Open d’Australie : finale historique entre Djokovic et Alcaraz, enjeux dingues
Novak Djokovic et Carlos Alcaraz se retrouveront en finale de l’Open d’Australie pour un 10e affrontement. Djokovic vise un 25e titre en Grand Chelem tandis qu’Alcaraz strive pour un premier titre à l’Open d’Australie, qui ferait de lui le plus jeune joueur à réaliser le Grand Chelem en carrière.
Novak Djokovic, une légende du tennis, et Carlos Alcaraz, un jeune talent en pleine ascension, s’affronteront en finale de l’Open d’Australie pour la dixième fois. Pour Djokovic, il s’agit de conquérir son 25e titre en Grand Chelem, dépassant Margaret Court, qui en totalise 24, et de sceller son héritage dans le monde du tennis. De son côté, Alcaraz vise son premier titre à l’Open d’Australie, ce qui ferait de lui le plus jeune joueur à réaliser le Grand Chelem en carrière, surpassant Rafael Nadal qui avait 24 ans et 3 mois après sa victoire à l’US Open 2010. « Le niveau des enjeux est dingue », a déclaré Justine Hénin, consultante pour Eurosport et sept fois vainqueur en Grand Chelem. « Ça paraît fou, car la nature des records est totalement différente, ils sont à des stades opposés de leur carrière et se retrouvent là. »
Alcaraz a coché l’OA et le Grand Chelem en carrière
Bien que l’objectif d’Alcaraz pèse moins lourd dans l’histoire que celui de Djokovic, le jeune joueur y attache de l’importance, comme il l’a évoqué en conférence de presse avant le début du tournoi.
« Ce serait évidemment incroyable. Et devenir le plus jeune à y parvenir, ce serait encore mieux. Comme je l’ai déjà dit, l’OA est mon objectif principal cette année. […]. J’ai faim de ce titre, j’ai envie de réussir un très bon tournoi ici. »
Il reste un dernier obstacle à franchir. Une épreuve que l’on n’imaginait plus qu’il aurait à relever en Grand Chelem, et contre qui il n’a pas toujours été à l’aise. Novak Djokovic mène 5-4 dans les confrontations et rivalise souvent avec le Murcien, même lors des matchs en cinq sets. Sarah Pitkoswski, ancienne 29e mondiale, a sa théorie sur cette rivalité.
« Alcaraz est un joueur plus instinctif et créatif. Mais il a parfois des moments de faiblesse, son jeu est en dents de scie. Djokovic, qui est plutôt un métronome, peut être rassuré par le fait qu’un adversaire donne parfois des points, cela lui redonne de l’élan. Et savoir qu’à un moment donné, il peut sortir du match, cela incite à être plus régulier. Peut-être que c’est pour ça qu’il se sent plus à l’aise contre ce type de joueurs. »
« Je suis un vieil homme, je dois me coucher tôt »
La dernière rencontre entre les deux joueurs à Flushing Meadows a modifié la dynamique, selon Justine Hénin. « L’année dernière, on disait que Novak pouvait gérer Carlos à l’US Open parce qu’il l’avait battu à Melbourne et qu’il savait comment l’affronter. Finalement, il n’y a pas eu photo [Alcaraz s’était imposé en trois sets] », explique Hénin. « De même qu’avant vendredi, tout le monde disait que Sinner était Djokovic en plus fort, alors que finalement, Novak a maîtrisé tactiquement cette rencontre. »
La réalité est qu’il reste beaucoup d’incertitudes, la logique a été renversée vendredi. Un Alcaraz à bout de souffle a trouvé l’énergie du désespoir pour se ressusciter alors qu’Alexander Zverev servait pour accéder à la finale, et Novak Djokovic, presque 40 ans, a remporté un combat d’endurance contre Jannik Sinner, qui a 14 ans de moins. « Chaque pas de plus, chaque seconde de souffrance supplémentaire, chaque seconde de combat supplémentaire en vaut toujours la peine », a déclaré l’Espagnol après sa victoire en demi-finale. « C’est pourquoi je me bats jusqu’à la dernière balle. »

Ce dimanche, deux combattants acharnés s’affronteront, et c’est celui qui sera le plus résistant qui l’emportera. Ils entreront sur le court avec des jambes lourdes, surtout le Serbe, en raison de son âge et de l’ordre des matchs : son affrontement contre Sinner s’est terminé à 2 heures du matin. « J’ai vu Carlos, il m’a dit »désolé d’avoir retardé le début de ton match ». Je lui ai répondu »je suis un vieil homme, je dois me coucher tôt » », a plaisanté le Djoker au micro de Jim Courier. En réalité, il est habitué à de telles situations. Si des joueurs de pétanque se trouvent à Melbourne, Novak serait tenté d’aller leur rendre visite samedi.
La fatigue, quelle fatigue ?
« Il y a de la fatigue après 15 jours, mais le moment les portera », anticipe Justine Hénin. « Ils se battront avec les moyens du jour. Alcaraz l’a dit, l’idée est de travailler pour être à 100 %, 150 % dimanche. De toute façon, les joueurs de ce calibre, quand ils jouent les finales de Grand Chelem, leur but est de se battre avec les armes qu’ils ont ce jour-là. Parfois, ça suffit, parce que l’autre aussi sera fatigué, mais au moins avec l’idée de se battre. Ces joueurs n’ont pas besoin d’être au maximum de leur capacité physique pour offrir le meilleur niveau possible. »
Parfois, l’orgueil peut suffire, surtout pour Novak Djokovic. Après sa victoire inattendue contre Musetti, il avait réagi à la question d’un confrère qui lui demandait s’il avait l’impression de chasser Alcaraz et Sinner comme il avait poursuivi Nadal et Federer. Cette remarque était, selon lui, « irrespectueuse ». Il a ensuite réagi de manière plus prononcée vendredi.
« J’ai vu qu’il y avait un paquet d’experts qui tout à coup souhaitaient que je prenne ma retraite, ou qui auraient aimé que je le fasse à plusieurs reprises ces dernières années. Je veux tous les remercier, car ils m’ont donné de la force. Ils m’ont donné de la motivation pour leur donner tort, ce que j’ai fait [vendredi]. » Il tentera de le refaire dimanche : fermer des bouches et continuer à écrire l’histoire, tout un programme.

