La fin silencieuse de la 5G millimétrique en France, même Apple n’y croit plus.
La 5G millimétrique a connu un échec en France, avec aucun opérateur n’ayant fait de demande sérieuse pour les licences expérimentales proposées par l’Arcep. Selon Open Signal, même dans les pays où la technologie est disponible, elle ne représente que 0,1 % à 0,7 % des connexions.
On nous l’avait vendue comme le « vrai » futur de la connectivité mobile, capable de vitesses extraordinaires. Pourtant, la 5G millimétrique semble avoir complètement disparu des préoccupations en France. Entre des contraintes techniques majeures et des opérateurs réticents, cette technologie connaît un échec retentissant, au point qu’Apple commence à retirer les composants nécessaires de ses iPhone.
Rappelons-nous, c’était la promesse ultime : une 5G sur-vitaminée, utilisant des bandes de fréquences très hautes (26 GHz) pour offrir des vitesses de téléchargement comparables à celles de la fibre optique, mais sans fil. Cependant, en ce début d’année 2026, la réalité est toute autre. Le signal le plus fort de cet abandon ne provient pas des antennes, mais de nos poches. En février 2025, lors du lancement de l’iPhone 16e, Apple a intégré son propre modem, le C1. Surprise : ce modèle n’inclut pas du tout la 5G millimétrique, une fonctionnalité pourtant standard aux États-Unis depuis plusieurs années.
Ce n’est pas un cas isolé. Quelques mois plus tard, Qualcomm, le géant des puces Android, a fait de même avec son Snapdragon 8s Gen 4. Si même les fabricants de matériel laissent tomber cette technologie, cela témoigne d’une adoption mondiale en difficulté. En France, la situation est encore plus marquée : c’est le calme plat. L’Arcep, l’autorité régulatrice des télécoms, a nettoyé la bande des 26 GHz, auparavant occupée par l’armée et les satellites, et a proposé des licences expérimentales de trois ans. Résultat ? Aucune demande significative de la part des opérateurs. Comme le souligne Laure de La Raudière, présidente de l’autorité, l’enthousiasme est proche du néant.
La situation peut s’expliquer par deux facteurs : géographique et financier. Benoît Torloting, directeur général de Bouygues Telecom, clarifie le problème technique : ces ondes à très haute fréquence sont extrêmement sensibles. Elles ne supportent ni les murs, ni les arbres, ni la pluie. Si cette technologie fonctionne aux États-Unis, c’est en raison de leur urbanisme diffus, composé de banlieues pavillonnaires et de larges rues dégagées. À Paris ou dans nos villes européennes denses, où les murs sont épais, le signal chute dès qu’il se heurte à un obstacle. SFR a d’ailleurs confirmé que lors de ses tests en 2023/2024, même avec des débits impressionnants de 4 Gbit/s, la couverture était très limitée et incapable de pénétrer à l’intérieur des bâtiments.
Du côté d’Orange, la stratégie est claire : l’opérateur a déjà investi massivement dans la fibre optique, qui reste la solution la plus rentable et efficace pour le très haut débit. Investir dans de nouvelles licences et un réseau d’antennes particulièrement denses pour une technologie qui ne couvre que quelques mètres n’a pas de sens économique à court ou moyen terme. Seul Free reste discret sur le sujet, fidèle à sa culture du secret, mais il est peu probable que l’opérateur d’Iliad s’engage seul dans cette aventure coûteuse.
Le verdict final a peut-être été apporté lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. L’événement était présenté comme l’occasion idéale de mettre en avant cette « super 5G » dans les stades. Au final ? Rien n’a été déployé, et les réseaux ont bien fonctionné sans elle. Même à l’étranger, où elle est présente (États-Unis, Japon, Australie), elle ne représente que 0,1 % à 0,7 % des connexions selon Open Signal.

