Tunisie

L’assurance vie, un complément contre la fragilité du système de retraite tunisien.

Lors d’un panel organisé le 29 janvier 2026 à Tunis, des experts ont souligné l’urgence de démocratiser l’assurance vie en Tunisie, en mettant l’accent sur une réforme structurelle des régimes de retraite. L’ancien ministre des affaires sociales a présenté des chiffres alarmants, affirmant que 56% des pensionnés du secteur privé perçoivent une pension annuelle de 5.000 dinars ou moins.

Face à des pensions de retraite insuffisantes et un système de sécurité sociale en difficulté, l’assurance vie apparaît comme un complément essentiel pour les travailleurs tunisiens.

Lors d’un panel organisé à Tunis le 29 janvier 2026, à l’occasion du 40ᵉ anniversaire de Hayett Assurances, des experts et responsables ont souligné l’urgence de rendre cet outil de protection sociale plus accessible, appelant à une réforme structurelle des régimes de retraite.

Le panel, intitulé « L’assurance vie : levier de protection et de cohésion sociale », a rassemblé Jamil Rihane, directeur général adjoint de Hayett Assurances, Hafedh Lâamouri, ancien ministre des affaires sociales, Hedi Dahmen, expert en sécurité sociale auprès des tribunaux, et Jouda Khemiri, présidente du Comité général des assurances.

Lotfi Ben Haj Kacem, directeur général de Hayett Assurances, a ouvert l’événement en mettant en avant le rôle crucial de l’assurance vie qui va au-delà des simples indicateurs financiers.

Sur le plan économique, elle contribue au financement national et mobilise l’épargne à long terme. Socialement, elle fournit une couverture aux familles, sécurise l’avenir des enfants et renforce la solidarité intergénérationnelle.

Un mécanisme d’épargne avec des dimensions sociales multiples

Jouda Khemiri a expliqué que l’assurance vie a une portée qui dépasse son rôle de complément à la sécurité sociale.

C’est avant tout un mécanisme d’épargne qui permet au petit épargnant d’accumuler de modestes sommes dans le cadre d’un plan d’investissement. L’assurance collective est particulièrement pertinente pour les salariés, proposant un service immédiat en cas de décès.

Elle a également souligné la dimension sociale de ce produit, notamment la possibilité pour le client de choisir librement les bénéficiaires, ce qui facilite la gestion des questions successorales.

De plus, elle a noté que le secteur est soutenu par un cadre juridique clair, notamment le règlement numéro 1 de 2016 qui précise les garanties d’assurance vie.

Concernant les avantages fiscaux, elle a évoqué les prestations des contrats collectifs souscrits par les employeurs, avec des plafonds de 100.000 et 150.000 dinars.

Cependant, elle a déploré que la situation actuelle freine l’instauration rapide de nouveaux avantages fiscaux pour encourager les contrats collectifs.

La présidente du CGA a insisté sur l’importance de disposer de produits d’assurance bien compris, inclusifs et adaptés, soulignant que l’assurance vie étant un engagement à long terme requiert un dispositif de protection efficace ainsi qu’une autorité de contrôle active.

Elle a conclu en soulignant la nécessité de former les assurés ainsi que les sociétés d’assurance sur les questions d’assurance.

Assurance complémentaire, une nécessité face à des pensions dérisoires

L’ancien ministre des affaires sociales a présenté un constat alarmant sur les pensions de retraite en Tunisie. En tant que docteur d’État en droit du travail et de la sécurité sociale et ancien PDG de la CNSS de 2011 à 2024, il a déclaré que le complément de retraite est devenu crucial dans le cadre de la réforme de la sécurité sociale.

Les chiffres avancés sont révélateurs : 56% des pensionnés du secteur privé touchent une pension annuelle de 5.000 dinars ou moins. Le ministère des Finances a communiqué un chiffre encore plus marquant : 75% des retraités de la CNSS ne dépassent pas 5.000 dinars annuels, ce qui correspond à un maximum de 480 dinars par mois.

Hafedh Lâamouri a expliqué que le seul complément de retraite proposé par la CNSS repose sur une adhésion des entreprises avec une cotisation supplémentaire de 9%, dont 6% sont à la charge de l’employeur et 3% pour l’employé.

Cependant, ce système est stagné depuis des années, avec un prix du point de retraite fixé à 341 millimes. Face à cette situation préoccupante, de nombreuses entreprises se tournent vers des compagnies d’assurance privées pour offrir des retraites complémentaires à leurs employés.

