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« Pathologiquement infantile » : Donald Trump a-t-il régressé ?

Un milliardaire républicain a annoncé à Davos « le cadre d’un futur accord » sur le Groenland, tandis que des menaces militaires et douanières semblent s’éloigner. En 2017, une trentaine de psychologues et de psychiatres ont publié le manifeste The Dangerous Case of Donald Trump, dans lequel ils décrivent les signes d’instabilité mentale du président américain.


Un bébé indique le Groenland sur une carte. « Non » déclare une voix féminine face au nourrisson, qui se met à pleurer. La légende de cette vidéo circulant sur les réseaux sociaux ? « Donald Trump en ce moment ». Multipliant les déclarations agressives et les moqueries depuis plusieurs semaines, le président américain a soudainement annoncé à Davos « le cadre d’un futur accord » concernant ce territoire danois à l’autonomie renforcée. Les menaces militaires et douanières semblent s’éloigner.

Est-ce la fin d’un caprice ? Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, banque d’investissement publique française, a estimé jeudi que le milliardaire républicain utilisait « des techniques de négociations infantiles » et qu’il allait maintenant falloir « calmer l’enfant ». « Il n’est pas en plein caprice et on ne peut pas parler de retour à l’enfance », réfute de son côté Élisabeth Roudinesco, historienne de la psychanalyse française, « absolument hostile à toute interprétation psychanalytique des hommes politiques ».

Grâce aux nombreuses déclarations publiques, documentaires et photographies du président américain, la spécialiste se permet d’avancer quelques conclusions « visibles par le commun des mortels ». « Il n’est pas capricieux, je pense qu’il est pathologiquement infantile », affirme-t-elle. « Il est sans limite dans l’accomplissement de ses demandes et de ses désirs ». « Je n’ai jamais vu un vocabulaire comme ça chez un homme politique : il utilise les termes de méchant, de gentil, il pulvérise le discours habituel », ajoute-t-elle.

Patrick Weil, historien et directeur de recherche émérite au CNRS, ne souhaite pas non plus se risquer à analyser le profil psychologique de Donald Trump. Dans son livre *Un fou à la Maison-Blanche* (éd. Poches Odile Jacob), il a étudié le 28e président des États-Unis, Woodrow Wilson, qui a occupé le poste de 1913 à 1921 et qui était également perçu par ses pairs comme « fou ». À travers cette étude, il établit certaines similitudes avec son lointain successeur. « Chez Donald Trump, nous retrouvons un énorme narcissisme. Tout tourne autour de lui », analyse-t-il. « Il a un souci de mise en scène médiatique absolument permanent, et sa façon d’agir à l’international permet aussi d’éviter que l’on parle des affaires intérieures moins réjouissantes ».

« Trump apparaît totalement sans surmoi [concept de Freud qui signifie la morale, l’interdit, le jugement sur soi], sans contrôle », ajoute Patrick Weil. Cependant, sa vision internationale se rapproche, selon l’historien, de celle de Wilson. « Il y a quelque chose de semblable entre les deux, soit l’idée de ne plus tenir compte des obligations de la Constitution américaine et d’organiser, avec la SDN pour Wilson et le Conseil de la paix pour Trump, un pouvoir personnel mondial ». Il souligne : « Je trouve qu’en le comparant, cela le rend plus prévisible ».

Le profil psychologique et la santé mentale du président américain ont été remis en question depuis son premier mandat. En 2017, une trentaine de psychologues et de psychiatres ont publié le manifeste *The Dangerous Case of Donald Trump*, dirigé par la psychiatre Bandy X. Lee. À travers ces pages, ils décrivent les signes d’instabilité mentale du président américain et affirment qu’il ne peut pas assumer la fonction suprême. Critiqués pour avoir enfreint la règle éthique Goldwater, qui stipule qu’il est interdit de donner un avis professionnel sur des personnalités qui n’ont pas été examinées en personne, ils évoquent plutôt un « duty to warn » (devoir d’alerter), qui donne son nom à une fondation.

« Si on voulait créer un dirigeant ayant le profil psychiatrique le plus dangereux, on ne ferait pas mieux que Donald Trump », déclarait à l’époque sur France Info le docteur John Gartner, président de la fondation et psychiatre à l’université Johns-Hopkins de Baltimore. « C’est comme si un enfant en colère et perturbé jouait avec l’arme nucléaire ». Vocabulaire vulgaire, propos décousus, agressivité… En 2024, des psychiatres publient le deuxième volume, *The More Dangerous Case of Donald Trump*, soulignant la détérioration de la santé mentale du président républicain, âgé de presque 80 ans, et évoquant même des « signes précoces de démence ».