Déstabiliser l’Europe : comment protéger nos smartphones des USA MAGA ?
La prise de conscience pour les Européens est que considérer les Etats-Unis comme des alliés garantissant une forme de sécurité à l’Europe ne va plus de soi. Selon François Debras, spécialiste des discours extrémistes, il est possible de parler d’une domination historique, quantitative et qualitative de l’extrême droite sur les réseaux sociaux.
Un an après l’élection de Donald Trump, les tensions avec l’Europe se sont intensifiées, comme en témoigne le débat sur le Groenland et la chaleureuse ovation réservée au discours du Premier ministre canadien à Davos.
Les Européens prennent conscience que les États-Unis ne sont peut-être plus des alliés fiables garantissant leur sécurité. Cette situation met en exergue le dilemme : se soumettre à une administration américaine qui s’oppose aux valeurs démocratiques de nos sociétés ou trouver un autre chemin.
Un document gouvernemental publié en décembre a souligné, de manière inédite, que la stratégie de sécurité américaine valorise l’extrême droite européenne, la qualifiant de « partis patriotes » et saluant leur influence. Cette tendance est perçue comme une forme d’ingérence active dans nos affaires politiques, se manifestant comme une « menace hybride ».
Pour mieux comprendre cette ingérence et ses implications, il faut envisager l’impact des géants technologiques sur nos sociétés, une dynamique que la politologue Asma Mhalla a expliquée au cours d’une interview. Elle a évoqué l’alliance entre Donald Trump et Elon Musk en tant qu’expression de « l’architecture du pouvoir au XXIe siècle ».
Musk, Zuckerberg et d’autres leaders technologiques élaborent des infrastructures civilisationnelles dont l’État tire sa force. La relation qui unit Trump et Musk, qu’elle qualifie d’interdépendance, façonne désormais nos vies et nos avenirs.
Les plateformes numériques ne sont pas des espaces neutres. Elles sont devenues les bastions d’un écosystème d’extrême droite que les États-Unis soutiennent. Ce phénomène nous pousse à nous poser des questions essentielles sur l’état actuel de cet écosystème en ligne, les soutiens qu’il reçoit et les actions à mener face à cette menace.
Nous examinerons ces enjeux en profondeur, soutenus par des experts, à la recherche de clés de compréhension et de solutions. L’article abordera les trois dimensions de la domination de l’extrême droite sur les réseaux sociaux : historique, quantitative et qualitative.
Dire que les réseaux sociaux sont le terrain de jeu de l’extrême droite n’est pas une exagération, mais un constat. François Debras, spécialiste des discours extrémistes, souligne une domination à la fois historique — le Front National étant un des premiers partis à utiliser Internet — et quantitative, avec un investissement massif des partis d’extrême droite sur ces plateformes.
Cette stratégie est alimentée par la qualité du contenu qui, souvent chargé d’émotions puissantes, permet une large diffusion par les algorithmes.
Il existe aussi un véritable écosystème d’influence qui va au-delà des simples activités de ces partis. Ce dernier s’articule autour des médias traditionnels, de nouveaux médias et d’influenceurs, souvent regroupés sous le terme de « fachosphère ». Ce système vise à propager une idéologie tout en banalisant certains discours.
Les dynamiques d’influence observées sur les réseaux sociaux, imparties par la répétition et les chambres d’écho, légitiment et normalisent les discours d’extrême droite, les rendant presque évidents.
Cette interconnexion entre sphères, plutôt inattendue, repose sur des émotions communes. Des mouvements comme le masculinisme illustrent comment ces discours construisent des identités collectives, mobilisant les utilisateurs dans l’écosystème de l’extrême droite par des clics, des likes et des partages.
Il est nécessaire de comprendre les mécanismes sous-jacents et les motivations qui animent les gestionnaires des réseaux sociaux pour appréhender cette dynamique complexe.
L’impact et la responsabilité des plateformes, souvent influencées par leurs dirigeants et leurs algorithmes, déterminent en grande partie comment ces discours sont diffusés et perçus.
Le cas d’Elon Musk est emblématique. Son rôle dans la promotion de discours d’extrême droite et l’utilisation de l’anonymat pour amplifier certains messages illustrent les enjeux de la liberté d’expression et de la manipulation algorithmique.
Pour faire face à ce phénomène, plusieurs axes de réflexion s’imposent : la nécessité d’un discours alternatif, l’éducation aux algorithmes et une éventuelle régulation, qui ne sont pas des solutions simples ni suffisantes.
Il est essentiel de projeter notre indignation au-delà des simples réactions face à l’extrême droite et de prendre conscience des différentes formes de discours qui circulent. De nombreuses voix continuent de se faire entendre et de promouvoir des idées inclusives et solidaires.
La lutte pour la protection de nos démocraties face aux risques posés par les réseaux sociaux nécessite une approche collective et une réflexion profonde sur nos comportements en ligne, avec des propositions concrètes pour naviguer dans cet écosystème complexe.
Les recommandations des experts soulignent l’importance de développer une culture d’échange et de vérification de l’information, tout en envisageant la possibilité de s’éloigner des plateformes toxiques.
Penser à des alternatives qui respectent davantage la vie privée et encouragent un débat citoyen sain est crucial. L’évolution vers des environnements numériques plus sains doit être une priorité, tout en prenant en compte les défis associés à cette transition.

