Les chances de survie des oiseaux marins après le pétrole de l’Erika sont infimes.
Le 14 décembre 1999, un guillemot de Troïl a été aperçu avec un plumage gorgé de pétrole deux jours après le naufrage de l’Erika, entraînant la mort de 80 % des populations de ce petit pingouin noir et blanc. Depuis l’automne, une trentaine d’oiseaux, souillés par du pétrole provenant de l’épave de l’Erika, ont été recueillis par la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour être nettoyés.
On pourrait les considérer comme des lanceurs d’alerte. Les oiseaux marins, en revenant sur les côtes avec leur plumage souillé, sont souvent les premiers témoins des pollutions maritimes. Le 14 décembre 1999, deux jours après le naufrage de l’Erika au large des côtes bretonnes, un guillemot de Troïl avait été aperçu, le plumage imprégné d’une masse noire visqueuse. Cet incident malheureux n’était que le début d’une série de cas similaires. La catastrophe écologique avait causé la mort de 80 % des populations de ce petit pingouin noir et blanc. Au total, entre 150.000 et 300.000 oiseaux avaient péri à cause de la marée noire qui avait contaminé 400 kilomètres de côte, du Finistère à la Vendée. On pensait cette histoire oubliée, comme les deux morceaux de coque du pétrolier reposant à 120 mètres de profondeur. Mais il n’en est rien.
Vingt-six ans après le naufrage, de nouveaux oiseaux semblent avoir été victimes des fuites de l’épave de l’Erika. Depuis l’automne, une trentaine d’individus ont été secourus par la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour être nettoyés. Cependant, peu d’entre eux auront des chances de survie.

« Le nettoyage, c’est un peu l’opération de la dernière chance », admet Romain Morinière. Depuis le début de l’année, le directeur et ses équipes de la station de la LPO de l’Ile Grande (Côtes-d’Armor) sont très occupés. Rien qu’en janvier, ils ont accueilli 17 oiseaux blessés par le pétrole, probablement relâché par l’Erika. « Malheureusement, nous recevons des oiseaux mazoutés tous les hivers. Depuis 2019, nous en avons eu 400. Cette fois, c’est l’Erika, donc cela fait peur. Mais ces dernières années, c’était plutôt le Tanio [un pétrolier coulé en 1980] ou d’autres sources d’hydrocarbures dont l’origine est souvent inconnue », observe le scientifique.
Quand le pétrole cause la mort par le froid
Ces dernières semaines, des macareux moine, des guillemots de Troïl, des petits pingouins torda et même un fou de Bassan ont été soignés. Tous présentaient les mêmes caractéristiques : des plumes souillées par une matière visqueuse potentiellement mortelle. Combien d’entre eux s’en sortiront ? « C’est impossible à dire. Mais il faut être honnête, les chances de survie sont faibles, parfois infimes. Les oiseaux que nous recueillons sont souvent très affaiblis, dénutris et souffrent d’hypothermie », poursuit le scientifique de la LPO.

Le principal problème du pétrole réside dans le fait qu’il s’insinue entre les plumes, compromettant ainsi l’incroyable imperméabilité de ces oiseaux. Pour se protéger du froid et assurer leur flottabilité, les oiseaux marins disposent d’une couche d’air entre leur corps et leurs plumes. Si le mazout altère cette isolation, l’animal ne peut plus résister aux basses températures des océans et du vent et finit par mourir de froid. « C’est comme leur couverture de survie. Si on leur enlève, ils ne peuvent pas lutter », ajoute Romain Morinière.
Ils s’intoxiquent en cherchant à se nettoyer
Mais ce n’est pas tout. En essayant de se laver, les oiseaux finissent souvent par ingérer du fioul, ce qui provoque une intoxication. Dénutris, ils ne peuvent plus chasser ni se nourrir. Lorsque les équipes de la LPO les accueillent, les oiseaux malades sont parfois tellement faibles qu’il faut les gaver pour les aider à retrouver des plumes. Sans garantie de les sauver. « Le lavage est extrêmement stressant pour les animaux. Manipuler un animal sauvage par un humain n’est jamais anodin », explique le spécialiste.
La Ligue de protection des oiseaux appelle d’ailleurs les habitants à ne jamais tenter de nourrir ou de laver un animal mazouté ou blessé. Si vous trouvez un oiseau affaibli ou souillé, il est conseillé de contacter la station LPO la plus proche. En Bretagne, il est possible de joindre SOS Faune sauvage, qui dispense de précieux conseils sept jours sur sept.

