Guerre en Ukraine : À Kiev, appartements à -5 °C, survie au froid
En Ukraine, plus de 1.000 Ukrainiens ont dû être hospitalisés pour des gelures ou des hypothermies depuis le 20 décembre, selon le ministère de la Santé. Début janvier, les frappes ont privé de chauffage, d’eau et d’électricité la moitié des logements de la capitale, et plus de 60 % de Kiev était toujours privé d’électricité ce mercredi.
En France, les premiers flocons de l’année ont donné lieu à des batailles de boules de neige et des partages sur Instagram. En revanche, en Ukraine, la neige a recouvert un peuple déjà lourdement éprouvé. « C’est le pire hiver depuis l’invasion à grande échelle de la Russie. C’est aussi le plus glacial », déclare Iryna Malashenko, habitante de Kiev. Alors que les températures atteignent jusqu’à -15 °C, la Russie intensifie les frappes sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Début janvier, ces attaques ont entraîné une coupure de chauffage, d’eau et d’électricité pour la moitié des logements de la capitale. En début de semaine, de nouveaux bombardements ont ciblé ces services essentiels. En conséquence, plus de 60 % de Kiev était toujours privé d’électricité ce mercredi. Iryna Malashenko, 44 ans, réside dans le quartier de Rusanivka avec sa mère et sa fille. « De l’autre côté de la ville, de nombreux immeubles n’ont pas de gaz et ne peuvent donc pas cuisiner ou se chauffer. Mais de ce côté de Kiev, c’est pire. Les immeubles sont très anciens, nous n’avons pas du tout de chauffage et certains appartements affichent carrément des températures de -5 °C et ont gelé », raconte la quadragénaire.
Dans son appartement, le thermomètre indique actuellement 10 °C. « Parfois, on se demande si on n’aurait pas plus chaud en sortant se balader dehors », plaisante-t-elle. Quand les températures augmentent, les habitants de Kiev se réjouissent. « Là, il ne fait que -5 °C. C’est bien mieux que -15 °C. C’est presque l’été pour nous », sourit l’Ukrainienne. Depuis le 20 décembre, plus de 1.000 Ukrainiens ont dû être hospitalisés pour des gelures ou des hypothermies, selon le ministère de la Santé, et la famille s’organise.
« On a acheté des bougies. Évidemment, ça ne sert à rien pour se réchauffer, mais au moins ça nous permet d’y voir quelque chose. Des vêtements chauds, bien sûr. J’ai essayé plusieurs paires de chaussettes pour trouver les plus chaudes. Je dors sous trois couches de vêtements, ma mère avec un bonnet parce qu’elle a froid. Je sais que certaines personnes se couchent carrément en manteau », explique Iryna.
La famille a également stocké de grands bidons d’eau de 20 litres pour faire face aux coupures d’eau potable qui surviennent de plus en plus. Pour se doucher, elles font bouillir de l’eau sur le gaz et la mélangent à de l’eau froide. Le thé chaud les aide à augmenter un peu leur température corporelle. « Mais l’air est si froid, même à l’intérieur, qu’il se refroidit très rapidement. Il ne faut pas traîner pour le boire », rigole la mère de famille, qui tente de garder le sourire malgré cette situation jugée « irréelle ».
Début janvier, le maire Vitali Klitschko a conseillé à ceux qui le pouvaient de quitter la ville, au moins « temporairement ». « En réalité, c’est difficile de partir », répond Iryna. « Il faut un endroit où aller, de l’argent, des provisions… Et même avec tout ça, les routes sont gelées et dangereuses. » L’Allemagne a accusé Vladimir Poutine d’utiliser « le froid comme arme ».
Iryna en est convaincue, elle aussi : « Les Russes visent ces infrastructures pour nous faire souffrir, nous désorienter et nous pousser à nous disputer et nous diviser. Et ils font exprès de les viser pendant la période la plus froide. C’est cruel. »

