Belgique

Les moins de 12 ans ne sont pas admis dans les wagons.

Le 8 janvier, la SNCF évoque sur son site son offre « Optium plus » pour la ligne Paris-Lyon, précisant que « Les enfants ne sont pas acceptés » dans ces wagons dédiés. Marion Cuerq, spécialiste des droits de l’enfant, estime qu’en France, la vision de l’enfant serait mauvaise, qualifiant cela de « méfiance », en opposition à son expérience en Suède où « les enfants ont toute leur place ».


Voilà une controverse dont la Société Nationale des Chemins de Fer français se serait bien passée.

Le 8 janvier, la SNCF mentionne sur son site son offre « Optium plus » pour la ligne Paris-Lyon. Cette formule est présentée comme un remplacement de la « Business Première » jusqu’alors disponible. Dans sa communication, la compagnie précise que « Les enfants ne sont pas acceptés » dans ces wagons réservés.

Sur Instagram, Stéphanie d’Esclaibes – à travers son compte « Les adultes de demain » – critique une politique de « No kids », qualifiant cela de « discrimination directe à l’égard des enfants » et d’ »une ligne rouge franchie ».

Stéphanie d’Esclaibes, la créatrice du podcast « Les Adultes de Demain », évoque une « discrimination claire ». Si une plainte devait être déposée, les tribunaux devraient se prononcer, et la SNCF devrait alors justifier ce choix en expliquant pourquoi cela ne constitue pas une discrimination.

Du côté d’Unia, l’institution publique indépendante qui lutte contre la discrimination, on souligne : « Sur le plan légal, la question peut être débattue parce que c’est une question de proportionnalité. Sur les plans des principes et moral, cela peut être plus discuté. »

Question de proportionnalité ? Cela ne concerne pas seulement le nombre de places réservées, ici : les 8 % de l’espace sans enfants de moins de douze ans. Patrick Charlier, directeur d’Unia, résume ainsi : « Est-ce que de facto, il y a, par exemple, des enfants de moins de douze ans qui n’ont pas pu voyager parce qu’ils n’ont pas pu obtenir une place par ailleurs et qu’il y aurait des places disponibles mais non réservables pour ces enfants de moins de 12 ans ? »

De plus, le critère employé doit être examiné. Ce critère est désigné comme « suspect », c’est-à-dire qu’il est visé par les législations anti-discrimination qui reconnaissent une vingtaine de critères : âge, couleur de peau, orientations religieuses ou philosophiques, sexualité, handicap…

« Ici, on va écarter tous les enfants de moins de douze ans et c’est en ce sens que je parle d’un critère suspect. On parle d’une distinction directe et donc l’examen et la justification doivent pouvoir être développés sérieusement par la SNCF en expliquant le comment et le pourquoi. Et surtout le caractère proportionné. Il n’y a pas de décision ou de position claire de la législation », précise Patrick Charlier.

Marion Cuerq, spécialiste des droits de l’enfant et autrice de « Une enfance en nord », exprime son opinion : « épuisée, exaspérée mais pas étonnée. C’est la continuité d’un rejet des enfants qui est culturellement très ancré. »

Marion Cuerq estime qu’en France, la vision de l’enfant est déplorable, décrite comme de la « méfiance ». « Avec des représentations socioculturelles en permanence axées sur une éducation autoritaire donc verticale, avec des enfants sages, obéissants, qui ne font pas de bruit, qui ne bougent pas, bref qui ne sont pas des enfants. Quand on nourrit les gens de ces représentations-là au quotidien, il est compliqué d’amener ensuite une vision qui prône l’acceptation des enfants, l’inclusion, les droits de l’enfant. En France, on est complètement analphabète des droits de l’enfant. »

Cette notion des droits de l’enfant est cruciale et doit être entendue au sens large, englobant les questions de sciences humaines et sociales sur la place des enfants dans la société, ainsi que le regard qui leur est porté.

Ayant vécu une quinzaine d’années en Suède, où la place de l’enfant est diamétralement opposée à celle en France, elle affirme : « Si je parle de méfiance en France, je parle de confiance en Suède. Là-bas, les enfants ont toute leur place. Ils sont non seulement acceptés mais bienvenus dans l’espace public. Il y a des espaces adaptés pour eux partout. Et c’est dans toutes les sphères de la société et ça se retrouve donc dans les discours qui sont beaucoup plus horizontaux, plus coopératifs et non pas des discours de domination, de punition, tout cela est lié. On n’y dépeint pas les enfants comme des nuisibles. Il y a un vrai attendrissement et amour de l’enfance vivante dans les pays nordiques que je ne trouve pas de la même manière en France. »

Cette opposition se manifeste également dans l’humour adultes-enfants. Marion Cuerq explique qu’en France, les déprécations à l’égard des enfants sont souvent exprimées sur le ton de la plaisanterie, masquant une volonté de créer un sentiment d’appartenance : « Derrière cet humour, c’est un discours qui valorise et donne de la reconnaissance sociale aux adultes qui rejettent voire méprisent les enfants. Il y a une sorte de pratique culturelle très particulière où l’on aime se moquer des enfants et ça va renforcer la cohésion sociale du groupe des adultes. En Suède, on a vraiment une envie collective et individuelle d’accepter les enfants, où l’on dit par exemple ‘laissons les enfants être des enfants’ et où il ne serait pas toléré d’avoir une forme de reconnaissance sociale entre adultes en se moquant des enfants. »

Ce regard sur les enfants constitue donc une partie d’un imaginaire collectif « qu’il faut changer avec des images dans les médias, des représentations socioculturelles qui vont nous montrer l’enfance et les enfants comme un élément de la vie quotidienne normale qui fait partie de notre société », conclut Marion Cuerq.