Donald Trump : « C’est un T-Rex » comme le roi des dinosaures ?
Gavin Newsom a déclaré que « toute cette histoire de Groenland est absurde » et a exhorté à « frapper [Donald Trump] à la figure ». Jean Le Loeuff a précisé que « certains T-Rex abusaient des bonnes choses et pouvaient avoir des traces de goutte sur les os des pieds, par exemple ».

« Frappez-le à la figure. » L’intervention du gouverneur de Californie, Gavin Newsom, mardi lors du Forum économique de Davos (Suisse), a suscité une vive attention. Le démocrate, exaspéré par la réaction des alliés des États-Unis face à la volonté de Donald Trump de s’approprier le Groenland et ses menaces de droits de douane contre les pays opposés, n’a pas hésité à interpeller les dirigeants mondiaux. Il leur a recommandé de « cesser de tenter de l’apaiser » et de « répondre au feu par le feu ».
« Toute cette affaire de Groenland est grotesque et il est temps que chacun réalise la situation, fasse preuve de fermeté et de détermination, s’affirme et parle d’une seule voix. Frappez-le à la figure », a déclaré le démocrate. L’élu californien a même qualifié le président américain de « T-Rex », affirmant que la diplomatie ne fonctionnait pas avec lui. « Soit vous vous accouplez avec lui, soit il vous dévore, c’est l’un ou l’autre », a-t-il expliqué. Cette analogie soulève des questions, et nous avons souhaité en discuter avec Jean Le Loeuff, paléontologue et directeur du Musée des dinosaures (Dinosauria) à Espéraza, dans l’Aude.
Le T-Rex, « une des plus grosses brutes » de la planète
Bien qu’il considère que la comparaison entre « quiconque de l’espèce homo sapiens » (y compris Trump) et un dinosaure soit « manifestement absurde », le spécialiste des dinosaures souligne qu’une caractéristique du T-Rex est « d’être certainement l’une des plus grandes brutes qui aient existé sur cette planète ». Mesurant entre 12 et 15 mètres de long et atteignant 5 mètres de haut avec une gueule de 1,50 mètre de long, « c’était la plus efficace machine à tuer qui ait pu exister », affirme Jean Le Loeuff, reprenant les mots de Henry Fairfield Osborn, le paléontologue américain qui a découvert et décrit le T-Rex au début du XXe siècle.
Concernant la suggestion de Gavin Newsom de « s’accoupler » avec Trump (ou « faire copain-copain », selon le sens donné au terme « mate » utilisé en version originale) pour ne pas se faire dévorer, cette technique n’était pas nécessairement efficace avec un T-Rex : « Ce n’est pas forcément suffisant, car il semble qu’il y a eu des scènes de cannibalisme chez ces animaux », explique le paléontologue. « Être de la même espèce n’était pas un frein s’il avait faim. Quand il avait une fringale, il bondissait sur ce qui se trouvait à proximité. »
Frapper un T-Rex à la figure, une bonne solution ?
Quant à l’idée de « frapper [Donald Trump] à la figure », il est difficile de déterminer si cette méthode était efficace sur les T-Rex. « Nous ne disposons que de squelettes de cet animal, donc on ne sait pas s’il était particulièrement sensible du museau. C’est un sujet qui nous échappe un peu », explique Jean Le Loeuff. Un des cousins du T-Rex avait des « petits trous au niveau du museau, ce qui suggère qu’il pouvait être plutôt sensible à cet endroit-là. Donc peut-être qu’un bon coup dans le museau aurait pu être désagréable », ajoute le spécialiste. Et si tel était le cas pour le T-Rex, « il fallait agir rapidement avant que la gueule ne s’ouvre et ne se referme sur vous… »
Cependant, il ne faut pas désespérer, car le roi des tyrannosaures, redoutable prédateur, avait quelques faiblesses, explique le paléontologue. D’après les squelettes analysés, « certains T-Rex avaient des excès alimentaires et pouvaient montrer des signes de goutte aux os des pieds, par exemple ». De plus, le dinosaure pouvait être affligé de maladies touchant certaines espèces d’oiseaux, notamment « des infections dues à des parasites qui finissaient par l’emporter en provoquant des résorptions osseuses au niveau de la mâchoire et probablement de l’œsophage ».
Une comparaison à ne pas pousser trop loin
Ces vulnérabilités « pourraient être des solutions pour éliminer un T-Rex, mais elles sont limitées », explique Jean Le Loeuff. D’autant plus que le dinosaure n’avait pas de prédateur… à l’exception de lui-même. « Nous avons trouvé des traces de dents de T-Rex sur des squelettes de T-Rex, ce qui signifie qu’il pouvait se nourrir d’individus de sa propre espèce », précise le paléontologue, sans savoir s’il les avait tués lui-même ou s’il mangeait des cadavres d’animaux morts pour d’autres raisons.
En dehors de ce cas, la seule prédation qui menaçait le T-Rex intervenait entre le moment de sa naissance et sa maturité. « Mais une fois adulte, ayant dépassé les 5-6 tonnes et les 10 mètres de long, il n’avait absolument plus de prédateurs », conclut le spécialiste. Un parallèle avec Donald Trump et son sentiment de toute-puissance ? « La comparaison est assez limitée », souligne Jean Le Loeuff, qui se permet néanmoins une petite pique : « C’est cruel pour le T-Rex… »

