Premiers pourparlers à Abou Dhabi entre Ukrainiens, Russes et Américains
Les négociations entre Moscou et Kiev, dirigées par Volodymyr Zelensky et Igor Kostioukov, portent sur les « paramètres permettant de mettre fin à la guerre menée par la Russie » et sont prévues jusqu’à samedi. Selon le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, « les forces armées ukrainiennes doivent quitter le Donbass, elles doivent s’en retirer », soulignant ainsi une condition majeure pour mettre fin à l’offensive russe.
Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, la question complexe des territoires demeure le principal obstacle lors des négociations qui s’étendent jusqu’à samedi. Ces pourparlers représentent les premières discussions directes connues entre Moscou et Kiev concernant le plan américain pour mettre fin à la guerre, qui a causé des dizaines de milliers de décès depuis 2022.
Roustem Oumerov, le négociateur en chef ukrainien, a indiqué que les échanges de vendredi ont tourné autour des « paramètres permettant de mettre fin à la guerre menée par la Russie et sur la suite logique du processus de négociation visant à progresser vers une paix digne et durable« . Il a ajouté que « d’autres réunions sont prévues pour demain« .
La délégation russe est dirigée par le général Igor Kostioukov, à la tête du renseignement militaire (GRU).
Washington est notamment représenté par les émissaires spéciaux Steve Witkoff et Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.
« Quitter le Donbass«
Ces négociations se déroulent dans un contexte difficile pour l’Ukraine, dont le réseau énergétique a été durement impacté par une série de frappes russes, entraînant des pannes d’électricité et de chauffage à des températures glaciales, notamment à Kiev.
Sur le front, les forces ukrainiennes reculent depuis près de deux ans face à un adversaire plus nombreux et mieux armé, Kiev dépendant en grande partie du soutien financier et militaire occidental.
Le Kremlin, qui déclare que ses objectifs en Ukraine seront atteints par la voie militaire si la diplomatie échoue, a réitéré vendredi l’une de ses conditions essentielles pour mettre fin à son offensive.
« Les forces armées ukrainiennes doivent quitter le Donbass, elles doivent s’en retirer. C’est une condition très importante« , a affirmé le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov.
« Sans règlement de la question territoriale […], il est inutile d’espérer la conclusion d’un accord de long terme« , a-t-il ajouté.
Cette réunion à Abou Dhabi a eu lieu après deux rencontres à un niveau plus élevé : l’une à Davos entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump, et l’autre à Moscou entre Vladimir Poutine et les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner.
Des négociations directes entre Russes et Ukrainiens avaient déjà eu lieu au cours de la première année du conflit, en 2022, et à plusieurs reprises en 2025 à Istanbul.
Ces pourparlers n’avaient donné lieu qu’à des échanges de prisonniers et de dépouilles de soldats.
« La question du Donbass est clef« , a admis vendredi Volodymyr Zelensky, évoquant ce territoire industriel et minier de l’est de l’Ukraine, majoritairement contrôlé par la Russie, qui exige le retrait de l’armée ukrainienne des zones restantes.
Une autre rencontre, axée sur les questions économiques, s’est également tenue vendredi à Abou Dhabi entre M. Witkoff et l’émissaire du Kremlin aux questions économiques internationales, Kirill Dmitriev.
Ingérence
Ces négociations se déroulent loin de l’Europe et sans la participation des pays de l’UE, qui craignent que Washington n’incite Kiev à accepter un accord jugé trop favorable à Moscou. La Russie a pour sa part critiqué l’ingérence des Européens dans les négociations.
À Davos, la veille, M. Zelensky avait prononcé un discours très critique envers ses principaux soutiens politiques et financiers, qualifiant l’Europe de « fragmentée » et « perdue » en matière d’influence sur les positions de Donald Trump, soulignant un manque de « volonté politique » face à Vladimir Poutine.
En marge du Forum économique mondial, il a brièvement échangé avec M. Trump, déclarant avoir obtenu de sa part un accord sur les garanties de sécurité pour l’Ukraine, qui doit désormais être finalisé par les deux dirigeants et les parlements des deux pays.
Sur le terrain, les bombardements se poursuivent. Dans la région orientale de Donetsk, une frappe russe a causé la mort de quatre personnes jeudi soir, dont un enfant de cinq ans, tandis qu’un autre tir a tué trois civils vendredi dans la région de Kharkiv (nord-est), selon les autorités ukrainiennes.

