Belgique

Vers un calendrier scolaire commun Flandre-Belgique francophone ? Nouvelle pétition en cours…

Valériane Moyersoen, l’initiatrice de la pétition, a déclaré : « L’objectif de cette pétition n’est pas d’organiser un bras de fer entre les Communautés flamande et française. » À l’heure d’écrire ces lignes, le nombre de signataires de la pétition « Un calendrier scolaire commun / Een gemeenschappelijke schoolkalender » a dépassé les 3000.


« C’est l’enfer. On n’arrive plus à s’organiser », déclare Valériane Moyersoen, l’initiatrice de la pétition pour un calendrier scolaire commun entre les communautés flamande et française.

En plus de son mandat de conseillère communale pour le MR & VLD à Ixelles, cette Bruxelloise est également directrice de l’ASBL Les Rênes de la Vie, qui offre un accompagnement parascolaire aux enfants en situation de handicap. Elle s’inquiète : « La moitié de nos enfants sont francophones et l’autre moitié néerlandophones. À cause de ces calendriers scolaires différents au nord et au sud du pays, ça devient impossible de proposer un calendrier d’activités. »

Le nouveau calendrier scolaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles a été instauré à partir de l’automne 2022. Depuis, la Belgique francophone et la Flandre ne suivent plus le même rythme scolaire. Dans le nord, aucune modification n’a été apportée, tandis qu’au sud, l’agenda scolaire alterne entre 7 semaines de cours et 2 semaines de congé. L’objectif est de mieux répondre aux besoins des élèves, de favoriser l’apprentissage et d’intégrer des activités sportives, culturelles ou de remédiation durant les heures scolaires.

**Lourdes conséquences sur l’enseignement…**

Cette divergence de calendrier affecte de nombreux enseignants qui s’efforcent d’enseigner de l’autre côté de la frontière linguistique : « L’organisation des vacances est très compliquée. Si mon fils a congé et que personne n’est là pour le garder, je suis obligée de prendre des congés sans solde puisqu’on ne peut pas se permettre financièrement de le mettre tout le temps en stage », raconte Daphné D., professeure depuis 20 ans dans une école primaire francophone à Molenbeek, dont le fils fréquente l’enseignement néerlandophone.

Katrien De Rycke, première maître de langues à l’Institut des langues vivantes de l’UCLouvain, partage un sentiment similaire : « Ça m’attriste réellement. J’ai l’impression de travailler sans arrêt de janvier à juillet sans vraiment voir mes enfants. Quand ils sont en vacances en avril, je travaille. Inversement, quand je suis en congé, ils vont à l’école. »

►►► Retrouvez un autre témoignage issu de la série de reportages DaarDaar sur la frontière linguistique :

**La volonté politique ? Absente !**

L’objectif de cette pétition n’est pas de créer un affrontement entre les Communautés flamande et française, souligne Valériane Moyersoen : « Notre but n’est pas que la Flandre copie le modèle francophone ou vice-versa. Nous souhaitons simplement que les deux communautés se réunissent pour discuter et tenter d’établir un calendrier commun. »

Concernant la volonté d’harmoniser les calendriers scolaires, la porte-parole de Valérie Glatigny a refusé de répondre à nos questions, précisant seulement que « la Ministre Glatigny se tient à disposition si elle souhaite une rencontre sur ce dossier. »

Du côté de Zuhal Demir, il est affirmé que la ministre N-VA n’a pas l’intention d’harmoniser les calendriers scolaires : « Les communautés sont autonomes, il est normal que les deux entités fédérées puissent suivre leur propre logique. La Communauté française va par exemple imposer le latin, pourquoi devrions-nous le faire aussi ? »

Le porte-parole de la ministre nationaliste flamande ajoute : « Cette question de calendrier n’est pas un enjeu de société significatif pour nous. Nous avons fait un choix et il n’y a de toute façon pas de majorité en Flandre pour adapter le calendrier scolaire. »

Bien que la N-VA et le CD&V ne soient pas favorables à une telle adaptation, cela ne s’applique pas à leur partenaire de coalition, Vooruit. Hannelore Goeman, cheffe de groupe des socialistes flamands, pose régulièrement des questions sur cette adaptation en Flandre. En mars 2025, elle a déclaré : « En Belgique francophone, l’absentéisme pour maladie semble baisser depuis la réforme. Des études internationales suggèrent que mieux étaler les vacances réduit les retards d’apprentissage et de langue. L’adaptation du calendrier néerlandophone faciliterait l’organisation des familles dont les enfants sont dans les deux communautés. »

**Une question de concurrence entre les communautés d’enseignement**

Le manque de volonté politique pourrait être attribué à un enjeu plus profond, selon une source MR à Bruxelles : « La question du calendrier scolaire n’est que la partie visible d’un iceberg, celui de la concurrence entre les réseaux d’enseignement [à Bruxelles]. »

Dans un contexte de déclin démographique, chaque réseau cherche à attirer des élèves pour préserver son financement. Côté flamand, la réflexion se concentre surtout sur le « niveau de l’enseignement » et la pénurie d’enseignants. Le départ d’élèves des écoles néerlandophones de Bruxelles permet de réduire le nombre de classes et de libérer des enseignants pour ceux d’écoles flamandes.

**Pour une Belgique multilingue**

Katrien De Rycke de l’UCLouvain estime que le refus d’envisager une harmonisation des calendriers est une question d’ego des deux côtés : « Je pense qu’à un moment, les dirigeants politiques vont réaliser que c’est absurde. On est déjà un si petit pays… Au lieu de se rapprocher, on s’éloigne en faisant chacun ce qu’on veut. »

Valérie Moyersoen aspire à prouver qu’il existe une volonté d’uniformiser les calendriers scolaires : « Contrairement à ce que certains pensent, ce n’est pas une problématique qui concerne uniquement quelques personnes. Bruxelles, le Brabant wallon et flamand, les régions le long de la frontière linguistique… Cela touche plus largement les Belges, l’esprit de cohésion et le bilinguisme. Veut-on d’une société fragmentée où l’unilinguisme règne ? Pas selon moi. L’harmonisation des calendriers scolaires doit être mise à l’agenda d’ici les prochaines élections. »

À ce jour, la pétition « Un calendrier scolaire commun / Een gemeenschappelijke schoolkalender » a rassemblé plus de 3000 signataires.

[Article réalisé en collaboration avec DaarDaar, le site qui propose le meilleur de l’actualité flamande en français].