pays ayant sa spécificité, il est difficile de transposer un modèle d’assurance-vie, a affirmé l’expert financier Abdelkader Boudriga. Celui-ci a précisé que l’assurance-vie doit être considérée comme une institution économique et sociale intégrée dans les politiques publiques pour équilibrer le marché de l’emploi et garantir un financement à long terme, notamment pour les retraites.
Il a également souligné que l’impôt sur la fortune et le déclin du marché obligataire sont parmi les menaces qui pèsent sur la rentabilité et les ressources essentielles des assureurs, notant que l’assurance-vie se développe souvent dans des pays où l’incertitude économique est plus marquée, car elle aide les assurés à mieux gérer cette incertitude et à préparer leur avenir. Enfin, il a établi un lien entre le développement de l’assurance-vie et la prospérité économique, confirmant son rôle de levier de croissance et de stabilité.
L’assurance-vie, clé d’une retraite digne
Après l’examen du rôle macroéconomique de l’assurance-vie lors du premier panel, la conférence a abordé sa dimension sociale dans un deuxième panel intitulé « L’assurance-vie : un levier de protection et de cohésion sociale ». Dans ce cadre, Jouda Khemiri, présidente du Comité Général des Assurances (CGA), a rappelé que l’assurance-vie ne se limite pas à un simple complément aux régimes de sécurité sociale. Elle représente un mécanisme d’épargne accessible à un large public, y compris aux petits épargnants, à travers des versements réguliers ou ponctuels.
Selon elle, l’assurance-vie permet aussi de désigner librement des bénéficiaires et de répartir le capital sans se conformer aux règles d’héritage traditionnelles, renforçant ainsi la protection des familles et la solidarité sociale. Elle a insisté sur l’importance d’un cadre réglementaire clair et stable pour favoriser le développement du secteur, tout en précisant que l’impôt sur la fortune ne s’applique pas à la branche assurance-vie, contrairement à certaines informations diffusées par des sources non officielles.
En conclusion, Hafedh Lamouri, ancien ministre des Affaires sociales, a abordé le rôle de l’assurance-vie dans l’équilibre du système de retraite national. Il a souligné la nécessité de la retraite complémentaire en Tunisie, faisant remarquer que les régimes publics ne suffisent plus à garantir un niveau de vie décent aux retraités.
Avec 1,2 million de retraités, dont une majorité perçoit des pensions modestes et exonérées d’impôt sur le revenu, la retraite complémentaire apparaît désormais essentielle. Il a plaidé pour une réforme complète, incluant une revalorisation indexée des pensions et un effort accru de sensibilisation, notamment dans le secteur privé.

