Brett Ratner, réalisateur du documentaire « Melania » : qui est-il ?
Le film consacré à Melania Trump est projeté dans 5.000 salles à travers 27 pays ce vendredi, mais pas en France. Brett Ratner, réalisateur accusé de violences sexuelles, a été personnellement choisi par Melania Trump comme producteur exécutif du film.
Un documentaire qui suscite de vives réactions ! Ce vendredi, le film Melania, qui suit Melania Trump trois semaines avant la seconde investiture de Donald Trump en janvier 2025, est projeté dans 5.000 salles à travers 27 pays (mais pas en France), et il soulève de nombreuses controverses.
Ce récit, façonné selon les souhaits de la première dame des États-Unis, est au cœur de critiques : un budget exorbitant de 75 millions de dollars financé par Amazon, une tentative d’amadouement de Jeff Bezos, une promotion bruyante en plein drame à Minneapolis, et l’implication d’un ex-paria d’Hollywood accusé de violences sexuelles comme réalisateur. Le choix de Brett Ratner n’est pas anodin et pose des questions éthiques, politiques et culturelles importantes.
Un réalisateur accusé de violences sexuelles
Brett Ratner a gagné en notoriété à la fin des années 1990 grâce à la comédie d’action Rush Hour. Ce film, à l’humour racial très prononcé, réalisé avec Jackie Chan et Chris Tucker, a connu un grand succès et a engendré deux suites, également dirigées par Ratner.
Il enchaîne ensuite les blockbusters : Dragon Rouge en 2002, préquelle du Silence des agneaux, X-Men : L’Affrontement final en 2006, Le Casse de Central Park avec Eddie Murphy en 2011, et Hercule avec Dwayne Johnson en 2014.
Tout change en 2017 lorsque Ratner est atteint par la première vague du mouvement #MeToo. Son nom est cité dans de nombreuses accusations. Six femmes, dont l’actrice Olivia Munn, ont témoigné dans le Los Angeles Times en novembre 2017, évoquant des cas de harcèlement et d’agressions sexuelles – des accusations que le réalisateur a toujours niées.
Le quotidien américain décrit un homme « se vantant publiquement de ses prouesses sexuelles » et comptant Roman Polanski parmi « ses amis les plus proches », tout comme Marc Beckman, agent et « conseiller principal » de Melania Trump.
Après ces révélations, Brett Ratner disparaît du paysage hollywoodien. Il s’exile en Israël et se rapproche du Premier ministre Benyamin Netanyahou.
Un cinéaste choisi et imposé par la première dame
Melania Trump est l’une des productrices exécutives du film qui lui est consacré, ce qui soulève des interrogations sur l’indépendance éditoriale du projet. Brett Ratner, admirateur de Donald Trump, a été personnellement choisi par elle.
« Je me sens un peu mal à l’aise avec l’aspect propagande, mais Brett Ratner a été la pire chose dans ce projet », explique un membre de l’équipe dans une enquête de Rolling Stones. Ce dernier décrit Melania Trump comme « vraiment gentille » et impliquée dans le projet, contrairement à Brett Ratner, dont l’attitude méprisante et irrespectueuse, notamment le fait de laisser traîner ses déchets sur le plateau, est critiquée.
« On parlait davantage du côté malsain de Brett que de Melania », confirme un autre témoin, disant n’avoir découvert l’implication du cinéaste peu avant le tournage et affirmant qu’il aurait refusé le poste s’il l’avait su. La majorité des membres de l’équipe aurait même décliné d’apparaître au générique, un phénomène rare dans l’industrie qui révèle un malaise profond.
Une réhabilitation qui en dit long sur Hollywood
Confier un film à un homme accusé d’abus dans un contexte où l’industrie prétend s’être réformée à la suite de #MeToo indique qu’une personnalité puissante peut retrouver sa place dès lors qu’elle s’aligne avec les bons réseaux politiques.
Cette logique de protection est également visible dans les zones d’ombre entourant les relations entre Brett Ratner et Donald Trump. En décembre 2025, le cinéaste a été photographié dans des documents classifiés liés à l’affaire Epstein. Bien qu’il nie toute proximité, la photo le montre en compagnie de Jean-Luc Brunel, retrouvé mort en prison après des accusations de viols sur mineures et soupçonné d’être un « rabatteur » pour un réseau pédocriminel.
Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a affiché son hostilité envers Hollywood, cherchant à renverser les politiques de diversité et d’inclusion. Il semble aussi désireux de réintroduire des personnalités controversées, comme l’acteur Jon Voight, récemment nommé ambassadeur spécial à Hollywood.
La présence de Brett Ratner à la tête de Melania montre la relation entre pouvoir, argent et impunité. Donald Trump aurait ainsi exigé que Paramount, racheté par Skydance Media, dirigé par David Ellison, proche du camp trumpiste, relance la franchise Rush Hour avec Brett Ratner, soulignant sa stratégie de reconquête de la culture populaire américaine.
La réhabilitation de Brett Ratner marque un tournant culturel et un affaiblissement des garde-fous éthiques à Hollywood. Selon Semafor, dans les cercles « anti-woke », être « cancel » pourrait même devenir un atout. Brett Ratner pave ainsi la voie, et il ne sera probablement pas le dernier.

