Les coulisses de l’Europe : un sommet pas si extraordinaire
Antonio Costa a convoqué un sommet extraordinaire ce jeudi. Wall Street a toussé en début de semaine, et les indices ont vacillé, la nervosité des marchés financiers est montée d’un cran.
On a évité le pire ! Tellement évité qu’Antonio Costa a décidé de convoquer un sommet extraordinaire ce jeudi. Les sommets extraordinaires ne sont pas vraiment dans ses habitudes. Le Président du Conseil ne se précipite pas pour convoquer les troupes à chaque tweet un peu trop fort de Donald Trump. Cependant, face aux menaces d’annexion du Groenland et aux intimidations d’éventuelles surtaxes douanières sur les Européens récalcitrants, l’urgence était réelle.
Une situation si exceptionnelle que, pour une fois, les 27 États membres ont réagi rapidement. Il y a eu une coordination politique et un soutien marqué au Danemark, sans surenchère ni panique, faisant preuve d’une fermeté inhabituelle.
Certains diplomates européens y ont vu un tournant, interprétant cela comme un signe que Donald Trump aurait été déstabilisé par cette unité européenne soudaine, le poussant à faire marche arrière.
Cependant, il est légitime de douter que ce soit la diplomatie européenne qui ait fait reculer le président américain. Ce dernier a, en effet, un profond mépris pour l’Union européenne et ses dirigeants; il aime les tester, les provoquer et parfois même les humilier. Sa pensée, souvent désordonnée et rapide, pourrait être qualifiée de disruptive.
Un élément récurrent chez lui est cependant vrai : son attention aux marchés financiers. En début de semaine, lorsque ses menaces ont de nouveau visé le Groenland et l’Europe, Wall Street a réagi, signalant une hausse de la nervosité parmi les investisseurs. Ce n’était pas un krach, mais la situation a suffi à rappeler une règle simple : lorsque la confiance est ébranlée, l’économie en souffre.
En effet, provoquer une crise économique à quelques mois d’élections cruciales aux États-Unis serait une imprudence que Donald Trump ne peut se permettre. Le feu semble sous contrôle, mais des dégâts subsistent.
» La crise est terminée… pour le moment « , résume un diplomate, ajoutant : » ne soyez pas surpris si de nouvelles surprises apparaissent… » car personne ne pense vraiment que le président américain a définitivement éteint les flammes, qu’il ne relancera pas un nouveau foyer de tension sur l’Ukraine, le commerce, la réglementation numérique ou en cherchant à remodeler l’ordre mondial à son avantage avec son nouveau Conseil de la paix.
D’ailleurs, peu avant le sommet, Trump a déjà exprimé son mécontentement envers les fonds de pension européens qui commencent à vendre leurs bons du Trésor américain, lançant ainsi un avertissement à peine voilé contre toute tentative européenne de toucher à la dette américaine.
Ce sommet, c’était un peu comme le début d’une veille d’incendie. Les dirigeants européens ont commencé à redéfinir la relation transatlantique, sans pression, sans méthode miracle, ni solution toute faite, mais avec la volonté de ne plus redouter les étincelles et de ne pas se laisser piétiner. Et s’il faut rallumer le feu, que ce soit pour forger, pas pour brûler.

