« Divertissante et intelligente » ou « Grand-Guignol et superficiel » : « The Beauty » divise sur Disney+.
La série « The Beauty », créée par Ryan Murphy, est disponible sur Disney+ depuis le jeudi 22 janvier. Les critiques françaises la jugent « chaotique » et « indigeste », tandis que la presse anglo-saxonne lui attribue des commentaires positifs, la qualifiant de « très divertissante et étonnamment intelligente ».
Un virus qui transforme ses victimes en personnes magnifiques avant de les détruire ? Oui, c’est bien cela. Una intrigue mêlant The Substance et Contagion, sur fond d’ultra-exposition médiatique, vient de faire son apparition sur Disney+. La nouvelle série de Ryan Murphy (American Horror Story, All’s Fair…), The Beauty, n’a pas tardé à diviser les critiques. Ce récit de « body horror », qui présente un virus sexuellement transmissible rendant ses victimes sublimes avant de les tuer, a engendré des réactions très divergentes selon les pays.
La critique française s’est montrée peu clémente envers cette série, sortie le jeudi 22 janvier, la qualifiant de « chaotique » et « indigeste », « qui passe à côté de son sujet ». À l’inverse, une partie importante de la critique anglo-saxonne salue une série « très divertissante et étonnamment intelligente ». À la lecture de ces critiques opposées, on en vient presque à se demander si les journalistes ont visionné la même série. Pour en avoir le cœur net, 20 Minutes a décidé de se forger son propre avis.
« Une satire horriblement lisse qui passe à côté de son sujet »
Les titres de presse se succèdent et les critiques se rejoignent. Selon Les Inrocks, « Ryan Murphy se prend les pieds dans le tapis de la mode », tandis que Le Monde décrit une série « Grand-Guignol et superficielle »… Les avis positifs sont rares.
Pour Le Parisien, « The Beauty part d’une idée géniale et se perd. Un récit chaotique qui passe à côté de son sujet. » Le quotidien souligne que la série est particulièrement déroutante, accumulant des pistes narratives sans parvenir à les faire converger. Le résultat : « le problème inhérent à la série est de partir dans tous les sens » et « d’en faire un récit indigeste de gloubi-boulga ».
Un constat similaire est fait par Les Échos, qui qualifient la série de « sans âme », avec un « amalgame ridicule et informe de genres et d’intentions ». Le journal reproche à Ryan Murphy une critique « évidente et facile », jugeant que « chaque réflexion sur la valeur de la beauté […] est navrante de superficialité ». Selon ce média, la série manque de saveur et d’aspérité, souffrant d’une mise en scène paresseuse où rien n’étonne.
Dans la presse anglo-saxonne, un chaos assumé et salué
Les critiques anglo-saxonnes ont-elles visionné une autre série ? En parcourant leurs articles, le ton se révèle diamétralement opposé. Pour Time Magazine, « The Beauty est une série très divertissante et étonnamment intelligente. » Selon le magazine, malgré son mélange de genres, la série offre un récit plus resserré et dynamique que les projets précédents de Ryan Murphy, évitant la monotonie par ses changements de ton.
The Guardian partage cet enthousiasme et évoque un triomphe, affirmant que Ryan Murphy est « de retour à son meilleur niveau ». Le journal vante une série « bingeable », dotée d’un véritable « plot » et d’une satire assumée des standards de beauté contemporains.
Plus nuancé, The New Yorker décrit la série comme un « hot mess » (gros bazar), soulignant son énergie et sa pertinence sur des sujets tels que l’Ozempic, les Incels ou la culture de la célébrité, tout en mentionnant qu’elle est conçue pour la viralité. Variety conclut : « The Beauty n’est pas parfaite, mais elle reste un plaisir », la décrivant comme « une chevauchée effrénée » parfois excessive, mais « globalement agréable ».
Mais alors, que pense-t-on des trois premiers épisodes de la série ?
Pour se forger une opinion, 20 Minutes a visionné les trois premiers épisodes de The Beauty déjà disponibles sur Disney+. Une question se pose immédiatement : comment Ryan Murphy, le créateur d’« American Horror Story », a-t-il pu réaliser une œuvre aussi faible ?
Bien que le casting soit prometteur, l’écriture des personnages n’en fait jamais un point fort. Ils restent superficiels, peu incarnés, et peinent à susciter l’adhésion. Bella Hadid réussit plutôt bien dans le rôle de la mannequin contaminée, mais la scène d’ouverture, inutilement prolongée, ne l’y aide pas. Les médias français ont souligné un mélange des genres (enquête, horreur, satire sociale) dérangeant, et nous ne pouvons que souscrire à cette observation. La critique sociale, pourtant centrale, est abordée de manière peu subtile, à travers des amalgames grossiers et des dialogues creux.
La comparaison avec The Substance s’impose rapidement. Tandis que le film réussissait à utiliser l’horreur pour enrichir son intrigue et son message, The Beauty échoue à donner un sens à sa dimension gore. Traiter des thèmes aussi cruciaux (les normes du corps et de la beauté), déjà explorés avec intelligence ailleurs, s’avérait risqué. En survolant son écriture, sa mise en scène et son récit, la série tombe dans de nombreux pièges prévisibles. La frustration est palpable : le sujet est prometteur, mais son traitement est décevant, rendant l’ensemble difficile à suivre.

