Handicaps et opportunités d’intégration dans le Maroc 2030
La zone frontalière reliant Tétouan, M’diq, Fnideq et Sebta constitue l’un des espaces socio-économiques les plus complexes et les plus sensibles du Royaume. Historiquement, les échanges commerciaux entre Sebta et le Grand Tétouan reposaient sur une complémentarité de fait : flux quotidiens de marchandises, services de transport et de stockage, petits capitaux, commerce de proximité et emplois indirects.
La zone frontalière reliant Tétouan, M’diq, Fnideq et Sebta est l’un des espaces socio-économiques les plus complexes et sensibles du Royaume. Bab Sebta est devenu, au fil des décennies, bien plus qu’un simple point de passage : il a tissé une véritable toile, un système économique informel qui assure la subsistance de milliers de familles. Ce modèle, toléré par manque d’alternatives, s’est néanmoins avéré fragile, inéquitable et très dépendant des décisions conjoncturelles relatives au contrôle des frontières. Les fermetures successives et difficiles à comprendre pour le citoyen ordinaire, ainsi que les modifications des règles de passage, ont révélé les failles d’une gestion fondée sur l’urgence, négligeant une vision de développement durable.
Historiquement, les échanges commerciaux entre Sebta et le Grand Tétouan reposaient sur une complémentarité de fait : des flux quotidiens de marchandises, des services de transport et de stockage, de petits capitaux, un commerce de proximité et des emplois indirects. Cette dynamique a longtemps animé les marchés locaux et atténué les tensions sociales. Cependant, son caractère largement informel l’a rendue extrêmement vulnérable, sans protection sociale et sans reconnaissance juridique. Chaque restriction frontalière a engendré des effets immédiats : contraction de l’activité, augmentation du chômage et sentiment persistant d’injustice. Le problème central réside dans l’absence d’une politique publique claire et assumée concernant l’économie frontalière, remplacée par une approche essentiellement sécuritaire, incapable de favoriser un développement inclusif et durable.
Il est à rappeler que Tétouan fut par le passé un pôle économique majeur. Ancienne ville industrielle, elle était l’un des centres productifs et commerciaux les plus importants du Nord. Elle a connu des activités industrielles et artisanales prospères, avec un tissu commercial dynamique et des infrastructures de transport relativement modernes pour l’époque, y compris une liaison ferroviaire entre Tétouan et Sebta. Cette connexion a favorisé un essor commercial remarquable et une circulation économique régulière entre les deux rives. Mentionner cette dimension historique ne relève pas de la nostalgie, mais d’un constat politique : Tétouan possède une mémoire industrielle et commerciale, et sa réintégration dans les circuits économiques nationaux et internationaux est essentielle pour restaurer un rôle naturel affaibli par des choix de développement déséquilibrés.
Les expériences internationales démontrent que l’économie informelle ne disparaît ni par le déni ni par la seule répression ; elle se transforme et se déplace. L’alternative crédible consiste à reconnaître cette réalité et à l’intégrer progressivement dans des circuits légaux, simples et adaptés aux spécificités locales, tout en protégeant les populations vulnérables. Dans cette optique, établir un régime simplifié de commerce frontalier pour les petits commerçants est d’une importance stratégique : des plafonds clairs, des procédures numériques transparentes, une fiscalité adaptée, en échange d’un accès effectif à la protection sociale et à la reconnaissance professionnelle. Une telle approche permettrait non seulement de réduire le commerce informel de subsistance, mais aussi de réinjecter ces échanges dans l’économie locale et de renforcer la cohésion sociale.
Néanmoins, cette transition ne pourra se concrétiser sans une refonte en profondeur de la stratégie des zones industrielles, des zones d’activités économiques et des zones franches à Tétouan, M’diq et Fnideq. Le problème ne réside pas dans la rareté du foncier, mais dans l’insuffisante articulation entre ces zones et les besoins réels du tissu productif local, ainsi que dans le manque de services et d’infrastructures partagées. Il est impératif de moderniser les zones existantes — infrastructures, logistique, digitalisation, facilitation de l’accès des PME — et de les relier à la formation, à l’emploi et à la commande publique. Parallèlement, il est crucial de créer de nouvelles zones d’activités économiques de proximité, spécialisées et à forte intensité de main-d’œuvre (agro-transformation, artisanat structuré, logistique, économie circulaire, services touristiques), dans une optique de justice territoriale. Quant aux zones franches, elles doivent s’intercaler d’une manière complémentaire avec les pôles de Tanger, au lieu de favoriser une concurrence destructrice.
Au-delà de ces projets, la liaison ferroviaire littorale entre Tanger et Tétouan — en passant par le Port Tanger Med, Fnideq, M’diq et Martil — représente un levier structurant capable de modifier durablement les règles du jeu. Cette infrastructure apporterait une flexibilité décisive aux échanges dans la métropole Tanger–Tétouan : réduction des coûts logistiques, accélération des déplacements de personnes et de marchandises, connectivité des zones d’activités au système portuaire et renforcement de l’attractivité pour les investissements productifs.
De plus, cette dynamique serait soutenue par une ouverture accrue de Tétouan sur les espaces régionaux et internationaux, grâce au raccordement à l’autoroute Tanger–Tétouan, ainsi qu’à des liaisons aériennes régulières avec des capitales européennes et africaines, en plus de vols domestiques réguliers au départ de l’aéroport Sania Ramel. La combinaison rail-route-air améliorerait considérablement l’accessibilité, raccourcirait les délais de mobilité et optimiserait le climat des affaires, permettant aux investisseurs de s’implanter durablement dans la province et d’y développer des projets productifs.
En définitive, le dossier de Bab Sebta constitue un test politique et de développement majeur. Ce sont les choix économiques fondamentaux — intégration de l’économie frontalière, modernisation et extension des zones d’activités, réalisation de la liaison ferroviaire, amélioration des connexions routières et aériennes — qui prépareront Tétouan à s’inscrire pleinement dans la dynamique nationale et internationale, notamment en lien avec l’organisation de la Coupe du monde 2030. Dans ce cadre, la construction d’un complexe sportif moderne et d’un stade de football est une demande explicite portée par les autorités, les élus, la société civile et les supporters de la région.
L’avenir de l’économie frontalière du Grand Tétouan ne peut plus se contenter d’une gestion conjoncturelle. Seule une vision territoriale intégrée, reliant frontières, zones d’activités et infrastructures multimodales, peut transformer une fragilité héritée en véritable opportunité de développement. L’intégration de l’économie frontalière, la modernisation du tissu productif et l’investissement coordonné dans le rail, la route, l’aérien et les équipements sportifs constituent autant d’éléments d’une même trajectoire stratégique. À cette condition — un engagement clair, une décision publique courageuse et l’implication réelle des élus, de la société civile et des acteurs économiques — le Grand Tétouan pourra transformer ses faiblesses en opportunités et retrouver son statut de pôle économique, contribuant ainsi à la création d’emplois durables et au rayonnement du Maroc de l’après-2030.
Par Mohamed Assouali
Secrétaire provincial de l’Union socialiste des forces populaires – Province de Tétouan

