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Sites de rencontres : Un Français prêt à être en couple avec une IA ?

Selon une étude réalisée par Norton, 64 % des utilisateurs d’applications de rencontres en France envisageraient d’entretenir une relation avec un chatbot IA. De plus, 79 % des Français affirment faire davantage confiance à un coach IA pour leur fournir des conseils relationnels qu’à un ami ou à un membre de la famille.


C’est un phénomène social dont les contours commencent à se dessiner. Les chiffres révélés sont troublants et pourraient devenir alarmants. De plus en plus de personnes envisagent ou entretiennent une relation « amoureuse » avec une intelligence artificielle, comme le montre une étude récente* réalisée par le spécialiste de la cybercriminalité Norton auprès des utilisateurs d’applications de rencontres, avec plus de 1.000 Français interrogés.

### La solitude, comme moteur de recherche

Début 2026, à peine trois ans après le début de la vague IA, une frontière que beaucoup semblent prêts à franchir. Selon Norton, 64 % des utilisateurs d’applications de rencontres envisagent une relation avec un chatbot IA, contre 67 % au niveau mondial, selon l’enquête menée sur tous les continents.

Pourquoi cet engouement ? Au-delà de la curiosité initiale pour les IA, le sentiment croissant de solitude et d’isolement en serait la principale raison. La Génération Z (1997-2012) ressent cela à 90 %, tandis que ce chiffre diminue avec l’âge : 86 % chez les Millennials (1981-1996), 79 % chez la Génération X (1965-1980) et 69 % chez les Baby Boomers (1946-1964).

Un autre chiffre interpellant : 79 % des Français affirment faire davantage confiance à un coach IA pour des conseils relationnels qu’à un ami ou un membre de la famille. Ce constat semble corroboré par une étude de l’Ifop** publiée cette semaine, qui indique que 39 % des moins de 30 ans ont déjà utilisé l’intelligence artificielle pour des conseils sexuels ou d’éducation.

De plus, 43 % des personnes utilisant des applications de rencontres estiment qu’un partenaire basé sur l’IA « pourrait se montrer plus présent émotionnellement qu’un humain », ce qui pourrait renforcer ce sentiment de solitude.

### Arnaques sentimentales façon « faux Brad Pitt »

Norton révèle également que 24 % des personnes interrogées admettent que la solitude les pousse à prendre des « décisions risquées » concernant leurs rencontres en ligne, avec des conséquences potentiellement néfastes.

Les risques émotionnels liés aux chatbots sont bien réels. Le film **HER** de Spike Jonze, sorti en 2013, a déjà évoqué ce sujet. De plus, Norton met en garde contre les arnaques sentimentales que ces technologies peuvent faciliter entre les mains de personnes malintentionnées. Ce phénomène, bien connu, s’exacerbe avec l’essor de l’IA générative et des deepfakes. Les escrocs, souvent de faux profils séduisants, peuvent maintenant agir à leur guise.

### Le « love-bomb » et ses torrents d’affection

Sur les sites de rencontres, ces arnaqueurs ne ressemblent en rien à la star de Fight Club. Ils évitent les visioconférences pour cacher leur véritable identité ; ils ont peu de followers sur les réseaux sociaux et ne souhaitent jamais une rencontre en personne, étant souvent basés dans des pays éloignés. Ils utilisent des photos volées et appliquent la technique du « love-bomb », qui consiste à submerger la cible d’affection excessive dès le départ pour créer une dépendance rapide, suivie d’une demande d’aide financière. Ainsi, 41 % des répondants en France signalent avoir été ciblés par des tentatives d’escroquerie, et 63 % avouent être tombés dans le piège (incluant 68 % ayant perdu de l’argent). Les victimes peuvent porter plainte auprès des autorités via un site officiel dédié.

À l’heure où OpenAI s’apprête à lancer son mode « adulte » (prévu pour le premier trimestre 2026) permettant d’avoir des conversations érotiques avec ChatGPT, les inquiétudes sur les conséquences à court, moyen et long terme de cette initiative doivent être prises au sérieux, d’autant plus qu’il est essentiel de mettre en place de véritables garde-fous.

* étude réalisée en France par Dynata du 31 juillet au 12 août 2025 auprès d’un échantillon de 1.001 adultes.
** étude réalisée pour Gleeden du 14 au 19 novembre 2025 auprès d’un échantillon de 2.603 personnes.