France

Municipales à Marseille : Amine Kessaci ne cache pas le narcotrafic comme ennemi

Amine Kessaci, âgé de 22 ans et militant EELV, s’est engagé sur la liste du Printemps Marseillais de Benoît Payan pour les élections municipales à Marseille. Il a annoncé son intention de faire de Marseille « la vitrine nationale de la lutte contre le narcotrafic » en mettant en place un accompagnement pour les familles victimes.


« Je ne me résous pas à la fatalité. » Amine Kessaci, devenu l’icône de la lutte antidrogue depuis l’assassinat de deux de ses frères – dont Mehdi, en novembre dernier, dans ce qu’il qualifie de « crime d’avertissement » – a annoncé ce lundi son engagement sur la liste du Printemps Marseillais de Benoît Payan pour les prochaines élections municipales à Marseille.

Dans une interview accordée à *20 Minutes*, ce militant EELV de 22 ans évoque ses combats, ses ambitions et son projet de lutte contre le narcotrafic qu’il souhaite « faire de Marseille la vitrine. »

**Comment s’est fait le rapprochement avec l’équipe de Benoît Payan ? Savez-vous déjà quelle place occuper ?**

Le rapprochement s’est fait de manière très naturelle, car j’entretiens une relation avec Benoît [Payan] qui va au-delà de la politique. Nous avons échangé sur des bases programmatiques, et il souhaitait me voir investi. Au-delà des partis, mon enjeu porte sur un programme, un combat acharné contre le narcotrafic.

**Vous n’avez probablement pas manqué de propositions…**

Choisir Amine Kessaci sur une liste ne revient pas à prendre un symbole pour dire « regardez ». C’est choisir une personne avec qui l’on va mener des combats, des batailles. C’est ce qui m’a poussé à m’investir sur la liste de Benoît Payan et du Printemps marseillais.

Il a un bilan à défendre, avec notamment le retour de la police municipale dans les quartiers nord, comme dans le 13e arrondissement, par l’ouverture d’une nouvelle antenne ; des politiques sociales mises en place pour soutenir les associations… Enfin, des ressources sont débloquées pour ces quartiers, en adéquation avec les luttes que je souhaite mener. Néanmoins, il faut parfois aller plus vite, et c’est ce que je voudrais réaliser.

**Il y a évidemment la question du narcotrafic…**

Je vais faire de Marseille, avec Benoît Payan, la vitrine nationale de la lutte contre le narcotrafic, en instaurant un véritable accompagnement des familles victimes. Cette ville sera la première à signer une charte de relogement. L’idée est la suivante : « désormais, lorsqu’une mère perd un enfant, elle doit être relogée dans le mois par les bailleurs sociaux, la préfecture de police ». C’est une mesure que nous avions déjà implémentée avec Conscience [son association], mais que je souhaite voir adoptée au sein de la municipalité.

Mon combat doit être abordé de façon globale. Le narcotrafic ne se limite pas à l’interpellation policière. C’est certes une question de sécurité, mais cela implique également le retour des services publics, la problématique des transports, l’éducation et le rôle des associations, qui constituent les derniers remparts dans ces quartiers.

**Vous évoquiez également un projet d’association des maires de France contre le narcotrafic. On vous a vu soutenir Grégory Doucet, le maire de Lyon. Est-ce un sujet national?**

Mon enjeu est d’une échelle nationale et même européenne, puisque la semaine dernière, je portais une résolution de lutte contre le narcotrafic au Parlement européen. Je suis convaincu que l’Europe doit établir une agence de renseignement sur les questions de narcotrafics. Elle doit être capable de localiser les comptes bancaires des narcotrafiquants, leurs appartements, leurs biens… Tout comme dans la lutte antiterroriste.

Cette charte, cette association nationale des maires de France, qui agirait contre le narcotrafic, serait dans un premier temps nationale. Mais notre objectif est de l’étendre rapidement à l’échelle européenne dans les années à venir. Nous travaillons sur le congrès fondateur, mais attendrons la fin des municipales pour annoncer les villes concernées. Une concertation et une coordination à l’échelle municipale sont nécessaires pour développer ces dispositifs.

**Par exemple ?**

Je connais des familles qui avouent : « Je suis soulagé quand mon fils est en prison, car au moins je sais où il est, il est entre quatre murs plutôt que sous terre. » Ce n’est pas acceptable.

Il y a aussi de nombreux jeunes qui souhaitent sortir du narcotrafic, mais qui n’ont aucun cadre pour cela. L’association nationale des maires de France devrait pouvoir commencer à y remédier. Une commune doit se dire : « J’ai des jeunes qui veulent quitter le narcotrafic ; peut-on leur trouver un emploi dans une ville partenaire ? Peut-on leur assurer un logement ? » Il est essentiel de travailler sur leur réinsertion et leur accompagnement.

Je ne suis pas le candidat d’un parti politique, mais celui d’une cause. Mon ennemi dans cette élection n’est pas un autre parti, c’est le narcotrafic. Ainsi, j’ai une vision claire de ma lutte et de mes opposing. Je pense réellement que cette association nationale des maires de France doit transcender les clivages politiques.

**Vous aviez perdu de peu aux législatives de 2024 avec le NFP après avoir représenté EELV aux Européennes la même année. Lorsque votre petit frère a été assassiné, avez-vous hésité à vous engager à nouveau ?**

Je constate ce qui se passe dans ma ville et je ne peux pas me contenter de rester spectateur. Je ne peux pas regarder les événements liés au narcotrafic en me disant : « Bon, je vais les laisser s’en sortir tout seuls. » Je ne peux pas analyser les sondages et décider de ne pas participer à cette bataille. Je suis contraint de m’engager et de mobiliser les personnes que j’avais mobilisées lors des élections législatives. Je refuse la fatalité. Quand je demande aux gens de « se lever, d’agir », je ne peux pas moi-même rester inactif.

**Avez-vous peur ?**

Après avoir enterré mon grand frère, retrouvé calciné dans le coffre d’une voiture à 17 ans, et perdu mon petit frère à son tour, la peur est reléguée au second plan. Je ne suis pas imprudent, mais il est temps pour moi de sortir, de rencontrer des gens. Je tiens à remercier les femmes et les hommes des services de protection de la police pour leur soutien.

**Comment avez-vous vécu la marche blanche ? Nous avons vu de nombreux politiques parisiens venir et afficher une proximité parfois surprenante…**

À ce moment-là, j’étais vraiment dans un état de confusion où je ne voyais rien. J’étais tant absorbé par la situation que j’observais sans pouvoir agir ou donner aucune directive. Ce jour-là, je me suis laissé porter. Je n’ai pas pu participer à l’organisation : on m’a conduit d’un endroit à un autre. J’ai pu rendre hommage à mon petit frère et l’enterrer. Je me suis battu pour cela, car il avait été question de m’empêcher d’assister à ses funérailles. J’ai accompagné mon petit frère jusqu’à la fin, et c’est ce qui comptait.