Les étudiants-entrepreneurs se multiplient : « Un CDI, ce n’est pas un rêve ! »
À 24 ans, Justin Desnouck a lancé un concept appelé Food’ici, proposant des box repas avec des produits locaux après commande. Mathis Bury et Nathan De Springer, deux jeunes de 22 ans, ont créé leur entreprise « Twostack » il y a un peu plus de trois ans et comptent une bonne vingtaine de clients.
À 24 ans, Justin Desnouck, résident de Frasnes-les-Anvaing et étudiant à Louvain-la-Neuve, a lancé, il y a quelques mois, un concept avec un associé : Food’ici. Ce service fonctionne sur le même principe qu’Hello Fresh, mais propose uniquement des produits locaux. « Nous avons mis en place un site internet », précise-t-il, « pour principalement travailler via les réseaux sociaux et le digital. Nous avons donc contacté les producteurs de la région. » Le jeune étudiant-entrepreneur offre des boxes repas comprenant des recettes élaborées avec des produits régionaux, qu’il livre aux clients locaux après commande. « Les gens se rendent sur notre site web et indiquent le nombre de personnes : 2, 4, 6, 8. Ensuite, plusieurs recettes s’affichent avec les quantités adaptées. Les recettes sont également personnalisées selon les habitudes des utilisateurs, qu’ils préfèrent cuisiner seuls ou en groupe, et en fonction des équipements de leur cuisine. »
Au début, Justin manquait d’expérience en codage, mais l’intelligence artificielle lui a permis de trouver des solutions clé en main. Il bénéficie du soutien d’un incubateur basé à Louvain-la-Neuve, qui propose de l’accompagnement aux entrepreneurs, avec des conseils en marketing, droit et comptabilité.
Deux jeunes de 22 ans de la région montoise, Mathis Bury et Nathan De Springer, ont également sollicité de l’aide de STUDIO12, le service d’accompagnement des étudiants-entrepreneurs à la HEH (Haute École en Hainaut). Leur entreprise de création de sites web, « Twostack », a été fondée il y a un peu plus de trois ans et compte une vingtaine de clients. « Actuellement, notre entreprise devient de plus en plus viable », déclare Mathis. « Nous ne pouvons pas encore en vivre pleinement, mais notre nombre de clients augmente, et nous en sommes ravis. » Nathan ajoute que lancer une entreprise lorsqu’on est jeune est une aubaine : « Si vous ne le faites pas quand vous êtes étudiant, c’est plus compliqué à l’avenir car vous avez des charges sociales plus élevées, ce qui vous rend moins enclin à prendre des risques. En ce moment, nous ne risquons presque rien. »
Le statut d’étudiant-entrepreneur, qui existe depuis plusieurs années, propose divers avantages tels que la réduction ou la suppression de charges sociales, la facilité de se lancer et un accompagnement personnalisé à travers des incubateurs. Récemment, les autorités wallonnes ont également supprimé l’obligation de suivre une formation en gestion pour devenir indépendant.
Julie Lenaerts, responsable de la cellule étudiants-entrepreneurs à la HEH, témoigne de l’esprit d’initiative de ces jeunes : « L’année dernière, j’ai accompagné 60 jeunes, c’est beaucoup. Parfois, je les soutiens tout au long de l’année, parfois juste lors de deux ou trois rendez-vous. Ils viennent me voir pour discuter de leurs projets. Mon rôle principal est de les aider à concrétiser leurs idées sur les aspects administratif, juridique et financier, je suis comme une coach pour eux. »
Des jeunes la contactent pour divers projets, allant de la création d’une entreprise de photographie ciblant le sport à une application de rencontre pour adultes handicapés, administrée par leurs éducateurs. Julie observe un changement de mentalité chez les nouvelles générations : « Ils n’hésitent pas à se lancer, ils se demandent plutôt comment y parvenir. Cette mentalité est admirable. On dirait que certaines barrières ont disparu. » Selon elle, ces jeunes semblent plus audacieux que la génération précédente, s’inspirant de nombreuses success stories visibles jour après jour sur Internet. Justin renforce cette observation : « Le monde du travail évolue énormément. Avec le numérique, de nombreux entrepreneurs réussissent, parfois en travaillant peu. Cela modifie la perception des jeunes, qui se disent : ‘Si eux y parviennent, pourquoi pas moi ?’ Aujourd’hui, beaucoup de jeunes souhaitent être indépendants et ne pas avoir à rendre des comptes à un employeur. »
Ce besoin d’entreprendre semble accru par la situation liée au Covid : « Les jeunes de la génération post-Covid veulent accomplir leurs projets rapidement », note Julie. Encouragés, Mathis et Nathan prévoient de lancer, d’ici la mi-février, une application de rencontre pour les plus de 40 ans, nommée « Bondapp ».
Justin, l’un des créateurs de Food’ici, partage son avis sur le contrat à durée indéterminée (CDI), traditionnellement perçu comme un idéal. « À l’époque de mes parents, le CDI était le Graal, comme quelque chose à atteindre. » Mathis, de son côté, renchérit : « Pour moi, le CDI n’est pas un rêve, je souhaite poursuivre dans Twostack. » Nathan remarque même un certain regret chez ses parents, qui rêvaient de sécurité à travers un CDI : « Je pense qu’ils réalisent désormais qu’ils auraient pu entreprendre plus jeunes. À l’époque, c’était peut-être plus compliqué et incertain pour eux. »
Julie souligne l’impact du Covid sur cette génération, les poussant à agir rapidement : « J’ai l’impression que, face à l’incertitude, les jeunes veulent réaliser leurs ambitions instantanément. Ce besoin de prendre des initiatives prévaudra. »

