France

« Cash investigation » : Des parents de l’école Saint-Dominique témoignent des alertes sur des violences.

Une réunion a été organisée en urgence par la mairie du 7e arrondissement de Paris après la diffusion jeudi de l’émission « Cash investigation », qui dévoile des scènes de violence dans une école. La mairie a annoncé que deux personnes, une animatrice et une directrice adjointe du périscolaire, ont été suspendues suite à cette diffusion.


« On a tous vu les images ». Suite à la diffusion, jeudi, de l’émission « Cash investigation » révélant des scènes de violence dans une école du 7e arrondissement de Paris, la mairie a convoqué en urgence une réunion pour répondre aux nombreuses interrogations des parents, choqués par ces révélations.

Cris, baisers sur la bouche, absence de cadre et de formation… Le magazine d’investigation a infiltré l’école Saint-Dominique en y faisant travailler, pendant une semaine en mai 2025, une de ses journalistes. Elle a constaté que les taux d’encadrement du périscolaire n’étaient pas respectés, avec un animateur pour 23 ou même 35 élèves, alors que le maximum devrait être de 14 enfants. Plus alarmant encore, crier sur les enfants était une pratique courante. Des scènes « quotidiennes », selon l’enquêtrice, qui a eu l’interdiction de rassurer les enfants en larmes. Dans une autre séquence, une animatrice embrasse un enfant sur la bouche en déclarant : « Je suis folle de lui ».

« Dégoût face à l’impunité des adultes ». Présente vendredi matin à la réunion de la mairie, Sandra* exprime sa « choc » face à des membres du personnel périscolaire, où est inscrit son enfant, qui hurlent sur les jeunes élèves. « J’ai ressenti du dégoût face à l’impunité des adultes qui commettent des violences sur les enfants. Et parce que l’institution en charge de les protéger ne les protège pas. Sur les images, les enfants semblent inquiets de faire le moindre geste, de parler… », commente cette mère. Elle ajoute : « On se demande si le personnel du périscolaire comprend qu’un enfant de trois ans n’a pas les mêmes capacités qu’un adulte ou même qu’un enfant en élémentaire. » Patrick*, un père présent, partage également un sentiment d’« écœurement » et d’« angoisse profonde ».

« En arrivant ce matin à la réunion, l’émotion était forte », confirme Anne, du collectif SOS périscolaire, présente également. Les participants étaient outrés et choqués de découvrir ces situations par voie de presse.

« Vous imaginez ce que peuvent ressentir des parents qui ne savent rien ? » demande Léa*, une mère ayant signalé des comportements problématiques entre septembre et décembre dernier.

La mairie a récemment annoncé la suspension de deux personnes suite à la diffusion de « Cash investigation » – une animatrice et une directrice adjointe du périscolaire. Léa s’interroge sur le laps de temps qui a passé entre le tournage des images, en mai 2025, et les mesures prises : « Les journalistes ont-ils alerté plus tôt ? Pourquoi ces personnes ne sont-elles suspendues que maintenant ? ».

« On est punis si on parle ». Sandra, qui a également alerté sur des faits inquiétants, se sent responsable, réalisant qu’elle n’a pas su protéger son enfant : « Je comprends mieux pourquoi il était terrorisé d’aller à la cantine. C’est dur de se dire qu’on n’a pas pu leur éviter ça… ». Son enfant, inscrit en moyenne section à l’école Saint-Dominique, exprimait souvent l’an dernier son refus d’aller à la cantine. À partir de septembre, il a commencé à lui parler de punitions, lui disant : « On est punis si on parle ».

Parallèlement, la fille de Léa, en petite section, exprime un malaise causé par des camarades qui la tapent et revient un mercredi avec une marque rouge sur le corps. Elle refuse d’aller à l’école ce jour-là, quand elle est censée être au périscolaire. Les deux mères cherchent alors à comprendre la situation et apprennent en consultant d’autres parents que plusieurs enfants évoquent des punitions, des cris, et des menaces. Elles rencontrent la directrice qui, selon le témoignage de Léa, les renvoie vers le périscolaire.

Une réunion est enfin tenue en octobre, où les parents découvrent que des animateurs avaient l’habitude d’éteindre les lumières lorsque les enfants faisaient du bruit à la cantine. Un animateur en particulier est décrit comme problématique pour avoir l’habitude de crier sur les enfants, ce que Léa pourra constater quelques jours plus tard. Les parents, qui expriment leurs préoccupations, ne se sentent cependant pas écoutés et s’adressent à la mairie d’arrondissement.

Il faudra deux réunions en novembre et décembre, avec des représentants de la mairie et de la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance (CASPE), pour qu’un animateur soit finalement suspendu et qu’un nouveau directeur du périscolaire soit nommé. À ce moment, les parents n’ont pas encore vu les images de « Cash Investigation », mais ils ont déjà perçu les problèmes liés à la gestion de la directrice du périscolaire – celle qui est vue en train de crier sur les enfants dans l’enquête – qui est alors réaffectée à un poste d’adjointe et non plus de directrice. La mairie promet également un animateur vacataire en supplémentaire et des formations pour le personnel.

Enquête administrative. Selon les parents interrogés, leurs enfants n’ont plus rapporté d’éléments préoccupants après ce changement de direction. Néanmoins, le délai de réaction avant la mise en œuvre des premières mesures et les images de « Cash Investigation » leur laissent un goût amer.

Sous pression depuis des mois face à l’accumulation des signalements dans le périscolaire parisien, la Mairie de Paris a rapidement pris des mesures. En plus de la suspension des deux personnes mises en cause, l’institution a également annoncé avoir lancé une enquête administrative et effectué un signalement au Parquet.

« La Ville de Paris partage la colère provoquée par ces images inadmissibles, tant pour les familles que pour les agents du service public parisien qui agissent au quotidien avec professionnalisme auprès des enfants », a déclaré l’institution. Une cellule d’écoute psychologique, assurée par des professionnels de la protection de l’enfance, est mise à disposition pour les parents « souhaitant échanger ou être soutenus », a fait savoir la mairie.

* Le prénom a été modifié.