Belgique

Vers la fin progressive du statut de fonctionnaire : trois clés.

Le statut de fonctionnaire souffre d’une image désuète et la tendance à la nomination a largement baissé ces dernières années, sauf dans certaines fonctions régaliennes comme l’armée et la police, selon un récapitulatif de la cellule Décrypte de la RTBF. Actuellement, la fonction publique belge se dirige vers l’engagement de davantage de contractuels.


Le statut de fonctionnaire, qui était perçu comme un moyen de protéger le travailleur et d’assurer des conditions de travail uniformes au sein d’un secteur, a désormais une image dépassée. Ce statut est considéré comme trop coûteux, obsolète et mal adapté à la société moderne. Au cours des dernières années, la tendance à la nomination a significativement diminué, sauf dans certains secteurs régalien tels que l’armée et la police, comme le montre un bilan établi par la cellule Décrypte de la RTBF. En outre, les gouvernements fédéral, régionaux et communautaires mettent en œuvre des politiques pour diminuer le nombre de fonctionnaires, notamment à la SNCB et dans l’éducation. Quelles sont les raisons de ce changement de perspective ?

### 1. La réduction des coûts

Jean-François Husson souligne une première tendance observée en Flandre : la volonté de réduire les charges liées au personnel. Il a constaté, il y a environ vingt ans, que les dépenses en personnel des communes flamandes étaient considérablement inférieures à celles des communes wallonnes ou bruxelloises, bien que les frais de fonctionnement y soient plus élevés. « Il y avait déjà un choix, pas seulement technique, mais aussi politique, concernant plusieurs services publics locaux, comme les cantines, l’entretien des bâtiments, des parcs et jardins, les voiries et les services techniques, de faire appel à des entreprises via des marchés publics plutôt que de recourir à du personnel interne. »

Globalement, la sous-traitance de certains services a augmenté, permettant de diminuer non seulement les charges salariales, mais aussi les coûts des pensions, qui incombent aux communes pour le personnel statutaire.

### 2. Le nivellement par le bas des conditions de travail

Dans l’opinion publique, les fonctionnaires sont souvent perçus comme des « planqués », des « paresseux » ou des « incompétents ». Cette perception négative pourrait découler d’une forme de jalousie concernant leurs conditions de travail, en comparaison des travailleurs du secteur privé, qu’ils soient dans le secteur marchand ou non. Ces derniers font face à une plus grande pression, à des situations économiques complexes, à une dégradation de leurs conditions de travail ou à des budgets limités.

« Ils sont davantage confrontés à des incertitudes, voire à de la précarité au niveau de leur emploi. On peut observer par exemple ce qui se passe actuellement dans le secteur associatif à Bruxelles. Je pense que cela crée une représentation, tant chez les bénéficiaires d’aides sociales que parmi les fonctionnaires, perçus comme protégés ou ayant des conditions de travail plus favorables, qui est courante dans une partie de la population », explique un professeur de l’UCLouvain.

### 3. Le besoin de flexibilité dans l’embauche

Les gouvernements, qui emploient ces fonctionnaires, se heurtent également à des difficultés pour recruter des profils spécifiques, notamment dans les domaines de l’informatique et de la cybersécurité. Face à la pénurie dans ces secteurs, le secteur public doit proposer des conditions de travail compétitives par rapport au secteur privé. Cependant, le statut de fonctionnaire fixe les règles d’engagement et ne permet pas de flexibilité dans les négociations sur les conditions ou les salaires. Les pouvoirs publics ont également recours à des contrats temporaires pour certains projets, ce qui ne cadre pas bien avec le système de nominations.

Jean-François Husson rappelle que travailler avec des collaborateurs externes peut être problématique : « Prenons les grands échecs informatiques comme I-Police, les contrats conclus avec des fournisseurs extérieurs ne sont pas la meilleure solution. En revanche, le SPF Finance, qui compte davantage de personnel interne, rencontre moins de soucis, ce qui est heureux vu sa nature de travail. Avoir des compétences, pouvoir travailler de manière autonome et se concentrer sur ses tâches, sans se préoccuper de sa prochaine étape dans sa recherche d’emploi, est essentiel pour la continuité du service public et la qualité du service rendu aux citoyens et aux entreprises. »

Pour l’instant, la tendance dans la fonction publique belge s’oriente vers l’embauche de davantage de contractuels.

► Découvrez également l’origine du statut de fonctionnaire en écoutant l’intégralité du podcast des Clés dans le player ci-dessus ou sur Auvio.