Bollywood en 2026 : Superproductions et patriotisme ne manquent pas à l’affiche.
Bollywood a choisi cette année d’exploiter le filon patriotique en sortant une série de films de guerre et de récits nationalistes, les producteurs pariant sur une augmentation de 45 à 50% des recettes et de 25% du nombre de jeunes spectateurs. En 2025, le thriller « Dhurandhar », qui met en scène une opération des services de renseignement indiens contre des ennemis liés au Pakistan, fut un des succès de l’année.
Une année marquée par le vert, le blanc et l’orange. Bollywood a décidé cette année d’exploiter pleinement le thème du patriotisme en lançant une série de films de guerre, de thrillers d’espionnage, d’épopées mythologiques et d’autres récits nationalistes, que les producteurs estiment capables de dynamiser le box-office. « Nous attendons de cette année des chiffres historiques », s’enthousiasme d’ores et déjà Akshaye Rathi, exploitant de salles, qui prévoit une hausse de 45 à 50% de ses recettes et une augmentation de 25% du nombre de ses jeunes spectateurs.
Comme dans le reste du monde, la fréquentation des cinémas en Inde a diminué depuis la pandémie de Covid-19, le public se tournant davantage vers les plateformes de streaming. Pour attirer les jeunes vers les salles obscures, les professionnels misent sur des productions à grand spectacle mettant en vedette les plus grandes stars.
Par ailleurs, les analystes ont observé que de plus en plus de créations traitent de sujets chers au Premier ministre ultranationaliste hindou Narendra Modi, au pouvoir à New Delhi depuis plus de dix ans (2014). L’importance considérable de l’industrie cinématographique dans le pays contribue à façonner l’opinion publique.
« Aujourd’hui, les thèmes abordés varient également en fonction des dirigeants : montée du nationalisme hindou, propagande… l’industrie cinématographique n’hésite pas à en tirer profit », déclare Atul Mohan, rédacteur en chef du magazine professionnel Complete Cinema. « Cependant, sur 10 à 15 productions, seules une ou deux connaissent réellement du succès », ajoute-t-il.
Parmi les succès, il y a « The Kashmir Files » (2022), qui relate l’exode massif des populations hindoues de la partie indienne du Cachemire, majoritairement musulmane, dans les années 1990. En revanche, en 2025, un film au scénario similaire, « The Bengal Files », portant sur les violences entre musulmans et hindous au Bengale en juillet 1946, a été un échec commercial, souligne ce spécialiste.
Les films basés sur des conflits géopolitiques ou abordant les « ennemis de l’intérieur » avec des personnages masculins virils dominent désormais le cinéma bollywoodien et portent son chiffre d’affaires. En 2025, le thriller « Dhurandhar », qui dépeint une opération des services de renseignement indiens face à des ennemis liés au Pakistan, a été un des succès de l’année. Ce film a été largement influencé par la confrontation militaire entre les deux pays en mai, après l’attentat meurtrier du 22 avril dans le Cachemire indien, que l’Inde a attribué au Pakistan.
La suite, « Dhurandhar 2 », avec l’acteur populaire Ranveer Singh, est prévue pour mars. « Aujourd’hui, ce n’est pas la qualité du film qui compte, mais les films de propagande qui fonctionnent », remarque le critique Arnab Banerjee. « Le climat politique incite les spectateurs à se tourner vers ce type de thèmes », explique-t-il, « les critiques dirigées contre le Pakistan et les allusions aux pays considérés comme +ennemis+ sont acceptées sans contestation. » « C’est le battage sur les réseaux sociaux qui détermine le sort d’un film », ajoute-t-il avec regret.
À l’inverse, « Ikkis », sorti en janvier 2025 sur une autre guerre indo-pakistanaise, celle de 1971, n’a pas rencontré un grand succès commercial, malgré de bonnes critiques. « Peut-être tout simplement parce que le Pakistan n’y est pas dépeint comme l’ennemi », suggère le critique.
Ahmed Khan, réalisateur de la comédie d’action « Welcome to the Jungle », prévue dans les mois à venir, souhaite encore croire que la qualité reste un critère déterminant. Il cite « Saiyaara », un film dramatique romantique musical salué par la critique en 2025, ainsi que « Dhurandhar ». « Les deux, très différents en termes de genre, ont très bien fonctionné », rappelle-t-il, « l’humeur des gens peut changer à tout moment. »

