Bretagne : Quel pétrole reste-t-il dans les coques de l’Erika 26 ans après ?
L’épave de l’Erika gît par 120 mètres de fond à quelques kilomètres au large de Belle-Ile et des côtes bretonnes. Depuis le début du mois de janvier, une trentaine d’animaux souillés ont été découverts sur les côtes du Finistère Sud et du Morbihan.
Elle est fendue en deux et repose à 120 mètres de profondeur, à quelques kilomètres au large de Belle-Ile et des côtes bretonnes. Vingt-six ans après son naufrage, la carcasse de l’Erika est de nouveau au centre des préoccupations et pourrait être à l’origine de nouvelles pollutions pétrolières. Comme souvent, ce sont les oiseaux marins qui ont alerté sur ces fuites, revenant couverts de pétrole sur les côtes du Finistère Sud et du Morbihan. Selon la Ligue de protection des oiseaux, une trentaine d’oiseaux souillés ont ainsi été retrouvés depuis le début du mois de janvier.
Les premières analyses effectuées par le CEDRE, le Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux, montrent des similitudes avec le pétrole que transportait l’Erika lors de son naufrage en 1999. Suite à cette marée noire tragique qui avait occasionné la mort de plus de 150 000 oiseaux, d’importantes opérations de pompage avaient été entreprises en 2000 pour éviter tout reflux. Mais comment expliquer alors que du pétrole refasse surface ?

L’explication est assez simple. Selon la préfecture maritime de l’Atlantique, l’hypothèse la plus probable est que ces rejets proviennent des « impompables » de l’Erika. « Il existe toujours des zones inaccessibles. Des petites poches que l’on ne peut atteindre. Cela peut être dans une soute inaccessible enfouie dans le sable, par exemple », explique Guillaume Le Rasle.
« On ne fera pas face à une marée noire »
Le capitaine de frégate de la Premar se montre relativement serein quant à l’impact de cette pollution inattendue. « Nous ne devrions pas être confrontés à un événement majeur et nous devrions rester sur des quantités limitées. Nous ne ferons pas face à une marée noire », rassure-t-il. En 2000, plus de 11 000 tonnes de fioul avaient été extraites des épaves de l’Erika, qui en transportait environ 30 000. Lors du naufrage, entre 7 000 et 10 000 tonnes s’étaient déjà répandues en mer. Bien que tout calcul approximatif soit à éviter, il pourrait encore y avoir un peu de mazout dans les coques de l’Erika, situées à environ 10 kilomètres.

Il s’agit, en principe, de la première fuite constatée sur l’épave du pétrolier tristement célèbre affrété par Total depuis son naufrage il y a vingt-six ans. « Avec le temps qui passe, les mouvements océaniques, les tempêtes, on peut observer des évolutions de la structure et des libérations de fioul dans l’environnement », précise Nicolas Tamic, directeur adjoint du CEDRE de Brest. « Sous l’effet de la corrosion et de la pression, des fissures peuvent apparaître », ajoute le capitaine de frégate de la Premar.
Le Tanio continue de couler lui aussi
Les soigneurs de la Ligue de protection des oiseaux en savent quelque chose. Depuis plusieurs années, ils récupèrent régulièrement des oiseaux mazoutés, victimes des fuites de l’épave du Tanio. Coulé en 1980 avec huit marins à bord au large de l’île de Batz, ce pétrolier continue de libérer une partie de son contenu. Trois opérations de colmatage ont pourtant été réalisées jusqu’en 2024 sur l’épave. Cependant, le mazout continue de s’échapper, notamment après les tempêtes hivernales. « La LPO appelle les autorités à mettre en œuvre une solution définitive afin d’éliminer les fuites d’hydrocarbures provenant des épaves du Tanio et de l’Erika« , souligne l’association de protection de la nature.

Distants d’une dizaine de kilomètres, les deux morceaux de coque de l’Erika seront d’abord survolés, comme l’a annoncé la préfecture maritime. Un « dispositif plus lourd » est à l’étude pour examiner l’épave, potentiellement à l’aide de robots. Cependant, la météo des jours à venir ne devrait pas le permettre. « Nous resterons vigilants. Ce n’est pas anodin », reconnaît Guillaume Le Rasle.

