Tunisie : un trésor forestier toujours ignoré par les investisseurs climatiques
La Tunisie possède un trésor écologique et financier, mais la législation actuelle empêche le pays d’en tirer profit. Selon un récent rapport du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES), le Code des forêts, en vigueur depuis 1966, est devenu un frein majeur à l’accès aux financements internationaux pour la protection du climat.
La Tunisie possède un trésor écologique et financier, mais la législation actuelle freine son exploitation. Un rapport récent du Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES) indique que le Code des forêts, en vigueur depuis 1966, constitue un obstacle majeur à l’accès aux financements internationaux pour la protection du climat.
Intitulé « Code forestier et gestion durable des forêts », le rapport souligne notamment l’incapacité de la Tunisie à bénéficier du mécanisme REDD+, une initiative de l’ONU Climat qui rémunère les pays en développement pour la protection de leurs forêts et la réduction des émissions de CO₂.
Les experts évoquent un vide juridique concernant le carbone comme un obstacle essentiel. « La loi ne définit pas la forêt comme un réservoir ou un puits de carbone », indiquent-ils. En l’absence de cette reconnaissance légale, le pays ne peut pas quantifier sa séquestration de CO₂ et, par conséquent, vendre des crédits carbone sur les marchés internationaux.
Le rapport déplore également l’absence de systèmes de surveillance certifiés, indispensables pour REDD+. Les technologies modernes telles que les drones, l’intelligence artificielle ou les systèmes d’information géographique (SIG), qui mesurent et vérifient la biomasse, sont ignorées. L’absence d’une base de données unifiée rend les forêts tunisiennes “invisibles” aux bailleurs de fonds climatiques, dont le Fonds vert pour le climat.
Le modèle de gestion est en outre ultra-centralisé : l’État a un monopole exclusif, excluant les municipalités et les communautés locales des décisions stratégiques. Ce système entrave les partenariats public-privé nécessaires au développement de REDD+. Les droits des populations locales se limitent à un usage de subsistance, interdisant toute exploitation commerciale locale et alimentant un sentiment de dépossession.
Concernant la justice environnementale, le rapport critique un système punitif plutôt que restauratif. Les contrevenants sont sanctionnés par des amendes ou des peines de prison, rarement proportionnelles aux dommages écologiques. Les experts suggèrent que des travaux d’intérêt général, tels que le reboisement ou le nettoyage, impliquent les populations dans la préservation du patrimoine forestier.
Pour surmonter ces obstacles, le FTDES appelle à une refonte profonde du Code forestier, avec l’intégration d’un chapitre spécifique “Forêts et Climat”. L’objectif est de transformer les forêts, actuellement vues comme un “fardeau administratif”, en une véritable locomotive de développement durable, apte à attirer des investissements verts internationaux et à générer des revenus carbone considérables pour le pays.

