Budget 2026 : Olivier Faure « l’indécrottable » a-t-il terminé sa transformation ?
Olivier Faure a déclaré avoir « fait le choix de quitter le confort des postures faciles » et a permis au pays de sortir de l’impasse après plusieurs mois de marathon budgétaire au Parlement. Ce vendredi, en ne votant pas la censure, le groupe PS a validé un budget de « compromis » tout en dénonçant les millions de coupes dans la santé et les services publics.
Il annonce avoir « fait le choix de quitter le confort des postures faciles ». Après plusieurs mois de marathon budgétaire au Parlement, Olivier Faure permet au pays de sortir de l’impasse. Le dirigeant du Parti socialiste, qui critiquait encore en octobre « la folie politique d’Emmanuel Macron », a finalement trouvé un accord avec Sébastien Lecornu, considéré comme l’un des plus proches collaborateurs du président.
« Nous n’avons jamais partagé la politique d’Emmanuel Macron et notre opinion n’a pas changé. Nous avons simplement constaté une situation politique provoquée par la dissolution », justifiait mardi soir le député PS de Seine-et-Marne lors de ses vœux à la presse. En choisissant de ne pas voter la censure ce vendredi, le groupe PS permet le maintien du gouvernement et valide un budget de « compromis » critiqué par ses partenaires de gauche.
Olivier Faure s’inscrit dans la continuité des négociations avec les macronistes engagées sous François Bayrou, début 2025. Ce changement stratégique semblait improbable au moment de la dissolution, six mois auparavant. « Son évolution m’a un peu surpris, je le croyais indécrottable, mais il a bougé. Je savais que beaucoup de cadres PS appelaient à ce mouvement de recentrage, mais je n’aurais pas parié qu’il s’engage là-dessus. Tant mieux », salue Erwan Balanant, député MoDem du Finistère. Dans le désordre politique laissé par François Bayrou à son départ début septembre, Olivier Faure perçoit une voie de « compromis ». Le pacte de non-censure avec François Bayrou sur le budget précédent a cependant échoué, et les socialistes gardent le souvenir amer du raté concernant les retraites. Faure obtient rapidement de Lecornu la garantie que le 49.3 ne sera pas utilisé pour les textes budgétaires.
« Il a établi cette relation de partenariat avec Sébastien Lecornu et a maintenu le rapport de force pour obtenir des résultats. Au départ, cette évidence n’était pas partagée par tous, mais il a su embarquer la majorité du groupe en posant la question : ‘quelle alternative nous est proposée, la dissolution ?’ », rappelle Arthur Delaporte, député socialiste du Calvados. « Olivier a une intelligence stratégique supérieure à la moyenne. Avec plusieurs coups d’avance, il a anticipé qu’il était possible d’obtenir des victoires concrètes pour les Français », souligne le porte-parole socialiste.
À l’automne, le groupe PS de 69 députés (et apparentés) devient central à l’Assemblée nationale, aidé par le choix du RN de vouloir faire tomber tout gouvernement. Avec un pouvoir de vie ou de mort sur le gouvernement, le PS devient le partenaire privilégié de Matignon et Bercy pour façonner les textes budgétaires. Dans le budget de la Sécurité sociale, les socialistes obtiennent l’abandon de la réforme des retraites, suspendue jusqu’au 1er janvier 2028. Dans le budget de l’Etat, ils s’assurent le repas à 1 euro pour tous les étudiants au restaurant universitaire, la suppression du gel du barème de l’impôt sur le revenu, la hausse de la prime d’activité, ainsi que le retour de la surtaxe d’impôt sur les grandes entreprises, sans avoir même à voter, puisque Sébastien Lecornu, poussé par le PS, revient finalement sur sa promesse de ne pas utiliser le 49.3.
« Olivier Faure a réussi une belle prouesse technique : il a réussi, sans être à Matignon, à dicter à Matignon le budget qu’il souhaitait, tout en laissant Sébastien Lecornu en assumer toute la responsabilité. Il faut admettre que c’est un sacré coup », raille Prisca Thevenot, l’ancienne porte-parole du gouvernement Attal.
L’opinion est très différente du côté de La France insoumise, qui se moque depuis des mois de l’énième « trahison » des sociaux-démocrates. « Le budget de la nouvelle majorité Attal, Faure, Wauquiez s’appliquera avec ses milliards de coupes dans la santé et les services publics. Le PS vole 65 voix d’opposition du NFP. Il faudra s’en souvenir aux municipales », a pesté ce vendredi sur X Jean-Luc Mélenchon, après l’échec de la censure.
Signe qu’Olivier Faure est aussi celui qui a pris le risque de rompre avec les insoumis, après s’y être allié à deux reprises, aux législatives de 2022 et 2024. « C’est à travers lui que le PS a donné l’impression de s’émanciper de LFI, c’est à son crédit », reconnait-on même du côté de la Droite républicaine. « Il a réussi à faire décrocher le PS du NFP, mais il faut voir sur la durée, car dès qu’une élection se profile, la gauche se coalise… », nuance Prisca Thevenot.
Stratégie durable ou simple réflexe de survie ? Au sein du Parti socialiste, les enjeux internes sont toujours présents. L’émancipation d’Olivier Faure est liée au délicat Congrès PS de juin 2025. Critiqué en interne pour son alliance avec les insoumis, et encore plus depuis les polémiques sur les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, le Premier secrétaire a dû rassurer les modérés pour conserver son poste.
« Je dois admettre qu’il a évolué vers la recherche de compromis et la prise de distance avec LFI, une évolution que nous soutenions, dit Romain Eskenazi, porte-parole du groupe PS et ancien opposant interne au Congrès. C’est un bon tacticien, il est habile. Mais il est nécessaire d’aller plus loin et d’assumer avec bien plus de force la rupture avec les insoumis ». Cela se concrétisera peut-être lors de la prochaine bataille présidentielle face à l’inébranlable Jean-Luc Mélenchon. Faure sera d’ailleurs présent samedi à Tours, aux côtés de Marine Tondelier et François Ruffin, pour annoncer la date de la future primaire de la gauche.
Peut-il capitaliser sur la séquence budgétaire ? « Il a un bilan, il a profondément renouvelé le parti, et il maintient un lien avec les écologistes et les communistes, donc il est incontestable qu’il aura un rôle en 2027 », espère Arthur Delaporte. Toutefois, bien qu’il ait réussi à se positionner au centre du jeu politique, Olivier Faure reste dans les alentours de 5 à 7 % dans les sondages pour la présidentielle. « C’est à la fin du bal qu’on paye les musiciens », dit-il souvent. On ne change pas si facilement un pragmatique.