L’ancien ministre a également évoqué la situation dans le secteur public, où les salaires et pensions sont très bas, rendant indispensable le recours à une assurance complémentaire.

Il a affirmé que l’assurance retraite complémentaire n’est pas une option mais une nécessité, car vivre uniquement avec la pension de la CNSS permet à peine de survivre.

Il a rappelé que les régimes de retraite devraient théoriquement permettre un taux de remplacement de 80 à 90%, un objectif qui n’est plus atteignable aujourd’hui.

Il a conclu en déclarant qu’une augmentation unifiée et indexée des pensions pour tous est indispensable dans toute réforme prévue.

Un complément nécessaire mais pas un substitut à une réforme structurelle

L’expert en sécurité sociale a abordé la question des conventions collectives et du dialogue social, rappelant que l’assurance vie est mentionnée dans les articles 55 et 87 des conventions sectorielles des assurances et du secteur bancaire.

Il s’est demandé si l’assurance vie est une nécessité, un complément, un substitut ou une alternative au système de sécurité sociale. Hedi Dahmen a dressé un constat sévère du système actuel, soulignant l’absence d’une politique salariale unifiée et la coexistence de divers systèmes de rémunération et de sécurité sociale contradictoires entre les secteurs public et privé.

Il a rappelé que le système de retraite complémentaire de la CNSS n’a pas évolué depuis 2020, le conseil d’administration étant seul habilité à modifier la pension complémentaire.

L’expert a mis en avant un clivage significatif entre les deux secteurs : la pension moyenne dans le secteur public, gérée par la CNRPS, est de 1.546 dinars par mois, tandis que celle du secteur privé n’atteint que 640 dinars mensuels.

Cette disparité provient d’un système de péréquation jugé généreux dans le public contre un système d’indexation dans le privé qui dépend des décisions des gouvernants.

Pour Hedi Dahmen, l’assurance vie ne représente pas une alternative à la réforme du système de sécurité sociale mais doit être considérée comme un complément, bien qu’obligatoire en l’absence d’une politique salariale équitable et motivante.

Il a souligné qu’en l’absence d’augmentations salariales significatives, la Tunisie fait face à une réalité de migration et de fuite des compétences.

Il a qualifié de systèmes obsolètes ces dispositifs créés dans les années 1960 et jamais réformés en profondeur.

L’expert a insisté sur la nécessité d’une réforme structurelle du système de sécurité sociale et d’intégrer d’autres systèmes facultatifs dans un cadre de dialogue entre partenaires sociaux.

Démocratiser l’assurance vie par la proximité et l’innovation

Pour sa part, Jamil Rihane, directeur général adjoint de Hayett Assurances, a rappelé que l’assurance vie est avant tout une protection pour les individus et les familles contre les aléas de la vie, la perte de revenus et la perte d’autonomie.

Il a mis en avant la spécificité de l’assurance vie en matière successorale : en cas de décès, le capital versé aux bénéficiaires désignés ne fait pas partie de la succession, ce qui aide à gérer les conflits d’héritage.

Jamil Rihane a identifié le principal défi du secteur : sortir l’assurance vie de son caractère élitiste réservé aux professions libérales et aux salariés à hauts revenus, cette perception entraînant une décompensation sociale entre ceux qui peuvent épargner et les autres.

La mission de Hayett est donc de démocratiser l’assurance vie à travers trois leviers stratégiques. Le premier levier consiste à créer des solutions adaptées à chaque situation, que ce soit pour les indépendants, les salariés ou les retraités.

Le deuxième levier concerne la proximité et l’accessibilité, avec une implantation régionale du réseau de distribution. La bancassurance est un élément clé permettant d’atteindre un large éventail de clients aux profils variés.

Hayett s’appuie également sur la microfinance, favorisant l’inclusion financière de populations marginalisées aux revenus instables, en particulier les travailleurs indépendants.

Le troisième levier vise à simplifier et rendre compréhensibles les solutions proposées. Hayett investit massivement dans la formation de ses réseaux de distribution pour fournir des solutions simples et efficaces.

L’entreprise ambitionne d’atteindre le maximum d’individus avec des solutions de protection adaptées à la capacité financière des clients.

Elle met également l’accent sur l’éducation à travers des produits orientés vers les bourses d’études, conscients des coûts croissants des études en Tunisie et des opportunités d’études à l’étranger.

L’innovation est au cœur de la stratégie, tant sur le plan technologique que des produits, afin de rapprocher l’entreprise de sa clientèle et de renforcer la confiance des Tunisiens envers leur assureur.