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Elections au Japon : le cadeau fiscal de Takaichi ne suscite pas de confiance

La Première ministre Sanae Takaichi a promis d’exempter d’une taxe à la consommation de 8% les produits alimentaires pendant deux ans, en amont d’élections anticipées le 8 février au Japon. Selon un sondage publié par Nikkei, 56% des Japonais interrogés jugent que l’exemption fiscale promise ne serait pas efficace contre l’inflation.


En amont des élections anticipées du 8 février au Japon, la Première ministre Sanae Takaichi a annoncé son intention de supprimer une taxe sur les produits alimentaires. Cette mesure, qualifiée de cadeau fiscal, vise à lutter contre l’inflation, mais suscite des inquiétudes sur son financement, ce qui alarme les marchés et peine à convaincre les électeurs.

Le 19 janvier, en même temps que la dissolution du Parlement, Mme Takaichi, qui représente une tendance ultra-nationaliste, a promis d’exempter d’une taxe à la consommation de 8 % les aliments pendant deux ans, en réponse à l’augmentation du coût de la vie. Cette décision a été fortement sollicitée par l’opposition.

L’annonce a immédiatement entraîné un bouleversement sur le marché obligataire, inquiet des risques de dérapage budgétaire, avec des rendements de la dette japonaise à 30 et 40 ans atteignant des niveaux records. Ce coup de froid rappelle le paradigme du « moment Liz Truss » : la Première ministre britannique avait en 2022 proposé des réductions fiscales massives non accompagnées de financements, ce qui avait entraîné une hausse brutale des rendements obligataires et l’avait contraint à démissionner. Cependant, la situation japonaise semble différente : le marché s’est stabilisé par la suite, et un léger déficit budgétaire permet d’absorber les chocs.

« Le Japon est capable d’obtenir des financements sans dépendre des capitaux étrangers » grâce à sa vaste épargne nationale, contrairement au Royaume-Uni d’alors, qui avait affiché un important excédent de sa balance courante, explique à l’AFP Hideo Kumano, économiste à l’Institut Dai-ichi Life. Mme Takaichi souligne que Tokyo prévoit d’afficher un solde primaire positif sur son budget (avant le remboursement de la dette) pour la première fois en 28 ans. Un « choc Truss » reste un « scénario à risque » dont « le danger potentiel augmente », conclut M. Kumano.

Le coût de cette mesure fiscale est estimé à 5 000 milliards de yens par an (27 milliards d’euros). Aucune source de financement ou mesure compensatoire n’a été précisée. De plus, le marché était déjà sous tension en raison d’un plan de relance colossal de 117 milliards d’euros adopté fin 2025, visant à soutenir les ménages par des subventions énergétiques, au prix de faire grimper l’endettement japonais, qui devrait dépasser 230 % du PIB en 2025.

Sous pression, Mme Takaichi a défendu sa proposition lundi. Elle prévoit une « conférence publique » avant la soumission d’un projet de loi « d’ici l’été ». « J’accorde une grande importance à la viabilité budgétaire », a-t-elle affirmé. Toutefois, une majorité renforcée au Parlement pourrait ouvrir la voie à une politique budgétaire plus expansionniste pour sa coalition.

« En cas de victoire écrasante, les anticipations du marché pourraient être dépassées », ce qui pourrait faire remonter les rendements obligataires, préviennent les experts d’UBS. En conséquence, « Takaichi pourrait être contrainte de compenser certaines mesures budgétaires expansionnistes par des mesures de resserrement », explique Marcel Thieliant, économiste chez Capital Economics.

Le gouvernement pourrait également opter pour l’émission de dettes à plus courte échéance et, en dernier recours, « la Banque du Japon pourrait être amenée à intensifier ses rachats d’obligations », ajoute-t-il. Cependant, la situation est délicate : toute intervention sur le marché obligataire risque d’entraîner une dépréciation du yen, ce qui alimenterait l’inflation importée et exercerait une pression supplémentaire pour une hausse des taux d’intérêt, au risque de peser sur la Bourse.

Le marché des changes est déjà agité : le yen avait subi des pressions face aux inquiétudes croissantes sur la discipline budgétaire, mais a rebondi vigoureusement depuis vendredi sur fond de rumeurs d’une intervention monétaire conjointe nippo-américaine pour soutenir sa valeur.

Quant à l’efficacité électorale de cette mesure, elle était censée rallier le soutien des Japonais, confrontés depuis 2022 à une inflation accrue, exacerbée par un yen affaibli qui alourdit le coût des produits importés. Les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % (hors produits frais) en décembre par rapport à l’année précédente. Néanmoins, selon un sondage publié par Nikkei, 56 % des Japonais interrogés estiment que l’exemption fiscale ne sera pas efficace contre l’inflation. « On ne peut s’empêcher de se demander s’il ne s’agit pas d’une tactique électorale », a confié à l’AFP Kanamu Kashima, étudiant de 23 ans.

La Banque du Japon, pour sa part, a légèrement ajusté à la hausse ses prévisions d’inflation pour 2027, en raison de la pression économique liée au vieillissement de la population. Cette situation pourrait se traduire par des rendements à long terme qui s’ajustent à ces nouvelles prévisions.

Pour finir, Hideo Kumano déplore que les réformes structurelles soient mises de côté. « Il faut s’interroger sur cette réduction fiscale, sa faisabilité et se demander si cela suffirait à relancer l’économie », insiste-t-il. « Tous ces discours semblent trop beaux pour être vrais. Ces politiques manquent cruellement de clairvoyance. »