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Municipales 2026 à Lyon : Francis Lalanne rejoint le mouvement Spartacus.

Francis Lalanne a annoncé qu’il serait candidat aux municipales de Lyon, malgré son inéligibilité qu’il compte contester. Le mouvement Spartacus, créé en 2009 et se présentant comme « transpartisan », a été fondé par Michel Dulac, ancien conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes du Rassemblement national.

Malgré son inéligibilité, que le chanteur Francis Lalanne a l’intention de contester, il a déclaré lundi à 20 Minutes qu’il serait candidat aux élections municipales de Lyon. Anciennement en faveur des écologistes, il a été approché par le mouvement Spartacus, qui l’a convaincu de se lancer dans cette élection. Mais qu’est-ce que ce mouvement exactement ? Voici les détails.

Un mouvement « transpartisan » réunissant de nombreux anciens membres de l’extrême droite

Spartacus, fondé en 2009, se présente comme un mouvement « transpartisan », offrant « une alternative aux partis traditionnels ». Michel Dulac, président fondateur et ancien conseiller régional d’Auvergne-Rhône-Alpes du Rassemblement national, a déclaré au Progrès, en vue des listes municipales et métropolitaines de 2026 : « Nous voulons remettre de l’ordre, de la propreté, de la fluidité sur les routes, du dynamisme économique… Tout le monde est le bienvenu dans ce combat : Debout la France, Reconquête, mais aussi ceux qui veulent agir car le mouvement est transpartisan. »

Parmi les autres membres candidats du mouvement, on trouve Yves Duigou, ancien militant RN mis à l’écart par la nouvelle direction départementale, ainsi que Thierry Dussoud, « militant depuis l’âge de 15 ans dans des idées souverainistes », selon Spartacus. Dussoud a été un ancien membre du Front national de la jeunesse (FNJ) depuis 1978 jusqu’en 1995. En 2017, lors de sa candidature aux législatives, il avait déclaré : « Je suis fidèle aux idées de Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national. »

« C’est la voiture balaie de différentes organisations », résume le politologue lyonnais Paul Bacot. « C’est une sorte de nébuleuse, d’antivax, complotistes divers et variés », ajoute-t-il. Il précise que le mouvement est « très peu connu ». Lors des élections régionales, le parti a obtenu 1,67 % des voix et n’avait plus « fait entendre parler de lui en dix ans ».

En somme, bien que Spartacus se revendique « antisystème », il est profondément ancré à l’extrême droite, en raison du parcours de ses membres et de ses positions qui relèvent clairement de ce courant.

Quel lien entre Spartacus, le gladiateur, et ce mouvement ?

Michel Dulac a affirmé, dans une interview au Progrès : « Nous allons nous rebeller contre les Écologistes comme Spartacus a pu se rebeller contre le pouvoir romain en place. » Il évoque également son « combat contre l’oligarchie » et sa volonté de « libérer les Français », à l’instar de Spartacus qui aurait libéré les esclaves.

Selon le spécialiste de la politique locale Paul Bacot, cette dénomination est « un peu étrange » pour un tel parti. « Mais cela peut se justifier dans leur esprit, poursuit-il. Spartacus évoque une guerre de libération des esclaves, ce qui ne correspond d’ailleurs pas à la réalité. Cela s’aligne avec la perspective complotiste de ses membres, qui ont l’idée qu’ils doivent se libérer de personnes qui, dans l’ombre, avec des grandes griffes, les empêchent de vivre. Ils se perçoivent probablement comme des esclaves se battant pour leur libération. »

Mais Spartacus était-il d’extrême droite ?

Spartacus, gladiateur thrace, a dirigé la plus grande révolte d’esclaves contre la République romaine au Ier siècle avant J.-C. Il incarne la révolte des opprimés face à un pouvoir impérial. Comme l’indique le politologue lyonnais, son nom a historiquement été utilisé par des mouvements révolutionnaires de gauche, comme les communistes, marxistes, et anticapitalistes.

En Allemagne, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ont choisi son nom pour leur Ligue Spartakiste, ou « Spartakusbund », faisant référence à son insurrection historique lors de la Première Guerre mondiale. Quelques années après, en 1942, le Communistenbond Spartacus (Union communiste « Spartacus »), qui adopte des positions antifascistes, a utilisé ce nom aux Pays-Bas, à propos de l’idée de Spartacus « anticapitaliste et antiautoritaire ». De même, l’OKDE-Spartakos (Organisation des internationalistes communistes de Grèce-Spartacus) est un groupe grec fondé en 1985.

Notre dossier municipales 2026

Depuis le XXe siècle, Spartacus est donc devenu un symbole de l’émancipation collective, de la lutte des classes et de la révolution sociale. Cependant, comme le souligne France Culture, ce gladiateur esclave n’a pas « nécessairement défini ou promu un projet politique cohérent dans l’Antiquité ». Cela permet des réinterprétations variées, voire contradictoires dans le cas de Lyon, pour évoquer « la rupture avec le système » ou « l’antiélitisme ».