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L’espace ne deviendra-t-il pas une décharge de débris spatiaux ?

Depuis 1957, l’humanité a pollué l’espace, entraînant la présence de plus de 9000 tonnes de débris en orbite. Selon l’Agence spatiale européenne, plus de 131 millions de débris spatiaux, de toutes tailles, gravitent autour de la planète.


Depuis 1957, avec le lancement de Spoutnik, l’humanité a progressivement pollué l’espace au fil des explorations spatiales. Le volume de débris en orbite est tel qu’il devient urgent de nettoyer ces espaces encombrés de fragments et d’objets errants. Les spécialistes s’accordent sur la nécessité d’une législation internationale, tant le nombre de satellites lancés croît de façon exponentielle.

Nous dépendons de l’espace et de milliers de satellites en orbite. Cependant, ces routes spatiales sont polluées par une multitude de débris, souvent causés par l’explosion d’un satellite ou d’un lanceur, ou par des collisions entre fragments et engins spatiaux.

**Le syndrome Kessler**

On estime que plus de 9000 tonnes de débris évoluent dans l’espace. « La situation commence à devenir alarmante car il y a de plus en plus de débris. Le risque, c’est une réaction en chaîne. C’est-à-dire que des débris provoquent de nouvelles collisions. Les collisions génèrent de nouveaux débris et ainsi de suite. Il s’agit du syndrome de Kessler. Si on ne fait rien, on risque un emballement qui pourrait être incontrôlable dans le futur », affirme Gaëtan Kerschen, professeur au département aérospatial de l’Ulg.

Un débris spatial est un objet en orbite qui n’est plus sous le contrôle de l’homme, cela peut aller d’une écale de peinture à un satellite en fin de vie. Selon l’Agence spatiale européenne, plus de 131 millions de débris spatiaux, de toutes tailles, circulent dans l’espace.

Gaëtan Kerschen précise qu’ »un déchet, aussi petit soit-il, peut causer d’énormes dégâts : ‘Il faut savoir qu’un débris de trois millimètres va aussi vite qu’une balle de fusil. Donc les dégâts sont considérables même avec des débris de très petite taille. Cela peut endommager et mettre hors service un satellite fonctionnel. De plus, cela provoque une réaction en chaîne. Les probabilités de collision ne sont pas du tout négligeables, vu le nombre de débris qui existe actuellement en orbite. C’est pour cette raison qu’il faut vraiment tenir compte de la majorité des débris.' »

**De nouveaux acteurs privés et la nécessité d’une loi internationale**

Chaque année, le nombre de satellites placés en orbite par de nouveaux acteurs privés augmente considérablement, tout comme le risque de débris. Ce sont de véritables constellations de petits satellites qui sont envoyées sur une orbite basse. « Ce sont littéralement des grappes qui sont envoyées. Monsieur Musk parle de 12.000 satellites à un moment. C’est pratiquement l’équivalent de ce qu’on a envoyé dans les 30 dernières années sur l’ensemble du monde. Donc à raison de 200 lancements par an, on va finalement encombrer énormément cette orbite. Il faut un régulateur pour une gestion du trafic. Il faut une tour de contrôle qui permettrait de surveiller tous ces flux, un peu comme dans un aéroport. C’est un véritable projet de l’Agence spatiale européenne et de l’Union européenne », signale Philippe Willekens, conseiller de la direction générale de l’ESA.

**Une Charte Zéro Débris et une loi internationale**

Plus de satellites signifient également plus de débris. La probabilité de collision est telle que l’Agence spatiale européenne et la NASA surveillent en permanence les engins spatiaux et les débris de grande taille. La station spatiale internationale doit même effectuer plusieurs manœuvres par an pour les éviter. À l’initiative de l’ESA, la première Charte Zéro Débris vise à responsabiliser ceux qui la signent. L’objectif commun est de ne plus générer de débris d’ici 2030 et d’assurer la durabilité des activités spatiales à long terme. Face à l’augmentation du trafic spatial, il est essentiel d’aller plus loin.

Philippe Willekens évoque l’importance de la législation : « On voit un ensemble d’acteurs qui va se démultiplier de manière impressionnante. Chacun d’entre eux va avoir la possibilité d’envoyer des satellites presque de façon continue. On parle aujourd’hui d’approximativement 9000 tonnes de déchets. Si l’on continue ainsi, dans deux à trois ans, on risque de presque doubler cette quantité. C’est une situation que je n’ai pas rencontrée il y a dix ans. »

Le conseiller de la direction générale de l’ESA ajoute : « Il faut déjà une loi internationale au niveau européen. Nous progressons dans ce sens. Mais il faut aussi s’accorder avec les Nations unies, afin que tous les pays qui lancent des satellites dans l’espace se mettent d’accord sur cette législation et la mettent en œuvre. Non seulement elle doit être adoptée par les États, mais elle doit également être appliquée de manière renforcée auprès des industriels dans le monde entier. »

**Des innovations technologiques pour nettoyer l’espace**

Il y a un peu plus d’un an, l’Agence spatiale a désorbité le satellite RS2, qui s’est consumé et désintégré dans l’atmosphère. Agir de manière préventive pour que ce qui est envoyé dans l’espace revienne est le nouvel objectif éco-technologique. D’autres projets existent, comme la mission ClearSpace 1, un « éboueur de l’espace » prévu pour nettoyer les orbites dès 2029.

Un autre projet dirigé par le groupe aérospatial wallon Sonaca est une usine écoresponsable baptisée Starfab, qui vise également une exploitation durable de l’espace. Yves Delatte, CEO de Sonaca, détaille les trois objectifs de cette usine du futur : « Premièrement, il s’agit de pouvoir recycler les débris. Donc de pouvoir capturer ces débris en haute atmosphère ou dans l’espace, de les compacter et finalement de les renvoyer vers l’atmosphère pour qu’ils se désintègrent lors de leur chute. Le deuxième objectif est de pouvoir réparer les satellites. Un satellite qui n’a plus de courant à cause d’une batterie à plat devient dysfonctionnel et représente alors un débris. En les réparant, on prolonge la durée de vie de ces dispositifs. Le troisième objectif est de concevoir une centrale d’énergie solaire dans l’espace. »

Face aux enjeux de l’exploitation spatiale et la problématique de la pollution des orbites, les États et les industriels prennent conscience de l’urgence de réglementer et d’agir ensemble pour éviter que l’espace ne devienne un véritable dépotoir intersidéral.