France

Lait infantile contaminé : plainte de Foodwatch et huit familles contre X

Une plainte a été déposée à Paris par l’association européenne de consommateurs Foodwatch, accompagné de huit familles, accusant les industriels et le gouvernement de ne pas avoir agi à temps concernant des laits infantiles potentiellement contaminés par la toxine céréulide. Plusieurs industriels, dont Nestlé, Danone et Lactalis, ont procédé depuis décembre à des rappels de laits infantiles dans plus d’une soixantaine de pays, dont la France, en raison d’un risque de contamination.


Après les rappels, place à la justice. Une plainte a été déposée à Paris par l’association européenne de consommateurs Foodwatch, soutenue par huit familles. Ces familles accusent les industriels et le gouvernement de ne pas avoir réagi à temps dans l’affaire des laits infantiles potentiellement contaminés par la toxine céréulide. Elles établissent un lien entre les problèmes de santé de leurs bébés et le lait concerné par les rappels.

Adam, âgé d’un mois et nourri avec du lait Guigoz, a été hospitalisé en réanimation pendant plusieurs semaines à la suite de diarrhées et de vomissements. Amani, cinq mois, a souffert de vomissements et de douleurs abdominales pendant quatre jours après avoir arrêté de boire son Babybio. Des fièvres répétées et des troubles digestifs ont inquiété le personnel de crèche et les parents d’un bébé de quatre mois nourri au Picot 1er âge. L’association souligne que « les faits sont particulièrement graves puisque ces laits contaminés à la toxine céréulide sont souvent destinés à des nourrissons de moins de six mois, parfois des prématurés au système immunitaire d’autant plus vulnérable », ajoutant sa détermination à « réclamer justice et transparence dans cette affaire ». Elle insiste sur le fait que ces laits « ont été vendus dans le monde entier par des multinationales qui ont commercialisé des produits exposant les bébés à un risque pour leur santé. C’est hors la loi ».

La plainte contre X vise plusieurs délits, dont la mise en danger et l’atteinte à l’intégrité physique des nourrissons, la tromperie aggravée et le manquement aux obligations de sécurité. L’avocat des familles et de l’association, Me François Lafforgue, a déclaré que « (les) fabricants ne pouvaient ignorer les obligations de sécurité sanitaire qui leur incombent. Nous demandons la plus grande fermeté dans cette affaire qui concerne la santé de nourrissons ». Plusieurs multinationales, telles que Nestlé (Guigoz, Nidal), Danone (Blédilait, Gallia) et Lactalis (Picot), ainsi que de plus petits producteurs comme Vitagermine (Babybio Optima), ont procédé à des rappels de laits infantiles depuis décembre dans plus de soixante pays, y compris en France, en raison d’un risque de contamination à la céréulide.

Le ministère de la Santé, de son côté, indique qu’« à ce stade, il n’a pas été mis en évidence de lien de causalité entre la consommation des laits infantiles concernés et la survenue de symptômes chez des nourrissons ».

Au cœur de cette affaire se trouve une huile riche en acide arachidonique (ARA), potentiellement à l’origine de la contamination par la céréulide, fabriquée par le producteur chinois Cabio Biotech. Foodwatch critique les fabricants de lait pour leur lenteur entre les premières alertes en décembre et les rappels, certains initialement discrets puis plus massifs en janvier. L’association estime que les parents n’ont pas été assez informés, souvent trop tard et de manière confuse. Elle avance également que les producteurs auraient dû être conscients des risques pour les bébés de laisser leurs laits à la vente, non seulement en France, mais aussi dans plus d’une dizaine de pays européens, ainsi qu’en Australie, en Russie, au Qatar ou en Égypte, dans le cas de Nestlé.

Deux enquêtes pénales distinctes ont été ouvertes à Angers et Bordeaux après les décès de deux nourrissons ayant consommé un lait infantile rappelé par Nestlé pour cause de « possible contamination » par une substance d’origine bactérienne, sans toutefois qu’un « lien de causalité » soit établi pour le moment, selon les autorités.

Mercredi, la ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Annie Genevard, a défendu son action devant les parlementaires, affirmant que les procédures avaient été « très très bien respectées ». Elle a assuré qu’une fois l’origine de la contamination « trouvée », « l’alerte a été faite sur l’ensemble des industriels », qui ont effectué des rappels en fonction des analyses. L’autorité sanitaire européenne (Efsa) a par ailleurs annoncé mercredi avoir été saisie par la Commission européenne pour établir une norme sur la céréulide dans les produits pour enfants, avec un avis prévu pour le 2 février.