Tunisie

Le Centre National de Braille Musical à l’ISM de Sousse : succès à généraliser.

L’Institut supérieur de musique de Sousse a inauguré le 26 septembre 2023 un centre dédié aux mal et non-voyants. Le coût total des outils informatiques adaptés s’élève actuellement à 140 mille dinars.


L’Institut supérieur de musique de Sousse a ouvert le 26 septembre 2023 un centre pour les mal et non-voyants. Deux ans après le lancement de cette initiative, il est possible de faire le point sur son évolution, qui dépasse les frontières de Sousse.

« Tout a commencé par le projet Erasmus+ adopté par l’Université de Sousse, qui inclut, entre autres, un programme d’enseignement inclusif dans les 17 établissements qui lui sont associés », a expliqué M. Fakher Hkima, directeur de l’ISM de Sousse. « Nous accueillons chaque année des non et des malvoyants, et nous avons veillé à leur garantir les mêmes chances que leurs camarades. »

Pour cela, le centre devait disposer d’outils informatiques adaptés, nécessitant un investissement considérable. L’ISM n’a pas attendu d’aide étatique pour financer ses projets. Le directeur, les enseignants et le personnel administratif ont pris l’initiative de collecter les fonds nécessaires.

« Nous avons demandé à nos amis chanteurs d’organiser des concerts caritatifs dont les bénéfices sont destinés à aménager le centre avec l’équipement nécessaire », a partagé M. Fakher Hkima. « Abderrahman Ayadi, Adnen Chawachi, Chedly Hajji, Karim Chouaieb et Mounir Troudi ont répondu à l’appel. »

D’autres artistes ont également proposé leur aide de manière spontanée. « Nous avons été agréablement surpris de constater qu’avec les revenus des concerts et les dons, nous avons largement dépassé nos estimations, nous permettant ainsi d’acquérir encore plus de matériel. »

Concernant les équipements, M. Hkima indique que l’imprimante, coûtant 23 mille dinars, est connectée à un ordinateur et transcrit tout document Word ou PDF en braille sur du papier à relief. Le scanner, acquis pour 27 mille dinars, convertit instantanément les documents en format audio. Actuellement, le coût total des outils informatiques atteint 140 mille dinars. « Depuis l’année dernière, des étudiants d’autres instituts supérieurs de musique ont demandé des mutations, et nous avons accueilli, lors de la dernière rentrée, 6 nouveaux en première année. »

Quel est l’impact direct de cette nouvelle unité sur l’apprentissage ? Mme Refka Sassi, enseignante à l’ISM de Sousse et coordinatrice pédagogique et scientifique du Centre national de Braille musical, a suivi une autoformation avec sa collègue Dr Rym Mansour pour maîtriser le langage braille musical universel.

Un groupe de transcripteurs bénévoles a été établi au sein de l’ISM de Sousse. Grâce à ce nouveau matériel et aux efforts collectifs, les étudiants non et malvoyants reçoivent leurs cours et partitions selon les normes internationales et peuvent ainsi progresser au même rythme que leurs camarades.

« C’est un travail considérable. Le personnel administratif, les enseignants et les étudiants collaborent ensemble. Des milliers de pages de cours, d’exercices et d’examens ont été préparées, depuis la première année de licence jusqu’au master, dans toutes les spécialités. Cette tâche se poursuit, et c’est une ancienne étudiante malvoyante qui gère l’embossage. »

L’établissement vise la création progressive d’une bibliothèque de documents d’études pour les futures promotions. L’année dernière, un mémoire de fin d’études sur la transcription d’une nouba en braille a été soutenu par deux étudiantes sans déficience visuelle. Des étudiants ont même été formés à l’écriture musicale numérique avec des logiciels avancés pour aider leurs camarades.

« Je peux vous assurer que grâce au centre, nos étudiants ayant une limitation visuelle ont désormais les mêmes chances de suivre les cours et de passer les examens dans des conditions normales tout en préservant leur anonymat. Nous œuvrons à étendre notre expérience au-delà de l’enseignement musical. »

Mme Refka Ben Sassi a ajouté : « Nous échangeons avec d’autres facultés afin que chaque établissement puisse s’inspirer de cette démarche selon les besoins spécifiques de ses étudiants et la nature de son enseignement. »

Bien que le Centre national de Braille musical soit essentiel pour les étudiants de l’ISM de Sousse, son impact va au-delà de cette région. « Nous collaborons avec d’autres instituts supérieurs de musique à Tunis et à Sfax », a précisé M. Hkima. « Nous avons aussi contacté les directeurs des 24 conservatoires régionaux de musique pour leur faire savoir que nous mettons à leur disposition notre matériel et les partitions que nous avons transcrites. »

En partenariat avec le Conservatoire régional de Sousse, une classe pour les apprenants ayant une déficience visuelle a été créée, gérée par une étudiante de l’ISM, elle-même malvoyante.

Pour que le Centre national de Braille musical reste à jour par rapport aux avancées technologiques et pédagogiques, Dr Rym Ben Mansour supervise les relations internationales. Elle s’informe sur les actualités et maintient un contact avec d’autres unités similaires à l’étranger. L’ISM de Sousse avance dans ce domaine.

L’établissement a obtenu de nouvelles certifications et accréditations internationales depuis la création de ce centre qui atténue le handicap par le numérique. Les experts ont salué la responsabilité sociale de l’établissement. M. Fakher Hkima souligne que l’objectif principal est l’insertion professionnelle des étudiants à besoins spécifiques.

Il rappelle que de grands musiciens internationaux ont surmonté des déficiences visuelles pour mener des carrières exemplaires. Cependant, il rejette l’idée d’une formation exclusivement composée de personnes malvoyantes, souvent premières de leurs classes et dotées d’un talent indéniable. Il privilégie l’intégration de tous les étudiants dans divers projets musicaux inclusifs sur un pied d’égalité.

L’ISM coordonne également la saison musicale de Sousse, avec la création d’une association au sein de l’établissement. Des événements réguliers sont organisés avec la Rachidia de Sousse, l’Orchestre symphonique de Sousse et d’autres partenaires. « Chaque premier vendredi du mois, il y a un spectacle musical au Théâtre municipal de Sousse », rappelle M. Hkima.

« Les étudiants et les enseignants de l’Institut y participent aux côtés d’artistes invités. Lors du dernier concert, nous avons accueilli Dorsaf Hamdani, et le 6 mars prochain, ce sera Lotfi Bouchnak. Cette activité est cruciale pour leur apprentissage, c’est ce que j’appelle un prétexte pour un contexte de formation. »

Le Centre national de Braille musical a ainsi permis aux étudiants de l’ISM de Sousse et d’autres établissements d’enseignement musical, ainsi qu’aux apprenants des conservatoires régionaux de musique, d’améliorer leurs conditions et la qualité de l’apprentissage, les préparant à une carrière professionnelle adaptée. Cette expérience illustre que les personnes à besoins spécifiques peuvent réussir pleinement lorsqu’elles disposent des outils et du soutien appropriés.