États-Unis : Le retrait de Gregory Bovino, figure de l’ICE, ne suffirait pas pour apaiser le Minnesota
Gregory Bovino est le commandant de la police des frontières (Border Patrol) et il « n’a pas été relevé de ses fonctions », selon Tricia McLaughlin, porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure. Deux citoyens américains blancs ont été abattus par des agents de l’ICE en pleine rue en un peu plus de deux semaines, dont Renee Good, qui a été criblée de quatre balles début janvier.
Au fil des semaines, le visage de Gregory Bovino est devenu celui de la répression anti-immigration exercée par l’ICE, le service de l’immigration et des douanes des États-Unis. Avec sa coupe en brosse et son long manteau vert à boutons dorés, que ses détracteurs comparent à un paletot nazi, le commandant de la police des frontières (Border Patrol) devient le centre des critiques adressées à l’ICE. Cela s’est intensifié depuis qu’un second civil, Alex Pretti, a été abattu par ces agents fédéraux, sous les yeux de passants.
Le magazine *The Atlantic* a indiqué qu’il allait retrouver son ancien poste en Californie pour prendre sa retraite, mais le gouvernement maintient un flou quant à l’avenir de Gregory Bovino. En réalité, ce dernier « n’a pas été relevé de ses fonctions », a précisé Tricia McLaughlin. La porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure a également déclaré qu’il était un « membre clé de l’équipe du président », même si Tom Homan, responsable de la politique d’expulsions massives de migrants, supervisera en son absence les opérations de l’ICE à Minneapolis et rendra directement compte au président.
Une figure sans poste hiérarchique clair
Tout comme son avenir, le rôle de ce « commandant itinérant » reste flou. Sur le site de l’ICE, ni son nom ni sa photo ne figurent parmi les dirigeants de l’agence fédérale. « On entend beaucoup parler de lui car il est devenu la figure à visage découvert d’une milice dont les membres agissent le visage masqué. Mais il n’a pas de véritable rôle hiérarchique », analyse Cléa Fortuné, maîtresse de conférences en civilisation des États-Unis.
Faire de lui un fusible pour apaiser la colère dans le Minnesota ne serait donc qu’une mesure symbolique. « Si l’administration Trump voulait vraiment faire un geste en faisant tomber une tête, elle devrait viser Kristi Noem, la Secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, pas Bovino », souligne Olivier Richomme.
Un État proche de l’embrasement
En un peu plus de deux semaines, deux citoyens américains blancs ont été abattus par des agents de l’ICE en pleine rue, sous les yeux horrifiés des passants. Début janvier, Renee Good a été touchée par quatre balles tirées par un agent de l’ICE alors qu’elle était au volant de sa voiture, à moins de deux kilomètres du lieu où George Floyd a été tué en 2020. Cet Afro-Américain avait été victime d’un étranglement lors d’une interpellation policière, un événement qui avait suscité un élan mondial pour le mouvement Black Lives Matter.
À ce jour, la vague d’indignation dans cette région est si forte qu’elle touche même les Républicains. Chris Madel, avocat et membre du parti, a renoncé à briguer l’investiture pour le poste de gouverneur du Minnesota. « Je ne peux pas soutenir les représailles lancées par les républicains à l’échelle nationale contre les citoyens de notre État, ni me compter comme membre d’un parti qui le ferait », déclare-t-il.
Dans ce contexte, « même si Gregory Bovino était vraiment mis en retrait, ce serait insuffisant. C’est l’ICE elle-même, et ses pratiques controversées, qui sont critiquées aujourd’hui », insiste Cléa Fortuné. Le Minnesota est devenu une « véritable poudrière », avertit Olivier Richomme.
Soumettre des « bastions gauchistes »
Et il est fort probable que Donald Trump n’ait pas fini de mettre la pression sur le Minnesota. « Plus il y a d’affrontements, plus le risque d’un nouvel incident augmente. Rien ne les oblige à rester dans cet État. C’est un message politique envoyé aux démocrates. Ils sont allés à Los Angeles, à Chicago, à Portland et maintenant au Minnesota. Des endroits considérés comme des bastions gauchistes par Donald Trump », analyse Olivier Richomme, d’autant plus que Tim Walz, ancien colistier de Kamala Harris, est le gouverneur de cet État.
Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, a annoncé le départ d’agents fédéraux déployés par l’administration Trump. La municipalité ne précise toutefois pas combien d’agents vont réellement partir, ce qui laisse planer le flou sur l’ampleur du retrait alors qu’environ 3.000 membres de l’ICE se trouvent actuellement dans l’État. Si certains se réjouissent d’un apaisement à venir, pour l’instant, ce qui se profile ressemble surtout à une illusion sur une poudrière.

