Belgique

L’UPJB défend les Juifs belges non-sionistes depuis 80 ans.

La maison située rue de la Victoire à Saint-Gilles abrite depuis 80 ans l’Union des Progressistes Juifs de Belgique, qui se nommait précédemment Solidarité juive en 1946. Depuis la guerre à Gaza en 2023, les membres de l’UPJB ont participé à plusieurs manifestations de solidarité avec la Palestine.


C’est une maison typique à Bruxelles, située rue de la Victoire, à Saint-Gilles, avec un signe distinctif : sa porte d’entrée rouge vif. Elle abrite depuis 80 ans une organisation singulière. En 1946, elle était connue sous le nom de Solidarité juive ; de nos jours, il s’agit de l’Union des Progressistes Juifs de Belgique.

Hannah Vander Ghinst Lachterman, une étudiante de 23 ans, nous y accueille. Elle s’engage activement dans la vie de la maison. « J’ai grandi avec cet héritage-là », se souvient-elle. « Ce n’est pas religieux du tout, je ne viens pas d’une famille pratiquante. C’est un héritage d’engagement politique. C’est aussi, plus récemment, un positionnement par rapport à Israël. C’est difficile d’être juif en 2026 sans être renvoyé à cette question. Malgré nous, ou volontairement, nous devons nous positionner par rapport à Israël. C’est une dimension importante dans la maison, le fait de ne pas se reconnaître nécessairement dans cet État et dans ses politiques. »

**Solidarité avec la Palestine**

Les membres de l’UPJB sont juifs et non-sionistes, ce qui constitue l’une de leurs particularités. On les a régulièrement vus ces dernières années participer à des manifestations de solidarité avec la Palestine.

Aux côtés d’Hannah, Henri Goldman se remémore sa participation à la première manifestation pour la Palestine en 2009 : « C’était la première fois qu’un groupe de Juifs manifestait avec une banderole où figurait une grande étoile de David. Ça a impressionné les gens. »

« On veut nous entraîner dans le soutien à des crimes contre l’humanité. Ça ne va franchement pas », déclare Henri Goldman, indigné.

Depuis le conflit à Gaza en 2023, ces manifestations et banderoles se sont multipliées. « Il est important que tout le monde voie que tous les Juifs ne sont pas alignés sur Israël. Parce que la politique israélienne, du point de vue des droits humains, est assez scandaleuse. Et elle est encore plus scandaleuse pour des gens qui affirment leur identité juive comme nous, parce qu’on veut nous entraîner dans le soutien à des crimes contre l’humanité. Ça ne va franchement pas », insiste Henri Goldman.

Cette implication juive dans la mobilisation pour Gaza envoie un message fort, continue-t-il : « Ça donne un message aux autres Juifs, pour leur dire : vous n’êtes pas obligés de soutenir un génocide. Ça donne un message aux Palestiniens et à la jeunesse arabe de Bruxelles : des Juifs soutiennent cette juste cause. Et ça envoie un signal à la société belge, qui continue à drainer une forme de culpabilité par rapport à la Seconde Guerre mondiale : vous n’êtes pas obligés de soutenir Israël, cela ne nous plaît pas. »

La distance vis-à-vis d’Israël, qui se désigne comme l’État de tous les Juifs, place les membres de l’UPJB en décalage par rapport à la majorité de la communauté juive de Belgique, regroupée au sein du CCOJB, le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique. L’UPJB n’est pas membre de cette organisation, bien qu’elle partage plusieurs objectifs, tels que la lutte contre l’antisémitisme, la mémoire de la Shoah ou le maintien de la vie juive. « Le soutien par tous les moyens à l’État d’Israël, présenté comme le centre de la vie juive mondiale et un havre pour les Juifs persécutés, ça, on ne peut pas signer », précise Henri Goldman.

**Belge et « diasporiste »**

« Je suis belge d’abord », déclare Hannah Vander Ghinst Lachterman. « Beaucoup d’entre nous se disent diasporistes, c’est-à-dire membres de cette communauté de Juifs éparpillés à travers le monde. C’est d’abord ça notre identité : des gens issus de l’immigration. Je comprends ce qui a poussé des millions de Juifs à se diriger vers Israël. Mais j’ai un malaise avec l’idée d’un État pour une ethnie. Par essence, ça pose des problèmes : il est difficile d’échapper aux questions de racisme dans un État ethnique. »

Les progressistes sont souvent mis au ban de la communauté juive de Belgique à cause de leur manque de soutien à Israël. Ils sont accusés de ne pas représenter grand-chose.

Henri Goldman évoque avec un sourire la pétition « Pas en notre nom », qu’il a lancée contre la guerre à Gaza, qui avait recueilli 730 signatures en trois jours au sein de la communauté : « Nous n’avons jamais prétendu représenter la communauté juive. On veut simplement qu’on reconnaisse que cette communauté est diverse, comme n’importe quel groupe humain. Les gens qui disent qu’on ne représente rien, c’est plutôt comique. Il y a dans le cœur de la communauté juive une espèce d’entre-soi, et cela les aide de considérer l’UPJB comme Voldemort, comme les gens infréquentables. »

**Solidarité juive**

Le mouvement a vu le jour après la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’une organisation de survivants des camps et de l’occupation nazis s’est installée rue de la Victoire. À l’origine, elle portait le nom de Solidarité juive. « Les fondateurs, ce sont des survivants de la Shoah », explique Henri Goldman. « Mes parents, par exemple, ont tous deux été déportés à Auschwitz. Cela regroupait des personnes de sensibilité communiste, des Juifs d’Europe de l’Est, qui parlaient yiddish entre eux. Pendant la guerre, ils s’étaient organisés pour se cacher et participer à la résistance. »

En 1946, Solidarité juive se structure pour venir en aide aux victimes survivantes du nazisme : « Il y avait beaucoup d’orphelins, de misère. Il fallait organiser la solidarité. Dans ce bâtiment, on trouve encore des photos de distribution de soupe à des personnes qui n’avaient pas à manger, de colis ou des cahiers pour les élèves. »

Aujourd’hui, les activités ont évolué : plus de distribution de soupe en 2026, mais des débats permanents sur des thématiques variées allant du réchauffement climatique à Gaza, en passant par le racisme et l’antisémitisme.

**Agressions antisémites**

« L’antisémitisme, c’est une question à prendre au sérieux », souligne Hannah. « Il existe encore, et il est probablement exacerbé par les questions géopolitiques actuelles. Mais il y a un imaginaire collectif dont les gens sont imprégnés qui est antisémite. »

L’étudiante raconte avoir été la cible de propos antisémites, un phénomène amplifié par la guerre menée par Israël à Gaza. « C’est presque impossible d’échapper à cet amalgame. C’est aussi une fainéantise, de ne pas chercher à savoir si on est d’accord avec Israël ou pas. Cela motive également notre engagement au sein de l’UPJB pour faire exister une voix juive critique. Cependant, nous rencontrons aussi beaucoup de personnes qui s’étonnent et s’émerveillent, des gens qui saluent notre lutte. Nous nous sommes également fait beaucoup d’amis… »