Joël Guerriau accusé d’avoir « administré à dessein » la drogue, trois ans ferme requis.
Joël Guerriau a été confronté à des accusations de mensonges durant la procédure judiciaire, y compris lors des auditions et devant la cour. Le procureur de la République, Benjamin Coulon, a requis contre lui quatre ans d’emprisonnement dont un avec sursis, ainsi qu’une peine d’inéligibilité pour cinq ans.
Au tribunal correctionnel de Paris, Joël Guerriau est accusé d’avoir menti lors de sa garde à vue, en audition, tout au long de l’information judiciaire et devant la cour, dans l’affaire qui l’oppose à Sandrine Josso. C’est l’analyse partagée par le procureur de la République et l’avocat de la victime.
Lors d’une deuxième demi-journée d’audience ce mardi, le représentant du ministère public, Benjamin Coulon, a requis contre le prévenu quatre ans d’emprisonnement, dont un avec sursis, ainsi qu’un mandat de dépôt différé et une peine d’inéligibilité de cinq ans, incluant une obligation de soins et une interdiction de contact avec Sandrine Josso.
Concernant les épreuves contre lui, Benjamin Coulon a souligné que lorsque Joël Guerriau prétend ne pas avoir connaissance du contenu du sachet trouvé sous un sopalin dans sa cuisine, cela constitue un mensonge. Il a mis en avant les recherches effectuées sur Internet : « drogue et viol, ecstasy, point de vente GHB, fiche Wikipédia MDMA, un article pourquoi le GHB n’est pas la seule drogue du violeur, acheter de la MDMA en ligne », des recherches datant de 36 jours avant les événements, qui montrent selon lui le contraire. Le procureur a affirmé que lorsqu’on dispose d’une poudre et de cristaux dans un sachet zip-lock, il est impensable de ne pas se douter de la nature de la substance.
La question d’une requalification des faits en « administration de substance nuisible » sans la mention d’une intention sexuelle a été versée au dossier la veille. Toutefois, pour le procureur, aucun doute n’est permis. Le prévenu soutient qu’il s’agit d’un accident, ayant oublié d’avoir versé 150 mg de poudre blanche dans le verre de champagne qu’il a ensuite donné à son invitée. Mais il soulève la question de savoir comment il pourrait ignorer la présence de cette dose de MDMA au fond du verre. Le ministère public et l’avocat de Sandrine Josso interrogent également cette assertion : « Il ne peut pas ignorer la présence au fond du verre, c’est impossible », selon l’avocat.
Le procès soulève également la question de l’intention sexuelle. Si Joël Guerriau était conscient du contenu du sachet, pourquoi aurait-il alors administré une drogue à Sandrine Josso lors de ce dîner aux bougies accompagné de champagne ? Pour quelle autre raison aurait-il manipulé la lumière si ce n’est pour accélérer les effets de la drogue ?
Benjamin Coulon a aussi mis en avant la « conviction » de Sandrine Josso, affirmant qu’avant même la découverte du produit lors des perquisitions, elle savait qu’on lui avait administré quelque chose dans le but de l’abuser. Elle a reçu une dose de MDMA deux fois supérieure à celle généralement consommée de manière récréative. Malgré des symptômes tels que des jambes chancelantes, un cœur qui s’emballe et des nausées, la députée a indiqué qu’elle avait réussi à ne rien laisser transparaître de son état face à son interlocuteur.
« Elle en a tellement fort la conviction qu’elle a la présence d’esprit, l’élan vital », de quitter l’appartement « sans que Monsieur Guerriau comprenne » qu’elle avait pris conscience de la situation. Benjamin Coulon conclut que cette conviction est d’une réelle importance et établit clairement un dessein, un objectif spécifique de commettre des actes de nature sexuelle.
Le procureur a également souligné l’ironie d’un sénateur poursuivi pour une infraction qu’il a lui-même contribué à légiférer au 3 août 2018, la loi créant le délit d’administration de substance dans le cadre de viol ou d’agression sexuelle. Il a fait remarquer le culot de Guerriau, qui a déclaré soutenir « l’action de Sandrine Josso dans sa lutte contre la soumission chimique ». Le ministère public a conclu avec cette remarque : « Toute honte bue ».

