Marche citoyenne pour l’école et l’avenir de la jeunesse ce dimanche : enseignants très remontés
La marche, organisée à Bruxelles le dimanche 25 janvier, clôture une semaine d’actions menées par les syndicats dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur fond de mesures budgétaires. Selon les syndicats, ces décisions budgétaires aggravent la situation dans le secteur de l’enseignement et menacent l’avenir des jeunes.
Cette marche, prévue à Bruxelles le dimanche 25 janvier après-midi, marque la conclusion d’une semaine d’actions menées par les syndicats dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), en réponse aux mesures budgétaires adoptées par le gouvernement de la FWB touchant l’éducation et la jeunesse.
Les syndicats et diverses organisations affirment que ce dimanche est « pour changer les choses ». Aux côtés des syndicats d’enseignants, des associations de parents, des sections « jeunes » des syndicats, la Fédération des Étudiants francophones (FEF), ainsi que des acteurs socio-culturels et des organismes actifs dans la lutte contre l’échec scolaire, appellent à se mobiliser, incitant les citoyens à rejoindre cette manifestation.
### Pourquoi cette mobilisation ?
Cette manifestation est une continuité des actions menées récemment par les syndicats des enseignants. Ces derniers s’opposent aux décisions prises par la majorité MR/Les Engagés, qui, face aux contraintes financières de la FWB, a imposé une série d économies. Ces mesures, concernant l’enseignement et la jeunesse, ont été arrêtées lors du conclave budgétaire d’octobre dernier. Parmi ces mesures, on note l’augmentation de deux heures de présence en classe pour les enseignements du secondaire supérieur, la réduction du nombre de détachements pédagogiques d’enseignants, l’augmentation du coût du minerval dans l’enseignement supérieur, et le gel de l’indexation de certaines subventions, notamment dans la petite enfance, le secteur culturel et l’Aide à la jeunesse. Ces mesures d’austérité suscitent l’indignation des syndicats et des organismes qui appellent à la marche à Bruxelles.
Selon les syndicats, ces décisions budgétaires vont aggraver la situation dans le secteur de l’éducation, accentuant les inégalités, augmentant la charge de travail des enseignants et diminuant l’attractivité du métier alors même que les écoles font face à une pénurie d’enseignants. « Les mesures idéologiques de la majorité MR-Engagés génèrent du chaos pour les élèves, les étudiants, leur famille et les travailleurs qui attendent depuis des années des investissements proportionnels aux défis de la société et à la pénurie croissante du personnel », dénoncent-ils.
De manière plus large, au-delà de l’éducation, l’avenir des jeunes est directement en jeu et menacé par ces décisions budgétaires, comme le soulignent les tracts distribué lors de l’appel à la manifestation.
### Sur le terrain, on mesure les inquiétudes et l’incertitude pour l’avenir
Au-delà de l’inquiétude des acteurs du monde de l’éducation, enseignants et syndicats en tête, un malaise se fait également ressentir sur le terrain. C’est le cas de ceux qui viennent en aide aux jeunes. « On a beaucoup de demandes de jeunes qui ne savent plus vers quoi aller, qui vont à l’école parce que l’école est obligatoire, mais qui ne trouvent pas de sens dans ce qu’ils apprennent et qui éprouvent d’énormes difficultés à s’orienter et à trouver une formation épanouissante, voire qui mène à un métier qui pourrait leur convenir », explique Stéphanie Barbieux, coordinatrice pédagogique au centre Infor Jeunes de Mons, soulignant que ce constat s’est intensifié depuis le Covid.
Les raisons de cette incertitude et de cette inquiétude chez les jeunes sont multiples, selon cette responsable. Il y a « les réformes au niveau de l’enseignement », « parfois difficiles à appréhender pour les jeunes, mais aussi pour les parents », explique-t-elle. « Il y a aussi les aspects financiers », rajoute-t-elle, notant que de plus en plus de jeunes doivent travailler pour financer leurs études ou aider leur famille. Certains abandonnent même leurs études choisies pour rester « dans un périmètre géographique accessible en transports en commun ».
Les élèves eux-mêmes font part de leurs préoccupations. Des étudiants de 5e et 6e secondaire dans l’enseignement qualifiant ont exposé, au micro de la RTBF, comment certaines réformes les inquiètent. Entre la 5e et la 6e année de l’enseignement qualifiant, le redoublement est désormais exceptionnel. Les élèves disposent de deux ans pour acquérir les savoirs et compétences requis, tant dans les matières générales que dans celles liées à leur option « métier ». Cette réforme provoque chez certains étudiants une incertitude et un stress. « Je suis en mécanique automobile », témoigne une étudiante. « Le gros problème, c’est le passage automatique de la 5e à la 6e », déclare-t-elle, soulignant que « beaucoup laissent tomber cette année-là parce qu’ils savent qu’ils vont passer, mais ce n’est pas une bonne idée ». Selon un autre élève en fin de parcours de l’enseignement qualifiant, cela augmente le risque « de se décourager et d’abandonner ».
### L’avenir du tronc commun : une autre incertitude
La coalition MR/Engagés en Fédération Wallonie-Bruxelles a également convenu d’adapter le tronc commun. Il s’agit ici de cette mesure essentielle du Pacte pour un Enseignement d’excellence. Depuis 2020, ce tronc commun, qui consiste en un programme de cours identique avec les mêmes référentiels, est progressivement mis en place jusqu’à la sixième primaire. À partir de la rentrée 2026, il s’étendra aux élèves de 1re secondaire. En 2027 et 2028, il sera élargi aux 2e et 3e secondaires.
Au départ, il était prévu que le programme soit commun à tous les élèves jusqu’à la fin de la troisième secondaire, sans option possible. Sous l’impulsion de la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, le gouvernement a décidé de réintroduire des options « de transition » ou « qualifiantes » en troisième secondaire. Les élèves devront effectuer des choix pour 8 périodes par semaine.
Ces adaptations ont été rapidement rejetées par les syndicats. Actuellement, les écoles attendent des précisions concernant l’organisation de cette nouvelle formule. Cette incertitude génère des inquiétudes et est parfois perçue comme une remise en question des objectifs du Pacte pour un enseignement d’excellence. « Si le système de réintroduction d’options est effectivement mis en place, et si chaque élève de troisième est classé dans une voie, qu’elle soit qualifiante, de transition ou autre, une partie importante du projet de formation commune initial semble remise en question », estime Marc Romainville, professeur émérite à l’Université de Namur et spécialiste des questions d’enseignement, qui a participé à l’élaboration du Pacte. « Si l’on revient à ce système, on peut prédire un enseignement peu efficace et inéquitable », ajoute-t-il. Il souligne que des élèves choisissant des options comme l’électricité ou la mécanique dès la fin de la deuxième secondaire sont déjà orientés vers une filière qualifiante, alors que l’esprit initial du Pacte et du tronc commun prévoyait que les choix ne soient faits qu’à partir de la 4e secondaire, ce qui fait craindre un retour en arrière.
En résumé, les revendications des manifestants ce dimanche seront nombreuses. D’après les organisateurs, cette marche citoyenne représente seulement le « premier temps fort » d’une mobilisation citoyenne en faveur de la jeunesse, avec d’autres actions à venir dans les mois prochains.

