Tunisie

IA, données et compétitivité : AMEN Bank trace la feuille de route des entreprises tunisiennes

AMEN Bank a organisé, hier lundi 26 janvier 2026, une rencontre dédiée à l’IA, visant à éclairer ses usages concrets et son impact sur le développement économique et financier. Selon les estimations évoquées lors de la rencontre, les dépenses globales en intelligence artificielle ont dépassé 1,5 trillion de dollars en 2025, si l’on inclut les infrastructures, les logiciels, les modèles, le conseil et les équipements, d’après les données de Gartner.


À l’heure où les entreprises tunisiennes font face à un environnement économique, technologique et réglementaire de plus en plus complexe, l’intelligence artificielle (IA) se présente comme un enjeu stratégique de premier plan. Dans ce cadre, AMEN Bank a tenu, le lundi 26 janvier 2026, une rencontre consacrée à l’IA pour détailler ses applications concrètes et son influence sur le développement économique et financier.

Sous le thème “L’Intelligence Artificielle au service du développement économique et financier des entreprises tunisiennes”, l’événement a rassemblé dirigeants, experts et décideurs autour d’un but précis : analyser les usages concrets de l’IA et en évaluer les effets réels sur la performance et la compétitivité des entreprises.

Les échanges ont révélé une conviction partagée : l’IA n’est plus une technologie d’avenir, mais un levier stratégique déjà en action, capable de convertir les données en valeur, d’optimiser les processus décisionnels et d’anticiper à la fois les risques et les besoins des clients. À travers cette initiative, AMEN Bank confirme son engagement à soutenir durablement ses partenaires dans l’adoption de solutions innovantes, au-delà de la simple aide financière.

M. Néji Ghandri, président du Directoire d’AMEN Bank, a affirmé sans détour : “Nous vivons aujourd’hui une période de transformation profonde et rapide. Les entreprises font face à une pression croissante : durcissement de la réglementation, concurrence accrue, exigences élevées en matière de qualité de service et nécessité de décisions plus rapides et plus fiables… Dans ce contexte, l’IA s’impose comme un outil décisif. Elle permet de transformer l’information en valeur, d’optimiser les processus, d’anticiper les risques et de répondre de manière plus fine aux besoins spécifiques de la clientèle.”

Selon M. Ghandri, cette dynamique s’inscrit dans un mouvement mondial d’investissements massifs. Lors de la rencontre, il a été évoqué que les dépenses globales en intelligence artificielle auraient dépassé 1,5 trillion de dollars en 2025, ce qui inclut infrastructures, logiciels, modèles, conseils et matériels, d’après les données de Gartner. “Ce sont des budgets colossaux engagés pour un retour sur investissement mesurable et des cas d’usage concrets”, a-t-il insisté.

Les débats ont également mis en avant les enjeux de l’industrialisation de l’IA, en particulier les arbitrages économiques entre coûts de développement des modèles et coûts d’exploitation à grande échelle. Les besoins croissants en puissance de calcul, le recours au cloud, la souveraineté technologique et la conformité réglementaire ont été des sujets centraux abordés par les experts.

Un autre point crucial est la donnée, présentée comme un actif stratégique essentiel. Les données, qu’elles soient opérationnelles, financières, clients ou sectorielles, constituent la base de l’intelligence artificielle. Leur qualité, gouvernance et sécurité conditionnent directement la fiabilité des analyses et des décisions. À cela s’ajoutent des exigences incontournables en matière de conformité, de protection des données et de cybersécurité.

D’un point de vue technologique, les intervenants ont rappelé que des applications comme le machine learning peuvent déjà détecter des tendances comportementales à partir des données historiques, tandis que le traitement automatique du langage naturel facilite l’analyse des documents et des interactions avec les clients. Ces avancées sont possibles grâce à des infrastructures de calcul toujours plus puissantes, dominées par des acteurs majeurs du secteur.

À titre d’exemple, en 2024, NVIDIA a réalisé un chiffre d’affaires dépassant les 60 milliards de dollars, dont plus de 75 % provient d’activités liées à l’IA et aux centres de données. Ces capacités sont désormais accessibles via des modèles GPU as-a-service, offrant de nouvelles perspectives tout en soulevant des questions de sécurité et de conformité, particulièrement pour les entreprises tunisiennes.

Concernant l’économie nationale, M. Néji Ghandri a mentionné que les opportunités sont nombreuses : meilleure anticipation des attentes clients, optimisation de la performance financière et opérationnelle, réduction des risques, innovation et création de valeur. Un consensus s’est dégagé autour d’un message : l’IA ne génère de la valeur que si elle est bien gouvernée, avec une forte implication des dirigeants et une stratégie claire. “Ceci pour dire que notre rôle dépasse le financement. Il consiste à accompagner nos partenaires dans la compréhension, la décision et l’action, afin que l’intelligence artificielle devienne un catalyseur réel de développement”, a conclu M. Ghandri.

