Un tiers des chiens et la moitié des chats en surpoids.
En 2006, une étude du journal de médecine vétérinaire estimait que 19 % des chats étaient en surcharge pondérale en France, tandis qu’ils étaient 47,5 % en 2024. La surcharge pondérale est devenue la première cause de mortalité, entraînant une réduction de la durée de vie de 20 à 30 %.
Fini le félin svelte et aérien ou le chien élancé et gracile. Chaque année, le cabinet de Sara Hoummady, vétérinaire, constate une augmentation du nombre d’animaux obèses. En 2006, une étude du journal de médecine vétérinaire estimait que 19 % des chats en France étaient en surcharge pondérale, un chiffre qui a atteint 47,5 % en 2024. Le surpoids concerne également un tiers des chiens du pays. Aux États-Unis, où la proportion de chats en surpoids est comparable, la société pharmaceutique Okava teste une version d’Ozempic pour félins, visant à aider ces animaux à perdre du poids.
Les causes de cette hausse de poids sont difficiles à déterminer. L’alimentation est un facteur clé, particulièrement difficile à quantifier. « Il n’existe pas de poids type pour les animaux, il est donc compliqué d’estimer les rations ou de savoir si l’on surdose », affirme Sara Hoummady.
La fréquence des repas est également un élément à considérer, selon Thomas Dzen, vétérinaire : « Le chat est un grignoteur et a besoin de manger régulièrement ». Cependant, si la gamelle est remplie à chaque fois… « Même avec un doseur, on constate que l’on remplit toujours un peu plus que la normale. Et un peu de trop, un peu de trop, ça peut faire beaucoup à la fin de la journée ». Dans ce contexte, l’essor du télétravail, qui rend le maître plus présent et donc plus susceptible de remplir la gamelle, pourrait expliquer ce surpoids.
Quant aux chiens, « certains propriétaires les nourrissent une seule fois par jour, pensant que c’est mieux. L’animal a alors tendance à surcompenser et à mal stocker les nutriments », précise l’expert. Les règles nutritionnelles humaines s’appliquent à nos animaux : il est préférable d’éviter la frustration.
Un autre problème concerne les friandises, qui « ne devraient représenter que 10 % des apports caloriques au maximum », selon Thomas Dzen. Cette limite est souvent ignorée. « Les propriétaires en abusent pour faire plaisir à l’animal… Pour certains, c’est le moyen principal de renforcer le lien, alors qu’il existe d’autres alternatives plus saines ». Par exemple, les propriétaires qui interagissent beaucoup avec leur chat ont généralement des animaux plus minces.
La sédentarité représente une autre cause majeure d’obésité chez les animaux. Vivre en appartement n’est pas problématique en soi, rassurent les vétérinaires, à condition de trouver des activités pour l’animal. Jouer, le solliciter, installer des arbres à chat… « Sinon, c’est comme nous pendant le confinement : on s’ennuie, et quand on s’ennuie, on grignote pour passer le temps », explique Thomas Dzen.
Comme chez les humains, l’effet yoyo peut être défavorable pour les animaux. « Faire perdre trop de poids trop vite à un animal entraîne une perte de masse musculaire, difficile à récupérer. L’animal bouge donc moins, dépense moins de calories et grossit encore plus », souligne Sara Hoummady, qui insiste sur le fait que tout régime doit être supervisé par un professionnel.
Cependant, cette montée du surpoids s’accompagne d’un phénomène troublant : le déni des propriétaires. « La première mission d’un vétérinaire est de faire comprendre aux propriétaires que leur animal est en surpoids. Beaucoup refusent de l’admettre », note Thomas Dzen. Un cercle vicieux s’est installé : plus d’animaux lourds entourent un maître, plus la norme visuelle change et moins il réalise que son compagnon souffre d’excès de poids. Dzen évoque l’histoire d’un propriétaire de labrador, accusé de maltraitance alors que son chien avait un poids normal. Anecdote similaire chez Sara Hoummady : « Quand on montre des photos de chats normaux, les propriétaires sont souvent choqués et pensent qu’ils sont trop maigres ».
Il est vrai que beaucoup de propriétaires apprécient avoir un animal en surpoids. « Il y a une certaine tendance à aimer les animaux « peluches », avec des formes arrondies ». Même les signes visibles du surpoids sont souvent ignorés : si un animal bouge moins, les maîtres pensent souvent que c’est lié à l’âge.
La surcharge pondérale a des conséquences graves. Elle est la première cause de mortalité et réduit l’espérance de vie de 20 à 30 %. En plus d’un risque de décès prématuré, le surpoids provoque des douleurs chez l’animal, comme l’arthrose, qui aggrave la situation – moins de mouvements et plus de poids – ainsi que du diabète ou des tumeurs. Néanmoins, la prise de conscience progresse. « Aujourd’hui, l’animal occupe une place significative dans la vie des gens, et ils sont vigilants concernant leur bien-être. Il suffit de leur faire comprendre que leur chat sera plus heureux s’il peut à nouveau sauter sur le canapé ‘comme avant’ », conclut la vétérinaire.

