Tunisie

Mes Humeurs : La musique ne fait pas exception à l’éthique.

Zubin Mehta a déclaré, il y a cinq jours, qu’il annulait la totalité de ses engagements prévus dans le pays sioniste en 2026. Daniel Barenboïm a fondé le fameux West-Eastern Divan en 1999 avec le penseur américano-palestinien Edward Saïd.

La Presse La révélation a secoué le monde de la musique classique : Zubin Mehta, chef d’orchestre d’origine indienne et directeur à vie de l’Orchestre Philharmonique de l’État d’Israël, a annoncé il y a cinq jours l’annulation de l’ensemble de ses engagements en Israël pour 2026. Cette décision a provoqué des remous dans les sections culturelles des médias.

Sa décision vise à « manifester son opposition au traitement que Benyamin Netanyahou réserve à la question palestinienne dans son ensemble », a précisé le chef d’orchestre de 89 ans, affirmant qu’« on ne peut séparer l’art et la politique ». Il ressent que c’est son devoir de prendre position et il n’exercera donc plus sa direction dans ce pays qu’il considère comme génocidaire.

Cependant, dans les articles que j’ai consultés (Télérama, Le Figaro, Libération, etc.), je n’ai pas trouvé d’analyses claires ni d’explications sur le processus qui l’a conduit à cette décision, les médias se contentant de relayer des extraits de son interview accordée à India Today, sans approfondir davantage.

Pourtant, Mehta, qui possède un charisme indéniable, a façonné plus de cinquante ans de vie musicale grâce à son autorité naturelle et à sa sonorité généreuse. Né à Bombay en 1936 et formé à Vienne, il a dirigé les plus prestigieux orchestres du monde, de Vienne, où il était le chef attitré du concert du Nouvel An de l’Orchestre Philharmonique, aux phalanges de Berlin et de New York.

Son art transforme chaque concert en un espace de partage où la musique, libérée des frontières, fait entendre une seule voix, celle de l’amour et de la paix. Il avait pour ami et compagnon le chef Daniel Barenboïm, reconnu pour son engagement.

Revenons en arrière : ce dernier, d’origine argentine et possédant un passeport palestinien par « principe », a fondé en 1999 le célèbre West-Eastern Divan avec le penseur américano-palestinien Edward Saïd. Cet orchestre, dirigé par Barenboïm, a pour vocation de promouvoir la paix au Moyen-Orient.

Il a réalisé des concerts qui ont confronté les hypocrisies et les mensonges que la politique entretient. Face à un public en quête de normalité, il a fait résonner Beethoven comme un langage commun, à la fois fragile et tenace, en 2011, lorsqu’il a dirigé — en bis — un extrait de Wagner lors d’un concert à El Qods.

Cette musique, souvent liée à l’idéologie nazie, reste délicate. Le concert a engendré des protestations et une forte agression, Barenboïm ayant été hué et conspué ; avec courage, il a demandé aux manifestants de quitter la salle, suscitant ainsi une vive polémique culturelle et politique dans le pays.

On peut se demander si la dignité, l’intégrité de son comportement et sa position sur la question palestinienne, conjuguées à la situation à Gaza, ont influencé la décision de son ami Zubin, qui déclare dans son entretien : « Le silence ou l’indifférence ne sont plus des options acceptables face à la destruction totale de la bande de Gaza… ».