Belgique

Donald Trump et le Groenland : « pas un aveu de faiblesse », dit Jérôme Jamin (ULiège)

Donald Trump a annoncé à Davos en Suisse « le cadre d’un futur accord » sur le Groenland et a retiré ses menaces de taxes douanières autant que militaires. Jérôme Jamin a précisé que « Donald Trump veut mettre sur pied un ordre où règne la loi du plus fort » et que cela inclut un intérêt à faire disparaître les institutions internationales.


Changement d’attitude pour Donald Trump. Après avoir répété ces dernières semaines son intention de prendre possession du Groenland, le président américain a brusquement annoncé à Davos, en Suisse, « le cadre d’un futur accord » concernant le Groenland. Il a également retiré ses menaces de taxes douanières et militaires.

Cette annonce n’est pas particulièrement surprenante pour Jérôme Jamin : « Un pays membre de l’OTAN, qui plus est le plus puissant, n’aurait jamais militairement pris possession d’un morceau de territoire d’un pays souverain au sein de l’OTAN. C’était totalement absurde et pas crédible du tout. » Le politologue de l’ULiège précise que Donald Trump a pour habitude « d’annoncer quelque chose de fracassant, puis de reculer à 50%. Tout le monde dit alors que c’est quelqu’un de bien. Mais il a quand même maintenu 50% de sa demande. On a donc l’impression de sortir gagnant, mais ce n’est pas le cas. »

Pour Jérôme Jamin, cette volte-face n’est donc « pas un aveu de faiblesse ».

### Une double souveraineté au Groenland

Mais que va devenir le Groenland ? Le scénario d’un condominium est envisageable pour ce spécialiste des États-Unis. « Des poches du territoire du Groenland vont alors passer sous double souveraineté. Avec cette double souveraineté, on peut revendiquer des eaux territoriales danoises comme étant des eaux territoriales américaines et on peut commencer à empêcher certains bateaux chinois ou russes de passer. Il y a de nombreuses façons de prendre possession d’un territoire sans prendre la souveraineté militairement. Et je suppose que c’est ce genre d’accord qui est en train de se négocier », précise Jérôme Jamin.

### Stop à l’humiliation

Lors de son séjour à Davos pour le Forum économique mondial, Bart de Wever a haussé le ton contre les États-Unis et Donald Trump. Une prise de position à souligner selon Jérôme Jamin : « Je pense que l’Europe s’est rendu compte que faire le lèche-cul, ça ne marche plus. Et je trouve que Bart de Wever, le Premier ministre canadien et dans une moindre mesure Emmanuel Macron ainsi que d’autres chefs d’États européens ont été à la hauteur de ce que sont les Européens sur la scène internationale. »

Ces prises de parole ont contraint Donald Trump à changer d’attitude, estime le spécialiste des États-Unis, car « quand il y a un risque économique et financier, le président américain change de discours. Cela a fonctionné mais il risque quand même assez d’y perdre ».

### Faire disparaître les institutions internationales

Donald Trump va dévoiler son nouveau « Conseil de paix » jeudi à Davos. Une cérémonie de signature de la charte fondatrice de ce conseil est prévue. Pour Jérôme Jamin, « Donald Trump veut mettre sur pied un ordre où règne la loi du plus fort et où les grands décident. Et les grands, dans sa tête, ce sont les États-Unis, la Chine, l’Inde, la Russie et certainement pas le Danemark, la France ou l’Allemagne. »

Le politologue conclut que le président américain a tout intérêt à faire disparaître les institutions internationales comme les Nations Unies ou l’Organisation Mondiale du Commerce, en les remplaçant, par exemple, par son Conseil pour la paix.