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Daesh : 47 prisonniers français transférés de Syrie en Irak.

Le sort de 47 Français soupçonnés d’avoir appartenu au groupe Etat islamique est au cœur d’une controverse judiciaire et politique. Les détenus affirment avoir été arrêtés entre 2017 et la chute de l’EI à Baghouz en mars 2019, puis emprisonnés à Dêrik, dans des conditions « extrêmement difficiles ».


Le destin de 47 Français soupçonnés d’appartenir au groupe État islamique suscite une vive controverse judiciaire et politique. Deux avocats, récemment rentrés de Bagdad, accusent la France d’avoir été complice d’un « transfert illégal » de ces détenus de la Syrie vers l’Irak, une opération qu’ils jugent préoccupante pour la lutte antiterroriste.

Les avocats, Maîtres Marie Dosé et Matthieu Bagard, se sont rendus à Bagdad du dimanche au lundi afin de rencontrer 13 de ces détenus, mandatés par leurs familles. Selon leur rapport, consulté par l’AFP, ces hommes auraient été transférés le 21 juillet 2025, après plusieurs années de détention dans le nord-est de la Syrie.

Les conditions des rencontres sont décrites comme étant très strictes. Les prisonniers étaient apparus « dans une combinaison marron », « enchaînés » deux par deux, avec « une serviette sur la tête », tandis que des agents du contre-terrorisme irakien assistaient aux échanges, selon les avocats.

Les détenus affirment avoir été arrêtés entre 2017 et la chute de l’EI à Baghouz en mars 2019, puis emprisonnés à Dêrik dans des conditions « extrêmement difficiles ». Ils témoignent avoir été témoins du décès de quatre autres Français « en raison de carences sévères et de maladies » et rapportent avoir subi des interrogatoires répétés, menés notamment par le FBI, la CIA et des interrogateurs « très probablement français ».

Une fois transférés en Irak, ces hommes affirment disposer d’environ « deux mètres carrés » chacun dans des cellules collectives. Ils évoquent des « tortures et traitements inhumains » destinés à les « faire avouer leur présence en Irak » sous l’EI, mentionnant des menottages, des violences physiques et des menaces, selon le récit rapporté par leurs avocats.

Pour ces juristes, cette situation revêt également un enjeu juridique. La justice irakienne doit prouver la présence des accusés sur son territoire pour pouvoir se déclarer compétente. Or, selon eux, « ils nous ont assuré qu’ils n’avaient pas séjourné en Irak avant leur interpellation en Syrie ». Une situation qui, selon Maîtres Dosé et Bagard, met en lumière les « renonciations » de la France et le risque d’un « désastre sécuritaire annoncé ».