Pour Nozha Boujemaa, l’adoption de l’intelligence artificielle générative par les entreprises ne saurait se réduire à une simple consommation de solutions technologiques prêtes à l’emploi. L’enjeu principal est la capacité des organisations à devenir des actrices de leur transformation, en comprenant leurs besoins réels et en s’appropriant progressivement les usages de l’IA.

Elle souligne que, pour une entreprise débutant dans ce domaine, un accompagnement externe est souvent nécessaire, notamment pour identifier les besoins, les cas d’usage pertinents et les applications concrètes. Cependant, cette externalisation ne doit jamais être faite sans implication interne. “Il n’y a que l’entreprise qui se connaît elle-même”, prévient-elle, tout en mettant en garde contre une dépendance excessive aux consultants ou aux solutions extérieures.

L’experte insiste également sur le fait que l’IA générative n’est ni magique ni réservée à des projets futuristes. Ses usages les plus fréquents concernent les tâches quotidiennes : veille informationnelle, synthèse de documents, génération de recommandations, aide à la décision ou analyse de contenus. Contrairement aux idées reçues, ce sont souvent les fonctions support (ressources humaines, communication, juridique) qui sont les plus grandes utilisatrices de ces outils.

Sur la question de l’emploi et des métiers, Nozha Boujemaa adopte une approche nuancée. L’IA générative transforme certaines activités, mais ne remplace pas l’expertise humaine lorsque la sécurité, la responsabilité ou la santé sont en jeu. Dans des secteurs comme le transport ou l’urbanisme, par exemple, l’IA peut assister les phases d’étude et de conception, mais ne peut pas se substituer aux ingénieurs lors des phases de réalisation et de validation.

Elle met cependant en garde contre un risque majeur : la disruption silencieuse. Si les entreprises traditionnelles tardent à intégrer l’IA de manière stratégique, d’autres acteurs, parfois extérieurs à leur secteur, pourraient capter des parts de marché, comme l’illustre le phénomène d’ »ubérisation » observé dans d’autres industries.

Les discussions ont également révélé une vision convergente de l’intelligence artificielle comme outil d’augmentation de l’humain et non comme substitut à l’expertise. Pour les intervenants, l’IA représente avant tout une série d’approches destinées à renforcer le travail des professionnels, qu’ils soient médecins, avocats, marketeurs ou ingénieurs, en améliorant leur capacité d’analyse et leur efficacité opérationnelle.

Deux grandes catégories d’apports ont été identifiées. La première, l’augmentation cognitive, permet de découvrir de nouveaux modèles, usages ou opportunités auxquels un expert n’aurait pas immédiatement pensé. La seconde concerne l’augmentation opérationnelle, avec des gains tangibles en productivité et en efficacité dans les tâches quotidiennes. Le concept de sérendipité a également été largement discuté : l’IA permet d’émerger des découvertes inattendues et d’ouvrir de nouvelles pistes d’innovation.

Les intervenants ont également souligné les enjeux éthiques, culturels et de confiance, qui doivent être abordés tant au niveau des entreprises qu’à celui des pays. L’adoption de l’IA s’inscrit nécessairement dans un contexte civilisationnel et culturel donné, où la responsabilité et la transparence deviennent des facteurs clés d’acceptabilité.

En termes d’usages concrets, l’impact de l’IA est particulièrement perceptible dans la relation entreprise-client. Grâce aux technologies d’IA, les organisations peuvent désormais personnaliser leurs interactions, en traitant chaque client de manière individualisée, presque en one-to-one. Cette capacité modifie en profondeur les modèles de service et les relations internes, notamment avec les collaborateurs et les ressources humaines.

Des études internationales, notamment de McKinsey, soutiennent ces tendances. Une large majorité d’entreprises utilise l’IA pour améliorer la productivité de bureau, stimuler l’innovation, accroître la satisfaction des clients et des collaborateurs, et se différencier de leurs concurrents. Les résultats se manifestent également par une réduction des coûts et une augmentation de la rentabilité.

Néanmoins, un point de vigilance important a été souligné : l’optimisation ne doit pas se faire au détriment d’autres objectifs stratégiques. Se concentrer trop intensément sur un seul indicateur, comme la réduction des coûts, peut engendrer des effets négatifs indirects sur la qualité, les délais, la satisfaction client ou le climat social. Il est donc crucial d’adopter une approche multi-objectifs, capable d’arbitrer entre performance économique, qualité de service et durabilité humaine.