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Kristi Noem, Tom Homan, Marco Rubio : les fidèles de Trump décryptés.

« Entre limogeages et démissions, les ministres, conseillers et proches collaborateurs défilaient. » « Sur le plan officiel, cette collaboration devait s’achever au mois de mai et elle s’est achevée au mois de mai. »


« Valse à la Maison-Blanche », titraient les journaux durant le premier mandat de Donald Trump. Entre limogeages et démissions, ministres, conseillers et collaborateurs se succédaient. Certains d’entre eux faisaient encore partie de l’establishment républicain, peinant à s’adapter à leur président. Cette fois, Trump a privilégié la loyauté, souvent au détriment de l’expérience, ce qui assure une certaine stabilité.

Elon Musk mis à part. Mais ne pariait-on pas déjà sur un affrontement entre ces deux hommes avant même son entrée en fonction ? « On ne voyait pas comment deux mâles alpha pouvaient cohabiter au-delà de quelques jours », rappelle Ludivine Gilli, directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean Jaurès. « Finalement, ils ont tenu assez longtemps. Elon Musk ne pouvait pas rester indéfiniment, sous peine de devoir se désinvestir de ses entreprises. Sur le plan officiel, cette collaboration devait s’achever au mois de mai et elle s’est achevée au mois de mai.” Un échec.

### Éloges et courbettes

Les autres n’ont pas opté pour la confrontation, c’est un euphémisme. Salutations, sourires forcés et éloges du président sont devenus habituels. Au sein de l’équipe Trump, aucune voix critique ne se fait entendre. On aurait pu penser que Marco Rubio, secrétaire d’État, ancien sénateur de Floride et ancien rival de Trump dans la course à l’investiture de 2016, adopterait une position différente de celle du président. Ce n’est pas le cas : « Au bout d’un an, il est toujours là. Il est prêt à réviser les positions qu’il a tenues pour plaire à Donald Trump. » Cela, alors qu’il se fait éclipser par Steve Witkoff, ami proche du président, sur les dossiers ukrainien ou gazaoui.

J.D. Vance, quant à lui, en tant que vice-président, essaie de s’imposer comme le digne héritier de Trump, celui qui pourrait devenir le prochain président des États-Unis, tout en évitant de lui faire trop d’ombre.

### Suzie Wiles a osé

La seule à avoir osé un écart, c’est Suzie Wiles. La cheffe de cabinet fait partie, avec Stephen Miller, Russel Vought ou Marco Rubio, des rares qui, en plus de leur loyauté, disposent d’une expérience considérable. Dans une interview rare accordée à Vanity Fair, elle a émis des critiques : le président américain a une « personnalité d’alcoolique », et J.D. Vance est « complotiste depuis une décennie ». « Ce qui est fascinant, commente Ludivine Gilli, c’est la façon dont l’administration Trump a réagi, en la protégeant, en prenant ça à la rigolade. Elle a réussi à se faire une place dans cette administration MAGA, au point qu’elle est jugée indispensable. Sinon, elle aurait sauté. Je ne vois pas qui d’autre aurait pu dire ce qu’elle a dit et rester en poste. »

« On n’a d’ailleurs aucune idée de la nature des critères qui déterminent qui va rester ou qui va partir. » La spécialiste des États-Unis prend exemple sur l’affaire dite du Signalgate. Un journaliste avait été inclus par erreur dans un groupe de discussion dans lequel des informations sensibles sur des plans américains d’attaque contre les Houthis au Yémen étaient partagées. « Le Signalgate aurait fait démissionner n’importe quel ministre de la Défense dans n’importe quel pays. Pourtant, Pete Hegseth est toujours là. » Celui qui a payé, c’est Michael Waltz : il a perdu son poste de conseiller à la sécurité nationale, « mais il a obtenu un poste de rebond assez sympathique » (ambassadeur auprès des Nations Unies, ndlr).

### Stephen Miller, une montée en puissance

Ainsi, tout le monde se maintient à peu près dans cette équipe. Mais certains gagnent en puissance. C’est le cas de Stephen Miller, chef de cabinet adjoint, qui était déjà un acteur clé du premier mandat de Trump. « On le voit de plus en plus. La violence de la politique migratoire est au premier plan et c’est clairement lui qui est aux manettes sur ce sujet. On l’entend aussi sur le Venezuela ou le Groenland. Il se fait moins discret, c’est la manifestation évidente de sa montée en puissance au sein de l’administration. »

« Stephen Miller a passé la majeure partie de sa carrière à la Maison-Blanche à promouvoir des politiques intérieures d’extrême droite qui ont entraîné des expulsions massives, des séparations familiales et la remise en question des principes constitutionnels garantissant la citoyenneté américaine, résume le New York Times. Aujourd’hui, [il] porte son regard d’extrême droite vers l’étranger. »

Russell Vought, un autre personnage « sérieux » du groupe, directeur du Bureau de la gestion et du budget des États-Unis, reste plus discret, mais demeure actif : il continue le travail d’Elon Musk, à savoir des coupes dans les effectifs et les budgets, ainsi qu’une opération de démantèlement de l’État fédéral.

Kristi Noem a également gagné en visibilité, au moins sur le plan de la communication. Longs cheveux bruns ondulés, casquette vissée sur la tête, elle soutient ses troupes, les agents de l’ICE, la police de l’immigration américaine notoirement connue pour ses actions à Minneapolis. Cependant, pour Ludivine Gilli, qui évoque son degré d’incompétence, c’est bien Stephen Miller qui tire les ficelles.

### Incompétence

Kristi Noem n’est pas la seule à manquer d’expérience dans cette administration. Il suffit de citer Robert Kennedy Jr, secrétaire d’État à la Santé, complotiste et antivax, ou encore Pete Hegseth à la défense, et Kash Patell, chef du FBI, tous deux habitués aux controverses.

Autre figure essentielle et tout aussi loyale dans l’administration Trump : Pam Bondi, la procureure générale. « Elle opère une instrumentalisation de l’outil judiciaire à des fins de rétorsions politiques », explique la directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean Jaurès, qui préfère parler d’une « weaponization ». « Le ministère de la Justice (dont le FBI) est utilisé comme instrument pour exercer des pressions contre toute personne souhaitant s’opposer à l’administration Trump. »

### Les officieux

À cette équipe officielle, il faut encore ajouter des membres plus officieux. Jared Kushner, le beau-fils, ou l’influenceuse Laura Loomer, « qui a manifestement un pouvoir d’influence très fort ».

Au sein de la « team Trump », chacun peut tirer, après un an, son propre bilan sur son propre terrain. Quant à l’impact sur les administrations elles-mêmes, il est encore difficile à cerner. « Il y a un effet d’inertie. Les capacités d’action sont réduites en raison d’un manque de moyens, mais le travail continue d’être fait. La question est : quand cela deviendra-t-il totalement impossible de continuer d’avancer ? » Ludivine Gilli cite en exemple les moyens du FBI, détournés pour assister la police de l’immigration. « Pendant ce temps, ils ne luttent ni contre les criminels en col blanc, ni contre le terrorisme. Cela nuit considérablement aux capacités de sécurité nationale des États-Unis. » Ce constat n’est pas encore définitivement visible, du moins pas dans l’immédiat.