Tunisie

L’enseignement des adultes et les statistiques fiables : Apprendre autrement !

Le taux général d’analphabétisme dans les pays arabes est estimé à 25%. En Tunisie, le taux national d’analphabétisme est actuellement de 17%.


On a débuté la lutte contre l’analphabétisme dans les années qui ont suivi l’indépendance, avant même de la formaliser dans un programme national d’éducation des adultes, lancé il y a maintenant 25 ans. Pourtant, le bilan reste encore peu satisfaisant.

Aujourd’hui, cette question est de nouveau au centre des préoccupations, traitée avec pragmatisme et clairvoyance, dans le but de constituer une base de données chiffrées, qui servira d’outil de travail et d’indicateur d’évaluation. Il est temps de faire un bilan critique et de remettre sur le devant de la scène le système d’alphabétisation, surtout à l’approche du 6e rapport de l’Unesco sur l’éducation des adultes, dont la publication est prévue pour l’année prochaine.

La tenue, hier à Tunis, d’un atelier régional intitulé « de meilleures données pour améliorer la gouvernance et les politiques en matière d’apprentissage et d’éducation des adultes dans les pays arabes », organisé par DVV international et l’Institut de l’Unesco pour l’apprentissage tout au long de la vie (UIL), met en lumière le fait que l’éducation des adultes dans le monde arabe souffre d’un manque de stratégie, de vision et de décision. La réalité reflète un état des lieux préoccupant.

Les participants à cet atelier, venant de 12 pays arabes dont la Tunisie, se sont réunis depuis mercredi pour discuter de l’avenir du secteur et de la nécessité de repenser son approche. Il s’agit de traiter le sujet selon une logique rigoureuse, sous des angles quantitatif et qualitatif, posant l’éducation des adultes comme un enjeu de savoir et de changement sociétal.

Il est crucial de remettre les pendules à l’heure, d’autant que la situation a évolué et le niveau d’enseignement a régressé. En l’absence de statistiques, il est difficile de faire un état des lieux précis. Par où commencer ? Comment améliorer notre système éducatif sans disposer d’informations fiables et de données chiffrées ? Quels axes de réforme doivent être prioritaires ? C’est ce qu’interroge Esther Hirsch, directrice par intérim du DVV International.

« Sans connaître le nombre d’apprenants ni celui d’enseignants, et en l’absence de rapports nationaux sur l’état d’avancement du processus éducatif, nous ne pourrons pas mobiliser les moyens d’investissement nécessaires à son évolution », souligne-t-elle. Elle ajoute que ce secteur a besoin d’un nouveau cadre organisationnel basé sur des données fiables, qui serviront de référence pour élaborer des stratégies et des politiques adaptées à chaque pays.

Cela pourrait permettre de concevoir une vision claire, déterminant les contours de l’avenir du secteur. « Nous souhaitons tous collaborer, lors de cet atelier, pour renforcer nos capacités de gestion des données et réfléchir aux opportunités d’investissement, afin d’améliorer notre savoir-faire et nos politiques de gouvernance sur la question. Ce sont autant de défis auxquels sont confrontés aujourd’hui les pays arabes participants », révèle Isabell Kempf, directrice de l’UIL.

Pour approfondir le sujet, elle a jugé essentiel de partager les expériences arabes dans ce domaine, afin d’en tirer les leçons nécessaires. Qualifiée de pionnière à l’échelle arabe et africaine, notre expérience peine toutefois à aboutir. Elle n’a pas encore réussi à répondre aux enjeux du savoir.

À l’ère du numérique, ce système d’éducation spécifique doit se réinventer pour mieux résister, dans une approche d’apprentissage tout au long de la vie. « Avec un taux général d’analphabétisme dans les pays arabes estimé à 25%, la prise de décision basée sur des données statistiques plus fiables et transparentes est essentielle au développement de l’éducation des adultes », selon Samah Chelbi, représentante de l’Institut de l’Unicef (UIL).

En ce qui concerne l’expérience tunisienne, Abdelbasset Belhassan, président de l’IADH, a déclaré que notre pays connaît un taux d’analphabétisme en hausse, actuellement situé à 17%. « Cette situation stagnante exige l’adoption d’un système d’apprentissage tout au long de la vie, fondé sur une législation appropriée et des politiques publiques dans le cadre d’un contrat social en faveur du capital humain, afin de développer ses capacités dans plusieurs domaines ».

Il est donc impératif de capitaliser sur les expériences acquises tout en utilisant les données et informations disponibles pour identifier les nouveaux besoins des apprenants, dans le contexte des changements démographiques et socioéconomiques rapides que connaissent ces pays. L’analphabétisme présente aujourd’hui des dimensions plus complexes, liées principalement à de nouveaux défis numériques.