Face au ras-le-bol des internautes, l’IA se filtre davantage.
Un nombre croissant de jeunes applications et quelques grands noms des réseaux sociaux offrent de filtrer les contenus générés par intelligence artificielle pour répondre au ras-le-bol d’une partie des internautes. L’application Sora d’OpenAI, lancée en septembre, a été téléchargée moins de cinq millions de fois sur la boutique Google Play, alors que ChatGPT compte plus de 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires.
Un nombre croissant de jeunes applications et certaines grandes marques des réseaux sociaux proposent désormais de filtrer les contenus générés par intelligence artificielle (IA), en réponse au mécontentement d’une partie des internautes, fatigués de voir défiler des images synthétiques.
La « bouillie IA », ou « AI slop », est le terme couramment utilisé pour désigner l’invasion de photos et vidéos de « piètre qualité », selon l’expression du directeur de YouTube, Neal Mohan, qui inondent Internet depuis la sortie de modèles plus avancés. Il suffit aujourd’hui d’une simple phrase ou de quelques mots tapés sur un clavier pour que Veo de Google, Sora d’OpenAI ou Dream Machine de Luma AI, les convertissent en une courte vidéo d’une grande définition et d’un réalisme impressionnant.
Des chats peignant ou se mesurant dans un ring, des célébrités dans des contextes absurdes, de faux dessins animés Pixar ou Studio Ghibli : ces créations IA affluent sur la majorité des plateformes. « C’est »cheap », fade et produit en masse », résume Yves, ingénieur suisse, qui exprime son désarroi auprès de l’AFP face à ce phénomène, tout comme de nombreux utilisateurs sur le réseau social Reddit. Des marques telles que les salles de sport Equinox ou le lait d’amande Almond Breeze exploitent également ce thème dans leurs dernières publicités.
Lancée en septembre, l’application Sora d’OpenAI, exclusivement dédiée aux vidéos IA, a été téléchargée moins de cinq millions de fois sur la boutique Google Play, tandis que ChatGPT dépasse les 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires.
Cependant, certains adoptent une position opposée à cette révolte ou lassitude, comme le directeur de Microsoft, Satya Nadella, qui a encouragé, dans une lettre ouverte, à « dépasser le débat entre bouillie et sophistication » du contenu. « Quand on critique l »’AI slop », on s’en prend à l’expression créative d’individus », souligne le youtubeur Bob Doyle, spécialiste de la création avec IA. « Vous pouvez ne pas être d’accord (avec ce contenu), ne pas le comprendre ou penser que c’est inutile, mais […] c’est le début d’une idée. C’est une graine. »
Néanmoins, Pinterest, réseau social d’inspiration créative, a jugé cette question suffisamment importante pour introduire, en octobre, des fonctionnalités permettant de filtrer une partie des contenus générés par l’intelligence artificielle. La plateforme a déclaré à l’AFP avoir pris cette initiative pour satisfaire les internautes souhaitant voir moins d’IA.
TikTok a annoncé en décembre l’introduction d’un filtre. Sur Instagram, Facebook ou YouTube, des moyens existent pour réduire l’apparition d’images artificielles, mais aucun dispositif spécifique n’est disponible. Jusqu’à présent, les grandes plateformes ont affirmé se concentrer sur l’identification des vidéos IA. Cependant, un examen approfondi révèle que de nombreuses séquences manifestement issues de l’IA ne sont pas labellisées comme telles sur YouTube, Instagram ou TikTok.
Certaines petites entreprises adoptent une approche plus engagée, voire restrictive, comme Coda Music, plateforme de streaming musical fondée en 2019 qui a conclu des accords avec les trois principales maisons de disques mondiales. Plutôt que de recourir à un logiciel de détection, « nous invitons nos utilisateurs à signaler les artistes soupçonnés d’être IA », explique Randy Fusee, directeur de Coda Music. « Les utilisateurs participent activement à l’identification et […] dans l’ensemble, leurs soupçons se vérifient », ajoute le fondateur de cette plateforme qui compte environ 2.500 utilisateurs et prévoit une campagne au printemps pour élargir son public.
Coda Music offre également la possibilité de bloquer l’ensemble des contenus 100 % IA, qui n’apparaîtront plus dans les playlists suggérées. « Pour la plupart », les utilisateurs de la plateforme « ne veulent pas de musique IA », souligne Randy Fusee. Cara, plateforme d’exposition d’œuvres graphiques visitée par plus d’un million de personnes, utilise une combinaison d’algorithmes et de modération humaine pour écarter toute composition IA, visant à protéger la création humaine et à répondre à une demande.
« Les gens recherchent une connexion humaine », estime Jingna Zhang, fondatrice de Cara. « Cela n’a pas besoin d’être parfait. Je peux apprécier un dessin d’enfant pour son charme », en contraste avec une image « fabriquée par une machine qui n’a pas d’intentions ».

