La mémoire tatouée : récit inoubliable et marquant.
Saïd Ahid a connu une carrière riche en tant qu’intellectuel, maniant la poésie française et l’art de la traduction, et a été membre actif de la section de l’Union des Ecrivains du Maroc à Mohammedia. Il est décédé le samedi 10 janvier 2025, laissant derrière lui un immense chantier inachevé constitué de poèmes, critiques et traductions.
J’ai fait la connaissance de Saïd Ahid, décédé récemment, au milieu des années quatre-vingt. À l’époque, il était un jeune homme dynamique, célibataire et vivant à Salé, débordant de vitalité, engagé et doté d’une culture éclectique. Notre amitié s’est développée dans un climat d’affection et de respect mutuel, avec une passion partagée pour divers domaines, un lien qui s’est renforcé lorsqu’il a choisi de s’installer à Mohammedia.
Saïd Ahid ne se limitait pas à une seule discipline ; il pratiquait la poésie française et l’art de la traduction tout en s’affirmant comme un intellectuel complet. Nos chemins se sont naturellement croisés à la section de l’Union des Écrivains du Maroc à Mohammedia, où nous avons tour à tour occupé la présidence, succédant au critique Tayaa El Haddaioui. Ce cercle rassemblait des écrivains et des penseurs distingués tels que Wafaa Maellih, Noureddine Fathy, Abdelhamid Jmahri, Mostafa Nehal, Mostafa Ghazlani, Hamid Mesbahi, Abdeddine Hamrouch et Mohamed Touaa. Ensemble, nous avons porté des initiatives nationales et locales sur nos propres fonds, menant des combats pour la dignité de la création, refusant systématiquement les aides de la municipalité. Saïd tenait à cette autonomie, désirant préserver notre section des influences et des spéculations politiques.
C’est grâce à son soutien constant que de nombreux talents ont pu émerger, notamment à travers le supplément culturel du journal Al Ittihad Al Ichtiraki, qu’il avait transformé en un sanctuaire pour les jeunes créateurs et les voix étouffées. Sa douceur et son humilité étaient égales à sa capacité d’écoute. J’ai eu le privilège d’être témoin de son parcours créatif et de partager son quotidien, et son amitié m’a ouvert à de nouveaux horizons fraternels.
À la fin de l’année 1988, il a également été un complice de notre aventure artistique aux côtés de l’ami Noureddine Fatihi. Ses écrits critiques sur les arts graphiques demeurent, aujourd’hui, un témoignage vivant de son soutien à une jeunesse désireuse de laisser sa marque dans l’histoire de la peinture marocaine.
Saïd Ahid ne connaissait pas le repos. Son esprit était en quête incessante de nouveauté, accompagné d’une intelligence silencieuse, d’une perspicacité éveillée et d’une mémoire impressionnante. Il était une référence rare, tant en littérature qu’en politique, maîtrisant les subtilités de la scène nationale avec la discrétion d’un érudit qui analyse les réalités et anticipe l’avenir.
Le choc de sa disparition, survenue le samedi 10 janvier 2025, a été tel que les mots me manquaient. Je n’aurais jamais imaginé qu’il nous quitterait si tôt, dans ce silence qui l’a toujours caractérisé. Il laisse derrière lui un immense héritage inachevé : poèmes, critiques, traductions… autant d’œuvres qu’il nous incombe, le moment venu, d’honorer.
Adieu à l’auteur de « Une histoire d’amour doukkalie », ce vibrant hommage à El Jadida, la ville de son enfance qu’il aimait tant. Adieu, mon ami, mon frère que ma mère n’a pas mis au monde.
Par Chafik Ezzouguari

